La Rose dans la vallée

21 avril 2016

Retour (rapide) sur le vote relatif à la directive dite “secret des affaires” (Emmanuel Maurel)

Retour (rapide) sur le vote relatif à la directive dite “secret des affaires”

Le vote sur la directive “secret des affaires” a suscité un émoi légitime. On le sait, les réseaux sociaux ont tendance à s’enflammer un peu vite. La surenchère y est de mise, parfois jusqu’au grotesque. Que des élus soient immédiatement affublés de noms d’oiseaux et autres injures suite à vote jugé contestable en dit long sur le climat politique actuel.

Qu’ils soient invités à rendre des comptes, en revanche, rien de plus normal. Celles et ceux qui me font l’amitié de suivre mon actualité parlementaire savent que je le fais très régulièrement, via ma lettre d’information (déjà 16 numéros depuis mon élection), mon blog (emmanuelmaurel.eu) et mes réunions de terrain. J’ai donc pris le temps d’écrire ce petit texte, histoire d’expliquer ce qui s’est passé : il aurait fallu être beaucoup plus précis, mais je craignais d’être fastidieux.

1) “secret des affaires” : de quoi parle t-on ?

Cette dénomination concerne les informations que les entreprises gardent secrètes pour conserver un avantage sur leurs concurrents (procédé de fabrication, prototype non breveté, liste de clients). Il est certain que l’innovation, les modèles économiques des entreprises, et en particulier des PME dans un contexte de plus en plus compétitif et ouvert, doivent être protégés de pratiques anticoncurentielles ou d’espionnage industriel. Les PME représentent les 2/3 des entreprises victimes d’espionnage industriel, même si la presse n’évoque généralement que les affaires les plus spectaculaires (on se souvient de l’espionnage massif découvert chez Renault en 2008).

2) quel était le principal problème posé par le texte initial ?

Il ne prenait en compte que l’intérêt des entreprises. Or, à l’instar du secret bancaire il y a quelques décennies (qui a désormais été levé pour gagner en transparence), le secret des affaires est désormais utilisé par les entreprises (généralement les plus grandes) pour protéger certains comportements frauduleux ou contraires à l’intérêt général. Dans la commission spéciale TAXE du Parlement européen dans laquelle je siège, ou dans le cadre du “reporting pays par pays” ( qui rend possible la traçabilité des profits) que l’Europe essaie de mettre en oeuvre, j’ai pu mesurer, en entendant les multinationales et face à la difficulté de les prendre en tort, que le secret des affaires était aussi leur parade systématique pour cacher des montages à la limite de la légalité, impliquant parfois les Etats eux-mêmes.

3) qu’ont fait les eurodeputes socialistes et sociaux démocrates ?

Ils ont fait leur travail : pendant de longs mois, sous la houlette de l’italien Sergio Cofferati (ancien grand leader syndical, opposant de Matteo Renzi) et des membres de la commission des affaires juridiques (dans laquelle siège la française Virginie Roziere, extrêmement pointue et solidement ancrée à gauche), ils ont bataillé pour introduire de nombreuses protections. Et ont obtenu, de haute lutte, d’incontestables victoires. Par exemple, et contrairement à ce qui est parfois avancé, les journalistes ne seront pas empêchés d’exercer leur métier.

l’article 1 dispose en effet que « la présente directive n’affecte pas l’exercice du droit à la liberté d’expression et d’information établi dans la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, y compris le respect de la liberté et du pluralisme des médias ».

Et l’article 5 précise qu’ aucune sanction ne peut être administrée. La directive ne pourra donc jamais servir de base juridique pour attaquer des journalistes ; la liberté des médias est affirmée comme un droit. Toutes les organisations représentant les journalistes ont d’ailleurs salué le résultat de ce travail.

4) quid des “lanceurs d’alerte” dans cette directive ?

Scandale HSBC, Swissleaks, Luxleaks, et l’actuel « Panama Papers » : ces révélations sur l’évasion fiscale ont participé à une prise de conscience croissante de l’irresponsabilité sociale des multinationales, et ont aussi très concrètement permis de débloquer des institutions trop lentes à répondre à l’injustice fiscales. Toutes ces grandes réussites d’investigation ont été le fait de lanceurs d’alerte. Une bonne partie d’entre eux, malgré les récompenses officielles qu’ils recoivent, ont été ou sont poursuivis par la justice. Les journalistes qui relaient leurs informations le sont également comme en témoigne le cas de M. Perrin qui a permis à Antoine Deltour, le lanceur d’alerte de Luxleaks, de relayer les preuves d’évitement fiscal. Deltour comme Perrin sont aujourd’hui sous le coup d’une procédure judiciaire au Luxembourg, pendant que les firmes dont ils ont révélé les pratiques n’ont pas été inquiétées le moins du monde.

Au départ, le sujet “lanceur d’alerte” n’était même pas abordé dans la directive. La gauche a permis que le sujet soit mis sur la table. Or sur ce point, les résultats obtenus sont mitigés.

