La Rose dans la vallée

08 avril 2020

Arnaud Montebourg : «Macron est-il le mieux placé pour parler de patriotisme économique ?»_

 

Par Lilian Alemagna 7 avril 2020 à 20:01

Promoteur de la «démondialisation» depuis dix ans, l’ancien ministre du Redressement productif dénonce le «transformisme intellectuel» du gouvernement pendant la crise et appelle à inventer une nouvelle puissance publique, indépendante.

Ancien ministre du Redressement productif puis de l’Economie de François Hollande jusqu’en 2014, Arnaud Montebourg défend depuis dix ans le concept de «démondialisation», prônant la réappropriation des secteurs industriels stratégiques par l’Etat. En retrait de la vie politique depuis son échec à la primaire de la gauche en 2017 et désormais à la tête de deux entreprises équitables : Bleu Blanc Ruche (miel) et la Mémère (glace bio), il redonne de la voix à la faveur de la crise sanitaire, économique et sociale du coronavirus. Sévère sur l’action d’Emmanuel Macron et de la majorité, il appelle l’Etat à engager une «reconstruction écologique» : «Le moins d’importations possible, une économie davantage tournée vers le marché intérieur continental avec des bons salaires et de meilleurs prix pour rémunérer ceux qui produisent ici.»

Le 12 mars, lorsque vous entendez Emmanuel Macron déclarer que c’est une «folie» de «déléguer […] notre protection […] à d’autres» notamment en matière de santé, vous tombez de votre canapé ?

Pour moi, les discours n’ont aucune valeur. Ce qui m’intéresse, ce sont les actes. Qu’a fait Emmanuel Macron en la matière depuis 2014 ? A Bercy - où il m’a succédé -, il a malheureusement abandonné les 34 plans industriels de reconquête de notre souveraineté technologique, et il y a en avait un important dans le secteur des équipements de santé dont aujourd’hui nous aurions bien besoin. Le chef de l’Etat est-il le mieux placé pour mener une politique de patriotisme économique, après avoir laissé filer Alstom, Technip, Alcatel, et combien d’autres ? Ces dernières années, la puissance publique n’a jamais voulu être présente pour pallier les défaillances du privé. Un exemple : avoir laissé Sanofi délocaliser la production de paracétamol en Chine et en Inde, alors que nous aurions pu utiliser la commande publique à des fins patriotiques pour maintenir la production en France. Le résultat est qu’on rationne aujourd’hui les Français en boîtes de paracétamol.

Mais lorsque Bruno Le Maire parle de «nationalisations» et de «patriotisme économique», vous le vivez comme une victoire idéologique ?

Ce transformisme intellectuel aura du mal à trouver sa crédibilité. Ces personnes ont enfilé un costume, une apparence, mais est-ce une réalité ? A Bercy, lorsque j’ai proposé des nationalisations, Emmanuel Macron expliquait que l’on n’était «pas au Venezuela» et aujourd’hui lui-même propose donc de «faire le Venezuela»… Les nationalisations sont tout simplement des outils naturels d’exercice de la souveraineté et de l’indépendance nationale. Si beaucoup le découvrent aujourd’hui, je m’en réjouis. Mais que de temps perdu, d’usines fermées, de brevets, de salariés et de savoir-faire abandonnés qu’on aurait pu conserver…

Dans un autre moment de sa vérité, le Président avait qualifié ces Français anonymes qui travaillent dur pour vivre de gens «qui ne sont rien». Va-t-il soudain proclamer qu’ils sont «tout» ? Car ils comptent effectivement pour beaucoup, ceux, injustement méprisés, qui font tourner le pays, caissières, éboueurs, infirmières, instituteurs, manœuvres et journaliers de l’agriculture. Combien d’autres contorsions avec ses convictions devra-t-il accomplir encore pour retrouver la grâce électorale perdue ?

Que dit cette crise de l’état de notre Etat ?

Notre pays s’est soudé dans son histoire à travers la construction d’un Etat fort qui unifie et protège. La France a survécu aux plus graves tourments grâce à lui. Lorsqu’on constate une faiblesse chez cet Etat protecteur, on a le sentiment d’un affaissement du pays. C’est cette sensation d’humiliation que nous éprouvons en ce moment : en matière sanitaire, notre Etat a été imprévoyant, inconséquent et à l’évidence incapable de faire face, comme les contre-exemples de la Corée du Sud ou de Taïwan le démontrent.

