Par courrier daté du 1er juin vous avez interpellé chacun des candidats sur les nuisances aériennes. Vous faites le constat implacable que je partage, des « conséquences catastrophiques sur la santé, le bruit et la pollution » engendrées par les nuisances aériennes générées par l’activité de l’aéroport Roissy – Charles de Gaulle qui se développe, et vous soulevez la seule question qui vaille, comment réduire les nuisances aériennes ?

Deux logiques s’opposent depuis le début de l’activité aéroportuaire de Roissy, celle de la santé des populations survolées et celle de l’accroissement des activités d’une plateforme présentée comme le poumon économique de la Région Ile de France. Ignorer l’un de ces 2 paramètres, c’est faire fi de la complexité du problème et sous-estimer gravement les difficultés qui attendent l’élu de notre circonscription.

Il devra porter les aspirations légitimes de nos concitoyens survolés tout en étant sollicité, j’imagine avec constance, par le lobby d’Aéroports De Paris. Lors de notre réunion publique à Saint-Leu aux côtés de Laurence Rossignol, j’ai rappelé à dessein les chiffres « impressionnants » des retombées économiques, chiffres recueillis dans le dernier rapport du CEEVO.

Première proposition, celle de soutenir la mise en place d’une étude indépendante sur l’impact économique qu’engendrerait la suppression des vols de nuit, ou plus probablement leur report sur la journée. Aujourd’hui seules les données d’ADP sont disponibles et nous sommes dans un rapport de forces défavorable lié aussi à une capacité d’analyse insuffisante. Sont-elles contestables ? Je ne sais pas quantifier non plus l’impact socio-économique négatif pour avoir une idée juste de la situation, notamment la faiblesse de l’emploi local valdoisien et le fait que certaines activités se développent au détriment des communes locales.

Je ne peux me prévaloir d’aucune légitimité ni d’une action particulière sur le sujet, n’étant pas aux responsabilités. Je peux dire simplement qu’en ma qualité d’élu municipal et d’élu au Conseil général pendant 7 ans (3 ans à l’exécutif comme vice-président) j’ai vu passer et j’ai voté (à l’unanimité toujours) nombre de motions contre les nuisances aériennes, pour le troisième aéroport et l’interdiction des vols de nuit.

Nous ne pouvons pas nous en contenter, pas davantage des questions au Gouvernement même si elles sont utiles, ou encore de l’arlésienne du troisième aéroport qui ne verra jamais le jour.

Les travaux du Grenelle ont suscité un véritable espoir, le signal attendu qui permettait enfin de passer des voeux à l’action. Les résultats ne sont pas au rendez-vous. N’étant pas un spécialiste des mesures opérationnelles – envol, trajectoires, altitude des vols, procédures de descente, atterrissage – mes lectures m’ont appris que des progrès ont été réalisés mais qu’il reste beaucoup à faire.

Deuxième proposition, la poursuite des mesures dites opérationnelles dès lors que les solutions existent. Encore faut-il être vigilants et veiller à leur application. C’est le rôle de la loi et donc bien celui du député. La solution ne peut pas être le report des nuisances sur d’autres parties du territoire valdoisien ou limitrophe. La plateforme Roissy-CDG est devenue la première d’Europe pour le trafic aérien nocturne, autant par la volonté d’ADP et de l’opérateur Fedex, que par la baisse de l’activité sur les aéroports européens concurrents. La réduction du bruit à la source, si elle est nécessaire, ne répond que marginalement au problème.

Troisième proposition, et seule solution acceptable, la limitation stricte puis l’interdiction des vols de nuit. C’est la réponse aux enjeux sanitaires, aux enjeux énergétiques et à la nécessité de lutter contre le réchauffement climatique par tous les moyens. Je la défendrai à l’Assemblée.

Au-delà même des vols de nuit, c’est la question du développement du trafic aérien sans limites qui est posée, avec ses conséquences néfastes, celle d’une pollution continue à peu de frais, et celle des importations de marchandises par voie aérienne dans le cadre d’une concurrence déloyale participant à la destruction d’emplois sur notre territoire.

Le développement durable dans toutes ses dimensions, l’équité sociale, la préservation de l’environnement, l’efficacité économique, la concertation, la transparence, la participation des citoyens doit s’imposer dans le transport aérien comme dans bien d’autres domaines, en devenant le fil conducteur de l’action politique. J’ajoute que l’urbanisation des zones vertes autour de Roissy (et ailleurs) ou des projets pharaoniques tel celui d’Europa City par exemple, ne répondent en rien au cahier des charges de notre avenir commun.

 

Député, je porterai cette conviction.

 

Veuillez croire Monsieur le Président à l’expression de toute ma considération.

Gérard Sebaoun