Ils sont mieux protégés qu’aujourd’hui, mais l’accord trouvé reste insuffisant : selon l’article 5, les lanceurs d’alerte seront désormais protégés pour « la révélation d’une faute professionnelle ou une autre faute ou une activité illégale, à condition que le défendeur ait agi dans le but de protéger l’intérêt public général ». C’est certes insuffisant car ces personnes devront prouver qu’elles ont agi « pour protéger l’intérêt général », donc la charge de la preuve leur incombera. Mais à l’heure actuelle, seuls cinq États membres ont une législation spécifique sur la protection des lanceurs d’alerte. C’est donc un premier pas face au Conseil ( qui représente les Etats membres). Mais ce n’est pas satisfaisant.

5) Quel débat au sein du groupe social démocrate avant le vote ?

Chacun s’est accordé pour saluer l’énorme travail fait par nos camarades en charge du dossier. Avec d’autres, j’ai cependant soulevé, lors du débat au sein du groupe, trois problèmes.

Premier problème, le contexte : au moment où le scandale “panamapers” scandalise légitimement l’opinion publique mondiale, le vote d’un texte intitulé “trade secrets”, même s’il ne concernait que très marginalement les questions fiscales, ne pouvait que susciter l’émoi des nos concitoyens.

Deuxième problème : le vote d’un tel texte allait éclipser deux événements importants qui auraient dû marquer la session de Strasbourg. En effet, sous la pression de la société civile et du Parlement européen, l’Europe s’est mobilisée comme elle ne l’avait jamais fait pour la transparence : en premier lieu nous avons obtenu de la Commission le lancement d’un reporting pays par pays public, accessible à tous, des multinationales; et le Parlement européen s’est enfin mis en branle pour mettre sur pied une véritable commission d’enquête, avec des moyens d’investigation, sur l’évasion et la transparence fiscale, à la suite des Panama Papers. Deux avancées majeures !!

Troisième problème : j’estimais, avec les eurodeputes socialistes français, qu’il fallait que la Commission s’engage dès cette session à lancer immédiatement l’élaboration d’un texte spécifique sur les lanceurs d’alerte, permettant de les protéger même quand ils dévoilent des pratiques légales (je rappelle pour mémoire que la plupart des pratiques révoltantes d’optimisation fiscales agressives sont absolument licites !!).

Pour moi, il allait de soi que si ces trois problèmes n’étaient pas réglés, je ne pouvais pas voter la directive. Ma position, que j’ai exprimée devant le groupe, n’a pas convaincu mes collègues. Pour le dire franchement, nous n’étions qu’une poignée à la défendre. L’immense majorité de mes camarades ont mis en avant les incontestables progrès enregistrés suite au travail parlementaire. Ceux qui connaissent Sergio Cofferati, son intégrité, ses combats, ses convictions, peuvent aisément imaginer que lorsqu’il dit “ce texte va dans le bon sens, nous avons obtenu le maximum, il faut le voter”, sa parole porte.

6) Que s’est il passé en séance ?

Le jour du vote, des collègues de gauche ont demandé que l’assemblée se prononce sur l’opportunité du REPORT du texte : cela aurait permis de le durcir et de l’améliorer encore. J’étais évidemment favorable au report. Mais nous avons été largement battus au vote. Ensuite, la commissaire présente à été invitée à se prononcer sur la question de l’écriture d’un texte spécifique sur les lanceurs d alerte : sa réponse a été évasive. Voilà pourquoi je n’ai pas voté le texte. Mon premier mouvement était de voter contre : dans le contexte, c’eut été plus lisible. Mais il faut avoir l’honnêteté de reconnaître que le texte amendé par mes camarades a considérablement évolué, et qu’il ouvre la voie à de nouveaux combats, dans lesquels nous allons nous engager dès aujourd’hui. C’est la raison pour laquelle je me finalement suis abstenu.

Emmanuel Maurel

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14 avril 2016

Eugen Debs : la source d’inspiration de Bernie Sanders (Julien Guérin)

Les récents succès de Bernie Sanders lors des primaires américaines et l’enthousiasme militant grandissant autour de sa campagne font redécouvrir à des milliers de personnes qu’une gauche combative existe bel et bien au cœur de la première puissance capitaliste mondiale. Elle plonge en profondeur ses racines dans le mouvement ouvrier nord-américain.

Sanders reprend fièrement un drapeau, largement en berne depuis des années, mais qui plonge ses racines dans une histoire vivante et trop souvent ignorée : celle du socialisme américain. Les travaux du grand historien Howard Zinn et son Histoire populaire des États-Unis avaient mis en lumière les luttes populaires, indiennes, paysannes et ouvrières qui ont jalonné les cinq siècles d’histoire de la jeune nation américaine, et qui sont si souvent reléguées en marge d’une histoire officielle faite par et pour les puissants. Dans cette longue tradition, la figure d’Eugen Debs occupe une place essentielle. A plusieurs reprises, Sanders s’est réclamé de l’héritage du leader du Parti socialiste des États-Unis de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, dont le portrait orne fièrement son bureau. Célébré par l’écrivain John Dos Passos qui en dresse un magnifique portrait dans son ouvrage sa Trilogie USA et remis récemment en lumière par le documentaire coréalisé par Daniel Mermet à partir du livre d’Howard Zinn, la belle figure militante de Debs est à redécouvrir.