La faute à qui ?

De nombreux rapports (parlementaires, scientifiques et même de technocrates aujourd’hui au pouvoir) ont alerté, ces dernières années, sur les risques en cas de forte épidémie. Ils ont été ignorés. Les décisions ont été prises en fonction d’intérêts de court terme. Nous payons le prix en nombre de morts de cette conception stupidement budgétaire et faussement managériale de l’Etat. Car la France a adapté sa politique sanitaire à des moyens médicaux insuffisants. Résultat : on confine tout le pays et on détruit l’économie pour permettre aux chiches moyens médicaux de faire face. C’est reconnaître que le coût économique et social énorme qu’aura cette crise aurait pu être atténué si nous avions investi dans nos hôpitaux et dans notre industrie des matériels de dépistage et de protection.

Il faudra donc demain des budgets pour l’hôpital beaucoup plus conséquents…

Ça va bien au-delà de l’hôpital ! Il s’agit là de notre indépendance productive et technologique.

C’est-à-dire ?

Nous avons besoin d’inventer une nouvelle puissance publique, capable de nous conduire dans les crises et les transitions. Qui n’applique pas seulement des règles mais traite avant tout les problèmes. Aujourd’hui, nous avons une technostructure qui applique des process, des réglementations et des normes. Cela bloque toute une société - d’élus locaux, de PME, d’agents publics, d’associatifs… - qui essaie, elle, de s’organiser et de se débrouiller. Le technocratisme vertical nous coule !

En même temps vous ne pourrez pas changer tous les fonctionnaires…

Ce ne sont pas eux qui sont en cause mais l’organisation de l’Etat. Elle est obsolète. Face aux marchés, l’Etat a été incapable d’affirmer nos intérêts collectifs et s’est dévitalisé. Voilà près de vingt ans que nos gouvernants s’appliquent à réduire le champ de l’Etat. On voit le résultat : un Etat qui organise sa propre défaisance est donc défait en période de combat. Une reconstruction majeure se présente devant nous. Et il faudra s’y employer avec des règles nouvelles décidées avec la société, par les citoyens et les consommateurs. Les premiers parce qu’ils vont décider d’organiser la société à travers de nouveaux choix politiques. Les seconds parce qu’ils voudront, dans les produits qu’ils choisiront pour leur vie quotidienne, obtenir la preuve que les humains qui les auront fabriqués sont proches d’eux et auront défendu les mêmes valeurs d’équité sociale et environnementale qu’eux.

Un «Made in France» écolo ?

Pas seulement. Il s’agit d’une reconquête de notre souveraineté au sens large : alimentaire, technique, numérique, énergétique. Pourquoi importer tant de pétrole ? Cette question va très vite se poser… Il va falloir recentrer le plus possible nos économies sur ce que nous sommes capables de produire. C’est ce que j’appelle la «reconstruction écologique» : le moins d’importations possible, une économie davantage tournée vers le marché intérieur continental, avec des bons salaires et de meilleurs prix pour rémunérer ceux qui produisent ici.

Est-ce la suite de votre constat de «démondialisation» fait en 2011 ?

C’est la mise en œuvre d’une politique que j’ai appelée «Made in France» lorsque j’étais à Bercy. Car la mondialisation telle qu’on l’a connue est instable, dangereuse et non-démocratique. Personne n’a obtenu de mandat pour mettre en concurrence des Etats qui esclavagisent leurs travailleurs, piétinent les lois environnementales élémentaires, avec des nations qui ont à leur actif deux cents ans d’acquis syndicaux et sociaux et des lois environnementales d’avant-garde. C’est pourquoi la fragmentation de la mondialisation me paraît irrésistible.

Mais la technostructure en place est-elle capable de mettre en œuvre des tels changements ?

C’est la société tout entière qui définira ses objectifs et ses buts de paix. Tout cela sera débattu et arbitré démocratiquement. Aujourd’hui, dans la société, il y a des tas de ressources, y compris dans les corps de l’Etat, qui ne demandent qu’à être stimulées. L’Etat a sacrifié la préparation de l’avenir. La crise que nous vivons nous prouve qu’il faut penser et bâtir le long terme.

Vous diriez-vous désormais «souverainiste» ?