Un syndicaliste de choc

Debs est né en 1855 dans l’Indiana. Son père est un bourgeois éclairé d’origine française qui transmet au jeune Eugen son amour du peuple et des textes progressistes de Victor Hugo et Eugène Sue. Malgré la fortune familiale, peut-être nourri de ces textes exaltant les valeurs populaires, Debs quitte l’école à 14 ans et devient conducteur de locomotive. Il s’engage alors à corps perdu dans la lutte syndicale dont les cheminots sont un des fers de lance. Secrétaire général du syndicat, il se montre très attaché à la publication d’un bulletin en direction des différentes catégories de travailleurs.

C’est dans cette visée qu’il crée en 1893 « l’American Railway Union » qui syndique dans une même organisation tous les ouvriers du rail, quelle que soit leur qualification. C’est cependant en 1894 que le nom de Debs apparaît sur le devant de la scène à l’occasion de la grande grève de la compagnie Pullman où les patrons règnent en maîtres. Face à une baisse de salaires de 28 %, les cheminots se mettent massivement en grève et, bientôt, toutes les lignes sont à l’arrêt. La grève paralyse le trafic et la distribution du courrier dans toute la région de Chicago. Le président américain de l’époque envoie la troupe investir la métropole de l’Illinois. La répression fait 13 morts, Debs est arrêté et emprisonné. La presse conservatrice se déchaîne alors contre Debs, qualifié « d’ennemi de la race humaine » par le New York Times.

Pour une représentation politique des travailleurs américains

En parallèle à la lutte syndicale, Debs est convaincu de la nécessité pour la classe ouvrière de faire élire des représentants lors des élections pour défendre ses intérêts propres. D’abord membre du parti démocrate, il est élu en 1884 à la chambre des représentants de l’Indiana. Après sa peine de prison où il découvre Marx, il quitte un parti qu’il juge trop modéré et qui n’a pas bougé un doigt pour le défendre lors de la grève des cheminots.

Profitant de sa popularité issue de ce mouvement de masse, il lance en 1898 le parti socialiste démocratique des États-Unis dans le but explicite d’offrir une représentation politique digne de ce nom au monde du travail. Il juge que la fausse alternative entre démocrates et républicains doit être dépassée et que les salariés doivent disposer de leur propre parti. Son mouvement fusionne avec un autre petit groupe socialiste en 1901. S’adressant aux intellectuels progressistes comme l’écrivain Jack London qui rejoint ses rangs, aux syndicalistes, aux travailleurs immigrés, aux petits agriculteurs, le parti socialiste connaît une certaine audience. Se réclamant du marxisme, le parti a néanmoins une pratique réformiste bien que se prononçant pour la nationalisation des secteurs clés de l’économie.

Debs est candidat aux élections présidentielles de 1900, 1904, 1908 et 1912 où il obtient près d’un million de voix, tandis que le Parti socialiste parvient à faire élire deux représentants au Congrès. Fidèle à l’internationalisme ouvrier, Debs et les socialistes se dressent contre la Première guerre mondiale. Ils mènent en 1917 une campagne résolue contre l’entrée en guerre des États-Unis. Poursuivi et condamné pour infraction à l’Espionage Act qui sanctionne toute entrave à l’effort de guerre américain, Debs se retrouve à nouveau derrière les barreaux en 1918. Condamné à dix ans de détention, c’est depuis sa prison que le tribun se lance en 1920 dans sa cinquième campagne présidentielle. Dans des conditions difficiles, il parvient à rassembler plus de 6 % des suffrages.  C’est alors que Lénine, pourtant d’habitude fort avare en compliments, déclare que Debs fait figure de « vrai représentant du prolétariat révolutionnaire » américain. Bel hommage !

Libéré en 1921, le leader socialiste rentre dans ses terres natales de l’Indiana en héros. Une foule immense accueille son retour au pays. Désormais considéré comme une figure morale de la gauche américaine, Debs décède en 1926 dans l’Illinois.

 Le socialisme en 2016 ?

Après 90 ans d’oubli et recul des idées de la gauche américaine dans un pays traumatisé par la guerre froide, la figure de Debs fait un fracassant retour sur le devant de scène avec la candidature de Bernie Sanders. Surfant sur le mouvement « Occupy Wall Street » de 2011-2012, dénonçant avec force les inégalités sociales et raciales qui minent le pays, le sénateur indépendant du Vermont électrise des salles de plus en plus nombreuses, à l’assistance toujours plus jeune. Déçus par l’expérience Obama, des pans entiers d’une population ne supportant plus la morgue de Wall Street se tournent vers le programme du sénateur du Vermont.