J’utilise le mot d’«indépendance». Etre indépendant, c’est ne pas dépendre des autres, décider pour nous-mêmes. La France, pays libre, n’a pas vocation à être assujettie aux décisions des autres. Pas plus de la Chine et des Etats-Unis que de l’Union européenne quand les décisions sont gravement contraires à ses intérêts. L’exercice de la souveraineté est un de nos fondements depuis la Révolution française qui l’a conquise sur les monarques. Si on sort des débats de positionnement politique et que l’on reste sur les contenus, je continuerais à parler d’«indépendance» : militaire et stratégique (c’est la bombe atomique), énergétique (c’était le nucléaire et ce sont désormais les énergies renouvelables), technologique (ce sont nos industries pharmaceutique, aéronautique, automobile, ferroviaire aujourd’hui affaiblies), numérique (ce sont les Gafa qui nous manquent).

Comment observez-vous les nouveaux désaccords au sein de l’UE dans cette crise sanitaire ?

Si certains Etats refusent hélas de mutualiser les dettes, après tout ils prennent le droit d’être égoïstes, ce qui nous autorisera pour une fois à l’être enfin pour nous-mêmes ! En revanche, tous devront dire ce que nous faisons de nos futures montagnes de dettes publiques et privées. Faites un premier calcul pour la France : le coût du chômage partiel, plus les réinvestissements dans le secteur sanitaire, plus les crédits garantis par l’Etat aux banques, plus toutes les faillites que l’on essaiera d’éviter… Tout cela mis bout à bout, dans six mois, on sera pas loin de 300 milliards d’euros au bas mot ! Aujourd’hui, aucun traité européen ne le permet et le virus va mettre tous les pays - au Nord comme au Sud - à égalité. Que fera-t-on ? Imposer des plans d’austérité ? Pas question de refaire les mêmes erreurs qu’il y a dix ans. Reste alors deux solutions : lever encore des impôts ou bien… annuler ces dettes. Le débat qu’il faut ouvrir n’est donc pas seulement la «mutualisation» des dettes mais leur annulation. La France devra demander que la Banque centrale européenne monétise ces dettes car elles seront insoutenables. Personne ne sera spolié. Il s’agira de faire tourner la planche à billets comme l’ont fait la Banque d’Angleterre et la Réserve fédérale américaine après la crise de 2008. C’est ce que l’UE aurait dû faire au lieu d’imposer des cures d’austérité qui ont détruit les services publics. Des décisions qui, aujourd’hui, se paient en morts dans nos hôpitaux et nos Ehpad. Oui, «l’argent magique» existe pour les Etats dans certains cas quand ils le décident. Ces derniers vont donc sortir renforcés de cette épreuve comme outils de direction de l’économie. C’est un point très important et très positif.

Mais ne craignez-vous pas au contraire un renforcement des nationalismes ?

Soit l’Union européenne sert à traiter les problèmes des gens, soit les gens se passeront de l’UE et elle sera à son tour victime du Covid-19. C’est aussi simple que cela. Tout le monde va devoir réviser ses précis de catéchisme européen.

Dans Libération, Julien Dray a appelé à ce que «la gauche» – dont vous êtes issu – soit «au cœur d’un grand front républicain arc-en-ciel». Qu’en pensez-vous ?

J’ai trente ans de socialisme dans les jambes. Mais aujourd’hui, je ne suis plus rattachable à un quelconque parti politique. Je suis «inorganisé» et je ne sais plus ce que «la gauche» veut dire parce que «la gauche» a mené des politiques de droite et enfanté Emmanuel Macron. Lorsque j’ai quitté le gouvernement de Manuel Valls, on m’a dit qu’on ne partait pas pour 15 milliards d’euros à redistribuer aux ménages… Ces «15 milliards», c’est la somme finalement arrachée par les gilets jaunes en 2018 ! Je ne sais plus ce qu’est «la gauche», même avec une couche de peinture écologique dessus. En revanche, je sais ce que sont la France et les aspirations des Français.

Que comptez-vous alors apporter ?

Une analyse, une vision, des idées, de l’entraide et chacun en fera ce qu’il voudra.

Posté par PS95600 à 12:33 - Permalien [#]

02 avril 2020

Olivier Faure : « Il faut un plan de relance massif»

 

Edouard Philippe s'entretiendra jeudi avec les présidents de parti. Qu'en attendez-vous ?

Une discussion transparente sur les mesures à prendre. Jusqu'ici, les rendez-vous ont été des mises en scène. Aucune mesure n'a jamais été concertée. Je persiste à demander le confinement de toutes celles et ceux qui ne sont pas sur des activités essentielles, comme s'y sont engagées l'Italie et l'Espagne. C'est la seule façon de donner la priorité pour les moyens de protection à ceux qui tiennent le pays à bout de bras.