Sans être révolutionnaires, ses propositions font souffler un vent d’air frais sur la campagne américaine. Défenseur d’une véritable sécurité sociale pour tous, promoteur d’une réforme fiscale taxant hauts revenus et profits bancaires et prônant augmentation des salaires, opposant résolu au traité transatlantique et aux guerres américaines en Irak, favorable à un accueil décent pour les immigrés et à un contrôle des armes plus stricts, Sanders dénote dans un paysage politique droitisé et dominé par les questions religieuses et identitaires.

Dans un meeting de 1910, Debs déclarait : « Je ne suis pas un leader travailliste ; je ne veux pas que vous me suiviez ou quoi que ce soit d’autre ; si vous cherchez un Moïse pour vous guider en dehors de la folie capitaliste, vous resterez exactement là où vous êtes. Je ne vous guiderais pas jusqu’à la Terre Promise si je pouvais, parce que si je vous y menais, quelqu’un d’autre vous en sortirait. Vous devez utiliser vos têtes comme vos bras, et vous sortir de votre condition actuelle ». On dirait du Bernie Sanders en 2016 !

paru dans la revue Démocratie&Socialisme n°233 de mars 2016.

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11 avril 2016

La contre-consultation sur la question du Statut d'économie de marché de la Chine est lancée

Emmanuel Maurel, député européen

Je souhaite vous informer d'une initiative qui me tient particulièrement à cœur.

La Commission européenne pourrait décider, d'ici à la fin de l'année 2016, d'octroyer à la Chine le statut d'économie de marché. Loin d'être procédurale, une telle évolution limiterait la capacité de l'Union européenne à se protéger du dumping commercial, social et environnemental auquel se livre la Chine.

L'exécutif européen a bien fait mine de vouloir impliquer les partenaires sociaux dans la discussion, mais force est de constater que les négociations manquent de transparence. Les citoyens et les acteurs locaux ne sont impliqués que de manière marginale.

C'est la raison pour laquelle j'ai décidé – avec mon collègue Edouard Martin et au nom d'un groupe d'une soixantaine de députés européens – de lancer la première consultation parlementaire publique sur le thème de la reconnaissance du statut d'économie de marché à la Chine.

Cette consultation publique sera ouverte jusqu'au 1er mai et est accessible à ce lien: http://www.meschinawhynot.eu/.

Faites entendre votre voix !

Bien à vous,

Emmanuel Maurel

 
Je participe à la contre-consultation

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09 avril 2016

« L’aveuglement de la FNSEA est responsable de la crise agricole » sur le site reporterre.net.

Michel Berhocoïrigoin est un ancien secrétaire général de la Confédération paysanne nationale, président de la chambre d’agriculture alternative du Pays basque de 2005 à 2015.

articles paru initialement sur le site reporterre.net.

L’actualité agricole que nous connaissons depuis plusieurs semaines se caractérise par une grosse manipulation ! Je pèse mes mots, et j’affirme de suite que je ne suis pas dans la critique des paysans qui manifestent. La douleur et le désespoir sont bien réels dans les campagnes, même si ce n’est pas la situation de tous ceux qui descendent dans la rue, car, il faut le dire aussi : les disparités en agriculture sont scandaleuses, ce qui rend la crise encore plus insupportable !

Un jour, l’apologie du libéralisme, le lendemain, la quête des aides publiques

Mais ici, je veux simplement, mais vigoureusement, dénoncer le fait que les principaux animateurs des manifestations de cet été sont les instigateurs des mécanismes qui nous ont entraînés dans la situation actuelle. Le mal est profond, il est dans la structure même du processus de production agricole. Il mérite un débat de fond qui exclut tout double discours entre les positions défendues auprès des pouvoirs publics et celles assumées publiquement. Il n’est pas possible de revendiquer du matin au soir et tous les jours, davantage de libéralisme et de compétitivité, puis, avec le même aplomb, d’exiger des soutiens publics pour faire face aux conséquences entraînées par ce qui a été revendiqué et obtenu…

La FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles) et ses satellites ont une grande responsabilité dans la situation actuelle. Leurs mots d’ordre se rejoignent dans une trinité infernale :
- Davantage de compétitivité, c’est-à-dire plus de capacité de vendre moins cher que les concurrents, ce qui suppose des prix inférieurs aux coûts de production, des charges externalisées et payées par d’autres, et l’injection permanente de nouvelles aides publiques dans la chaîne de production.
- Davantage d’exportations, c’est-à-dire une part croissante de la production vendue sur les marchés mondiaux qui ne représentent que 7 % de la production mondiale globale, et qui, sauf exception, sont constitués par des prix de braderie.
- Davantage de « modernisation et d’innovation » qui, sous l’apparence d’une sonorité positive, représente toujours plus d’investissements insupportables, plus d’industrialisation et d’artificialisation de l’agriculture, plus de déshumanisation et de perte d’emplois, plus d’élimination des petites fermes qui pourtant, de nombreuses études le démontrent, sont les plus efficaces en emplois, en biodiversité, en paysage, en valeur ajoutée.