Je recueille chaque jour le témoignage de salariés qui sont contraints d'aller travailler alors que rien ne le justifie. L'école à la maison a montré ses limites. Une part importante des élèves a décroché. Il faut dès à présent expliciter les règles du jeu. Consolidation des acquis pendant le confinement. Baccalauréat sur la base du contrôle continu. Je demande que la France ne prenne pas de nouveaux retards et que l'on anticipe la suite : quels sont les critères que retient le gouvernement pour sortir du confinement ? Quelles garanties prenons-nous pour éviter le rebond épidémique ?



Emmanuel Macron a-t-il tort de critiquer les « irresponsables » qui « cherchent déjà à faire des procès alors que nous n'avons pas gagné la guerre » ?

Chacun devrait éviter d'instrumentaliser cette épidémie. Il y a trop d'arrière-pensées chez les uns et les autres. Prolonger le duel bien rodé Macron-Le Pen en temps de crise, c'est indécent. L'heure n'est évidemment pas au procès du gouvernement dans un moment où il a à lutter contre une épidémie. Mais l'unité nationale, ce n'est pas mettre tout le monde derrière un seul. C'est construire, heure après heure, les scénarii permettant à la fois de partager un point de vue sur la gestion de la crise, sur la sortie du confinement et la manière d'éviter le rebond de l'épidémie et d'assurer en revanche celui de l'économie.



Les dispositifs d'urgence adoptés face à la crise sanitaire et économique vous semblent-ils suffisants ?

Il faut changer d'échelle. Puisque l'on a déclaré la guerre au virus, il faut une économie de guerre comme le réclament les soignants : réquisitionnons des activités industrielles pour produire le matériel dont on manque. Il faut produire plus et plus vite, y compris pour anticiper la sortie du confinement qui nécessitera la diffusion massive de masques, tests, gel …

Sur le plan social, les salariés qui sont mis au chômage partiel voient leur pouvoir d'achat amputé à un moment où leurs charges fixes, elles, demeurent. Les revenus sont parfois amputés de 30 % pour ceux qui bénéficient de primes ou d'une part variable. La solidarité doit s'exprimer pleinement. Puisque le président de la République s'est engagé « quoi qu'il en coûte » , il doit indemniser à 100 % les salariés. Cela participe du plan de relance qu'il faut lancer au lendemain de la crise sanitaire. Car si elle n'est pas préparée, la sortie du confinement sera un drame économique et social.


Que vous inspire l'appel à la solidarité nationale lancé par Gérald Darmanin ?

J'ai trouvé ça grossier et choquant. Cette crise agit comme un puissant révélateur de toutes les inégalités, d'emploi, de salaires, de logement, d'éducation… Et voilà que le gouvernement fait appel à la générosité des Français, y compris les plus modestes, alors qu'il n'a pas interdit aux entreprises du CAC 40 de verser des dividendes par milliards, que l'ISF n'a pas été rétabli… Si cette cagnotte-là préfigure les mesures gouvernementales de l'après covid-19, ce sera pour entrer dans une violente crise politique.


L'exécutif conditionne les aides de l'Etat aux entreprises au non-versement de dividendes aux actionnaires…

Ca ne suffit pas. Durant l'année 2020, il faut interdire le versement de dividendes dans les grands groupes. C'est une question de décence ! Les plus modestes devraient être les seuls à faire les frais de cette crise, mettant leur vie en danger, tandis que les rentiers seraient exonérés de tout effort ? Jusqu'où ira le cynisme rapace des puissants ? C'est au demeurant aussi une question d'efficacité : il faut conserver ces milliards d'euros dans l'économie productive.


Les dérogations au Code du travail sont-elles justifiées ?

Elles sont justifiées quand elles sont négociées, qu'il y a des contreparties et surtout qu'elles ne durent pas. Chacun peut comprendre qu'il y ait, parce que la vie de tous en dépend, des obligations supplémentaires pour produire du gel, des masques ou des respirateurs. Mais on ne peut pas contrevenir au Code du travail dans des entreprises où cela ne se justifie pas. Et après le pic épidémique, il faudra immédiatement revenir à des règles de droit commun.


Êtes-vous favorables à des nationalisations ?