Jamais les bonnes questions

L’une des situations dénoncées dans les récentes manifestations a été la baisse du prix du lait, suite à la suppression des quotas qui régulaient la production. Mais, quel était le discours de la FNSEA lorsque les quotas étaient en place ? J’ai siégé durant quatre ans au côté de leurs représentants au Conseil de direction de l’Office national du lait (ONILAIT). Combien de fois ne sont-ils pas intervenus pour déplorer que la France ne puisse exporter davantage, à cause de la limitation de la production par les quotas ? Combien de fois n’ont-ils pas déploré que tout ceci entravait la compétitivité de la filière laitière ? Combien de fois ne leur ai-je pas dit que leur discours préparait le terrain à la sortie des quotas ?

De même, pour la production porcine, les a-t-on entendus une seule fois revendiquer une maîtrise de la production qui pourrait stabiliser le prix de la viande porcine ? Non ! Ils revendiquent moins de contraintes et plus de souplesse dans l’agrandissement des ateliers de production pour être plus compétitifs que les Allemands ou que les Espagnols… La filière porcine est le bout du bout de l’agriculture libérale, et elle représente le bout du bout de l’impasse agricole !

La FNSEA et sa section Jeunes Agriculteurs occupent le terrain agricole en ne posant jamais les bonnes questions. Elles n’ont jamais un mot sur une répartition plus équitable des aides et des productions, jamais un mot sur la limitation des tailles d’ateliers ou sur les fermes-usines. Toujours les mêmes pseudos boucs-émissaires, les contraintes administratives ou environnementales, présentées comme responsables de tous les maux.

Toujours la contradiction absolue qui consiste à demander plus de soutien aux exportations et plus de protection aux importations. Toujours la contradiction entre les discours démagogiques qualifiant notre agriculture de « compétitive », « performante », « moderne », « innovante », et la réalité de cette agriculture qui se met en éruption tous les six mois et qui perd le quart de ses emplois paysans tous les dix ans.

Puits sans fond

La FNSEA demande au président de la République un plan de trois milliards d’euros pour « des mesures de court terme » : allègement des cotisations sociales et contributions fiscales et mise en place d’un plan de désendettement ; et pour « des mesures structurelles à moyen terme » : soutien à l’investissement et à l’allégement des normes ! Autrement dit : aide au désendettement pour le court terme, et aide à l’endettement pour le moyen terme !

Ainsi, l’agrandissement des tailles d’ateliers et l’accaparement des productions sont financés par les fonds publics. Voilà l’efficacité économique et sociale de l’agriculture industrielle qui est un puits sans fond, et qui n’est plus capable de payer ses cotisations sociales ou contributions fiscales !

L’essentiel des problèmes de l’agriculture vient du fait qu’elle s’enlise dans le libéralisme et l’industrialisation. Il faut changer de cap. Et plutôt qu’aller encore plus loin dans le libéralisme et l’industrialisation, aller vers la maîtrise et la répartition des productions, le soutien à la qualité, la relocalisation des filières.

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06 avril 2016

Emmanuel Maurel : "Le FMI veut liquider la Grèce comme on liquide une entreprise" La Tribune

Emmanuel Maurel : "Le FMI veut liquider la Grèce comme on liquide une entreprise" La Tribune

Les révélations de Wikileaks montrent que le FMI, obsédé par un impossible équilibre budgétaire, voudrait liquider la Grèce comme on liquide une entreprise qu'on place en redressement judiciaire.

Par Emmanuel Maurel, député européen, S&D

6 juin 2013. Le FMI publie un rapport choc qui établit le bilan du premier memorandum imposé à la Grèce en 2010, il parle "d'échecs notables" du programme, et du fonctionnement de la Troïka. Six mois plus tôt, son économiste en chef avait déjà admis que le FMI sous-estimait systématiquement la valeur du multiplicateur budgétaire, et donc l'importance de préserver des marges de manœuvre budgétaires.

Juillet 2015. Le FMI, avec les mêmes créanciers qu'auparavant, une Troïka désormais appelée pudiquement "institutions", réplique ses demandes selon les mêmes termes, comme une machine. Mais contrairement à l'intelligence artificielle, le FMI n'apprend pas de ses erreurs.

L'obsession du solde budgétaire

Preuve en a été donnée par les révélations de Wikileaks ce week-end, qui démontrent que l'institution reste enfermée dans l'obsession du solde budgétaire et, surtout, qu'elle est prête à tout pour obtenir un tel solde, au mépris de toute réalité économique, sociale, politique et désormais sécuritaire - avec l'enjeu migratoire - du pays concerné. La discussion téléphonique entre les deux responsables du FMI démontre, s'il le fallait encore, le caractère sommaire des négociations qui ont cours dans le secret entre la Grèce et les créanciers.

Le mirage d'un surplus des finances publiques

Alors même que le gouvernement d'Alexis Tsipras a endossé la mise en œuvre du programme en essayant d'en limiter les aspects les plus destructeurs pour l'emploi, les inégalités et l'exercice des droits fondamentaux des citoyens, le FMI demeure accroché au mirage d'un surplus budgétaire utopique, et il estime que seul un "événement de crédit", en langage commun une faillite de la Grèce, pourrait lui faire accepter les coupes restantes.

Liquider la Grèce comme on liquide une entreprise

Autrement dit, le FMI souhaiterait liquider la Grèce comme une entreprise qu'on place en redressement judiciaire. C'est oublier que ce jeu-là implique 12 millions de citoyens dont près de 25% sont touchés par la pauvreté, un système politique qui ne survivrait pas à une telle déstabilisation et conduirait aux portes du pouvoir les néonazis d'Aube dorée déjà bien présents au Parlement Grec, et une situation sécuritaire représentant un enjeu vital pour l'Union européenne qui transforme progressivement la Grèce en un gigantesque camp de réfugiés tout en laissant ses membres fermer leurs frontières avec elle.

En définitive, il est de plus en plus clair que la logique de compromis dans laquelle la Grèce s'est placée, déjà en porte-à-faux avec la souveraineté démocratique de ses citoyens, laisse encore trop de liberté au gouvernement pour les créanciers. Le FMI, en retardant les étapes de cet accord (la "revue des réformes" traîne toujours en longueur à cause de leurs exigences déraisonnables) et en envisageant d'acculer la Grèce au défaut de paiement, démontre qu'il propose moins un memorandum qu'un ultimatum.

 

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03 avril 2016

Les cafés débats d’Ulysse : La séparation de « l’église capitaliste » et de l’État

Jeudi 7 avril, à 20 h 30
Orange Bleue
7, rue Jean Mermoz
95600 Eaubonne

Les cafés débats d’Ulysse :
« La séparation de « l’église capitaliste » et de l’État ».

Avec Bernard Friot, professeur émérite à l’université Paris Ouest Nanterre La Défense, co-fondateur de l’association d’éducation populaire « Réseau salariat », qui a récemment publié « Émanciper le travail » (La Dispute).

Entrée libre et gratuite

Contact : ulysse95asso@gmail.com / www.ulysseleblog.org /06 78 43 00 69

 

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01 avril 2016

Transports en Île-de-France Valérie Pécresse face au mur du réel : des promesses sans financement

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Ce mercredi 30 mars le débat sur le budget 2016 du STIF a une nouvelle fois été l’occasion de « confronter la superbe des promesses de campagne de V. Pécresse à l’absence d’ambitions nouvelles dans son action » pour les administrateurs socialistes Isabelle Beressi, François Kalfon et Jonathan Kienzlen.

Nous constatons en effet :

  •  qu’après avoir annoncé le « déploiement de 700 trains neufs ou rénovés d'ici 2021 » et un plan de « 1000 bus » pour la grande couronne, le projet de budget 2016 n'intègre aucune de ses promesses électorales en matière d'investissement.

Au contraire, le rapport sur le budget primitif ne fait que souligner l’ampleur de l'action de la précédente majorité, notamment en matière de renouvellement de matériel roulant :

  •  En 2016, 73 rames nouvelles seront livrées et 39 rames rénovées grâce à 448 M€ inscrits au budget 2016 pour financer "les coups partis";
  •  Entre 2010 et 2015, les conventions signées par la précédente majorité auront permis d'acheter ou de rénover 530 rames notamment pour les lignes H, K et L, pour le RER A, ou encore pour les lignes 2, 5 et 9 du métro.

Les annonces fracassantes de V. Pécresse dans la presse, ne passent donc pas le cap du premier budget du STIF voté depuis son élection.

D’ailleurs, la probable annulation de la suppression de l’aide aux transports pour les titulaires de l’AME sera un révélateur de plus de l’inconséquence de la gestion de la nouvelle majorité.

Enfin, les élus socialistes seront extrêmement vigilants quant à la hausse à venir du prix du Pass Navigo qui viserait à financer les promesses intenables de V. Pécresse, puisque aux dires mêmes de S. Beaudet, Vice-Président aux Transports de la Région lors du CA, « cette question n’est pas taboue ».

Isabelle Beressi (95), François Kalfon (77) & Jonathan Kienzlen (94),
élus au STIF du Groupe socialiste et républicain de la Région Île-de-France

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28 mars 2016

Quand tout se négocie, rien ne se respecte

Ainsi l’ordre public social universel va s’effacer, selon la loi dite El Khomri, devant les règlements négociés au cas par cas, entreprise par entreprise, sous l’égide du patron redevenu de droit divin.