Des nationalisations temporaires peuvent se justifier pleinement. Je pense par exemple à l'entreprise Luxfer, dont le savoir-faire est unique en Europe, et qui a fermé ses portes. Les salariés sont prêts à reprendre la fabrication d'oxygène médical sur-le-champ. Il conviendra également d'avoir une vision stratégique quant à la place de l'Etat dans des entreprises qui relèvent des secteurs indispensables en période de crise.


Quels enseignements tirez-vous de cette crise sur le modèle économique et social français ?

Il faut complètement changer de modèle. Cette crise vient révéler l'impasse de la politique actuelle : fiscalité inégalitaire, économies sur la santé, restrictions féroces de l'accès à l'assurance-chômage, stigmatisation pendant le débat des retraites des agents des services publics alors que ce sont ceux les héros de cette crise. Si le président de la République se conforme à ce qu'il a annoncé, il doit revenir sur la plupart de ses choix et consolider nos mécanismes de solidarité et nos services publics, qu'il a mis à mal. La santé, l'éducation, le logement, sont des objectifs prioritaires.


Que proposez-vous concrètement ?

D'abord un plan de relance massif. Ce n'est plus le moment de faire dans la demi-mesure. Il faut ouvrir les vannes de la dépense publique pour éviter la récession, comme le suggère Esther Duflo . C'est ce que nous ferons au niveau de nos collectivités locales pour soutenir l'activité.

C'est l'opportunité de faire un pas de géant sur le chemin de la transition écologique. Pour être clair, il n'est pas nécessaire de réinvestir dans la production de SUV, mais il faut investir massivement dans les énergies renouvelables, dans la rénovation thermique, parce que cela baisse nos émissions de carbone et génère des emplois durables et non délocalisables. Il manque pour la transition écologique 20 milliards par an en France, 300 milliards au niveau européen, 2.000 milliards dans le monde selon les estimations courantes. Face au mur pandémique, on débloque cet argent ; il faudra être capable de le faire après. On ne peut pas offrir comme seul avenir à nos enfants de passer d'un confinement à un autre, d'une crise épidémique à une crise climatique.

Ensuite mettre le paquet sur l'hôpital et les Ehpad . Nous avons déjà fait des propositions au moment de la discussion budgétaire, écartées d'un simple revers de main par la majorité. Il faut recruter massivement et revaloriser les carrières. On ne peut pas célébrer chaque soir à 20 heures nos nouveaux héros et oublier que l'immense majorité de ces gens-là ont des salaires voisins du SMIC. Et ce que je dis là vaut pour tous les premiers de tranchées : caissières, éboueurs, pompiers, gendarmes…


Les « premiers de tranchées » plutôt que les « premiers de cordée »…

La théorie des premiers de cordées a montré sa limite : rien n'a ruisselé. En revanche, chacun comprend que si les premiers de tranchées n'étaient pas là aujourd'hui, la crise sanitaire serait apocalyptique. Le plan de relance gigantesque, d'inspiration keynésienne, doit leur donner la priorité. Pour que les entreprises retrouvent demain des débouchés à leur production, il faudra qu'il y ait de l'argent chez ceux qui sont les plus aptes à le dépenser et non à le thésauriser.


Jean-Luc Mélenchon ne croit pas à l'inflexion promise par le chef de l'Etat après la crise. Et vous ?

Comme Léon Blum, je pourrais dire « Je le crois parce que je l'espère ». Mais comment espérer d'un gouvernement qui a conduit une politique aux antipodes de la défense des biens communs ? C'est pourquoi les socialistes travaillent pour faire des propositions fortes à la sortie de la crise. Il faut avoir conscience que ceux qui sont au charbon aujourd'hui sont les « gilets jaunes » des ronds-points d'hier. Seize mois plus tard, le pays tient grâce à eux. Alors eux aussi demandent des dividendes. Leur colère est immense. Il faut l'entendre.

Posté par PS95600 à 12:20 - Permalien [#]

24 mars 2020

Hélène Solignac Hsb Architecture, très en colère.

Voila..... le courrier est parti sur le site du Ministère... Après tout, on peut bien dire ce que l’on pense, même à un ministre... Eux disent bien ce qu’ils pensent... Malheureusement..

Madame la Ministre [Muriel Pénicaud]
Je ne suis qu’une petite architecte lozérienne et je doute fort que ce courrier vous parvienne et que si tel est le cas, qu'il serve à quoi que ce soit. Cependant, il me semble trop facile de rester derrière ma télévision à « pester » des décisions prises sans faire quoi que soit et sans exprimer ma pensée.