« Le temps nécessaire aux opérations d’habillage et de déshabillage, lorsque le port d’une tenue de travail est imposé, (…) fait l’objet de contreparties. Ces contreparties sont accordées soit sous forme de repos, soit sous forme financière »

Puisque tout va se négocier, les patrons anticipent : la direction d’Airbus Nantes et St Nazaire a déjà exigé que les salariés pointent après s’être habillés en bleus de travail. Ce qui représente une augmentation du temps de travail de 20 minutes. En bonne négociatrice, sûre d’elle même, la direction propose 60 euros par mois pour les 10 heures supplémentaires ainsi extorquées.

Dans l’agro-alimentaire, le temps d’habillage et de déshabillage, a été estimé par les patrons eux-mêmes à 117 h par an par salarié. Jusqu’à la deuxième loi Aubry de janvier 2000, c’était gratuit. Il avait alors été décidé que cela ferait l’objet d’une « contrepartie » (prime). Même cette (modeste) contrepartie va pouvoir être remise en cause : en une vie de 43 ans de travail, les salariés dans cette branche pourront s’habiller et se déshabiller gratuitement 5031 heures pour leurs patrons.

Au centre d’appel Téléperformance, Blagnac, Toulouse, la direction exige dorénavant des 400 salariés, que les « pauses pipi » soient demandées par mel, et accordées préalablement par un supérieur. Chaque salarié a le droit à une demi-heure de pause pour une journée de 7 h de travail. Que ce soit pour boire un verre d’eau à la fontaine, fumer une cigarette ou manger un sandwich il faudra le demander par mel y compris pour satisfaire un besoin physiologique.

Une entreprise nord-coréenne du Honduras Kyunfgshin-Lear oblige ses salariés à porter des  couches pour éviter la pause pipi, rapportent Midi Libre et Le Point, d’après Daniel Duron, le secrétaire général de la Central Genéral de Trabajadores de Tegucigalpa. Vrai ou faux ? Mais la logique du profit maximum ne conduit-elle pas à ça ?

La société́ Altran avait cru pouvoir décompter le temps de travail en forfait jours. Par cette mesure, l’employeur avait réussi à abaisser le taux horaire de la rémunération. Ce mécanisme permet de rémunérer les salariés sur la base d’un forfait, indépendamment des heures de travail réellement effectuées. La Cour de cassation dans un arrêt du 4 novembre 2015 (n°14-25745) avait pourtant réaffirmé que « lorsqu’un employeur est lié par les clauses d’une convention collective, ces clauses s’appliquent au contrat de travail, sauf stipulations plus favorables et que le salarié ne peut renoncer aux droits qu’il tient de la convention collective ». He bien, c’en sera fini avec la nouvelle loi El Khomri, cela pourra être « négocié » et l’entreprise l’emporter sur la branche.

 Gérard Filoche

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15 mars 2016

Lancement du « Groupe d’action MES Chine » au Parlement européen : volonté de faire bloc(Emmanuel Maurel)

Le 9 mars dernier, j’ai co-présidé la réunion de lancement du « Groupe d’action MES Chine » du Parlement européen, une structure transpartisane, regroupant des membres originaires de différents pays européens, que j’ai créée aux côtés de mes collègues Edouard Martin et David Borrelli.

Mes China

Son objectif est simple : sensibiliser, alerter et mobiliser les Européens sur les risques industriels que représenterait l’attribution du Statut d’économie de marché à la Chine. Si l’Union européenne prenait cette décision, elle se priverait de son plein gré des instruments de défense commerciale qui lui permettent actuellement de résister tant bien que mal au dumping massif orchestré par les autorités chinoises dans d’innombrables secteurs.

Rassemblant des députés issus de la grande majorité des groupes politiques, la première réunion de notre structure a été un véritable succès. Les députés présents se sont tous accordés sur la nécessité de faire bloc contre l’attitude dangereuse de la Commission européenne sur ce dossier. Beaucoup ont dénoncé la subjectivité de l’étude d’impact et de la consultation publique qu’elle a récemment lancées.

Après la dénonciation unanime, l’heure sera très rapidement à l’action déterminée..

Emmanuel Maurel

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12 mars 2016

Bernie Sanders : Socialiste et fier de l’être…(Marie-Noëlle Lienemann)

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Bernie Sanders vient de gagner la primaire dans l’État du Michigan, et ce contre toute attente, puisque les sondages annonçaient la victoire d’Hillary Clinton avec une large avance.

Déjà ses bons résultats dans de nombreux États avait surpris beaucoup de monde. Mais après le Super Tuesday où bien des États du sud des USA avaient apporté leur soutien à Hillary Clinton, on disait la partie jouée chez les Démocrates et que Sanders ne poursuivrait plus qu’une candidature de témoignage. C’était déjà important car capter autant d’audience, de mobilisation et même de soutiens financiers dans ce pays « temple du capitalisme », lorsque l’on se revendique socialiste paraissait, il y a encore quelques années, inconcevable.

Pourtant, Bernie Sanders ne met pas son drapeau dans sa poche ; mais, avant tout, il s’attaque aux vrais problèmes du peuple américain : niveau de vie, salaires et pouvoir d’achat, endettement et l’énorme problème des prêts étudiants qui plombent non seulement l’avenir de la jeunesse, mais bloquent également l’accès aux études d’un grand nombre et coûtent cher, aujourd’hui encore, pour de nombreux adultes même âgés.

18332538-mmmainSa victoire inattendue dans cet État, promis à la candidate portée par les sondages, montre la réalité de la situation des salariés, des classes moyennes, des jeunes sans parler des plus pauvres. Cela devrait ouvrir les yeux de tous ceux qui passent leur temps à nous vanter le modèle libéral et les pseudo bon chiffres du chômage. La réalité est que les gens ne peuvent plus vivre de leur travail et que si les chiffres et les courbes paraissent satisfaisants, il n’en est rien dans la vie quotidienne…

C’est exactement la même chose en Europe. Les peuples ne sont plus dupes, ils ont compris que la mondialisation heureuse qu’on leur promettait n’est qu’un leurre. Ils ont vu que la « sortie de crise » ne changeait rien pour eux et que la longue détérioration de leur situation se poursuivait. Bref, aucune leçon de la grande déstabilisation, qui avait trouvé son aboutissement avec les subprimes et la crise financière, n’était tirée et tout revenait comme avant avec une nouvelle aggravation des inégalités.

Dans ce contexte, la réponse côté publicains est le populisme de Trump.

Côté mocrates, même si à ce jour Hillary Clinton ne semble pas menacée, le candidat ou la candidate qui sortira vainqueur devra nécessairement proposer une nouvelle voie, en rupture avec le libéralisme actuel et réinvestir la question sociale, celle des conditions de travail, les services publics et les investissements collectifs comme la gratuité de l’éducation. La question du salaire minimum sera incontournable. Il faut noter que Bernie Sanders s’est engagé en faveur d’un salaire minimum à 1.500 $, ce qui au passage le place bien au-dessus du SMIC français. Mais sa proposition ne tombe pas du ciel. Voilà déjà plusieurs années que cette augmentation du salaire minimum est un enjeu électoral important. Aux États-Unis, il y a un salaire minimum fédéral mais chaque collectivité peut le fixer à un niveau supérieur. Lors des élections locales, au niveau des États et des communes, de nombreuses équipes ont été élues en promettant le salaire minimum à 1.500 $. C’est en particulier le cas de la ville de Seattle oùcette hausse n’a créé aucun problème économique ou de compétitivité…

Cela devrait faire réfléchir les dirigeants socialistes européens et le gouvernement français. Le temps n’est plus aux vieilles recettes de dérégulations, de modération salariale, de réduction des protections collectives et des services.

Repenser le socialisme, qui plus est dans un monde où aucun totalitarisme communiste ne menace, est à l’évidence un enjeu profondément moderne et d’actualité. En tout état de cause, l’archaïsme n’est pas où l’on croit, mais bien là où la droite mais aussi le gouvernement et une partie de la social-démocratie tentent d’engager notre pays, à marche forcée.

loi el khomriAppliquées à l’actualité brûlante de notre pays, ces leçons devraient ramener nos dirigeants à la lucidité : Il y a toutes les raisons sociales de refuser la loi El Khomri ; il y a toutes les raisons économiques aussi, la flexibilité ne créera ni croissance, ni emploi. Il y a un impératif politique car en France comme aux USA, le peuple n’en peut plus et de veut plus de ces fausses solutions et vraies dégradations.

S’il prend la mesure de l’histoire, de la gravité de la situation, le PS doit sortir de ses reniements, du discours pseudo social-démocrate, qui est un vrai libéralisme, et ouvrir une nouvelle ère, celle de la reconquête socialiste. Dire cela aujourd’hui, au moment où commence la mobilisation sociale contre la remise en cause du code du travail, peut paraître décalé tant le gouvernement est à des années lumières de cette stratégie… Mais c’est aussi témoigner que se jouent des enjeux importants avec l’objectif du retrait de cette loi. Le premier enjeu, majeur, déterminant, est d’abord la protection des salariés, de notre modèle social et le refus d’une grave régression. Mais c’est aussi l’enjeu d’une indispensable rupture, la fin d’un cycle qui doit s’achever, celui de la dérive sociale-libérale et l’affirmation que bon nombre des militants du parti socialiste, mais plus encore celles et ceux qui se sont reconnus et se reconnaissent dans cet idéal du socialisme démocratique, veulent reprendre l’offensive et seront capables de proposer un nouveau projet, un avenir.

Alors, nul ne peut dire comment Bernie Sanders va terminer la course vers la présidence des USA, mais déjà l’accueil réservé à sa candidature témoigne d’un profond bouleversement des esprits, même dans le cœur du réacteur capitaliste. Cette détermination doit nous inspirer.

Les temps changent !

Marie-Noëlle Lienemann

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