Je suis scandalisée par votre attitude et les propos que vous avez tenu vis-à-vis du secteur du BTP dans la crise sanitaire que connaît Notre Pays actuellement. Scandalisée d’une part des propos tenus vis-à-vis des chefs d’entreprises et d’autre part des décisions qui semblent se dessiner pour tous les ouvriers que vous souhaitez renvoyer sur les chantiers.

Je ne suis pas Énarque, je n’ai pas l’intelligence de tous ceux qui gouvernent notre Nation, je n’ai pas votre « clairvoyance », je n’ai pas la notion des enjeux politiques et économiques nationaux et internationaux mais j’ai une réalité de terrain qui semble vous faire défaut et surtout des valeurs auxquelles je tiens plus que tout.

Tous ces ouvriers que vous vous apprêtez à renvoyer sur les chantiers n’ont, eux non plus, pas fait de grandes études pour pouvoir se défendre. Ils n’ont appris qu’une chose : Travailler. Et c’est ce qu’ils font tout au long de leur carrière, dans des conditions souvent pénibles. Ils souffrent du froid en hiver, de la chaleur en été, travaillent dans la poussière, portent des charges lourdes. S’usent le corps, l’esprit et la santé pendant des décennies pour des retraites de misère dont la plupart n’auront de toutes façons pas le temps de profiter. Travailler…. C’est la seule chose qu’ils font, quelles que soient les conditions… S’ils ne descendent pas dans les rues, ne s’opposent pas au système, n’y voyez pas une acceptation sans faille des conditions. C’est simplement qu’ils ne savent pas le faire. Ils ne savent et ne veulent que travailler. Ces « petits gens », Madame La Ministre, sont près de 2 000 000. Vous vous apprêtez à jeter dans la gueule du loup 2 000 000 de fils, pères, époux qui mettront leur santé et celle de leurs proches en péril pour des soucis économiques et financiers. Oser penser que les mesures barrières peuvent être mises en place sur les chantiers témoigne bien de votre manque de réalisme. Sur mes « petits » chantiers, ce sont pas moins de 10 entreprises, chacune représentées par 2 à 3 hommes par équipe à minima, soit près de 30 personnes qui se côtoient dans des espaces parfois confinés, avec des moyens limités, des points d’eau restreints, du travail d’équipe, de la manutention, des trajets communs…. Je n’ose même pas imaginer les grands chantiers des métropoles….. Et pourtant vous le savez…. Bien que conscients des risques, si vous le décidez, ils y iront…. Car ils ont besoin de travailler et ne savent que travailler…

Tous les professionnels de santé crient partout au désespoir en ne demandant aux Français qu’une chose : celle de rester chez soi. Et vous, vous vous apprêtez à forcer près de 2 000 000 d’individus à se mettre au contact des uns et des autres, de faire d’eux des porteurs et des transmetteurs de ce fichu virus duquel vous n’avez pas su nous protéger. Je vous laisse faire le calcul des potentielles contaminations.

L’époque de l’esclavage est révolue Madame la Ministre, le temps de Germinal également… Si ces gens ne comptent pas pour vous et la Nation, autant que d’autres que vous avez su confiner à domicile ou installer dans des bureaux confortables, chauffés et ventilés, sachez que pour moi ils représentent les petites mains qui font de mes projets, et donc des vôtres, des réalités. Ils sauront remonter leurs manches quand le moment sera venu, se mobiliser et travailler d’arrache pied pour relever les défis de demain, mais de grâce, protégez leur santé. Ils n’assurent ni la sécurité, ni la santé du Pays. La santé économique de notre pays pour laquelle ils œuvrent chaque jour est essentielle, je vous l’accorde… Mais dans le contexte actuel, cette dernière peut sans doute attendre un mois ou deux. Je suis sûre que vous saurez trouver des économies dans des domaines où des fonds publics sont généreusement distribués (ou dilapidés) pour compenser.

Le second point que je tiens à aborder est la manière dont les métiers du bâtiments et plus largement les chefs d’entreprises ont été montré du doigt. Il est honteux qu’un représentant de l’état puisse parler ainsi et tenir de tels propos. Je suis petite-fille, fille et épouse de chefs d’entreprises. Je suis moi-même gérante d’une entreprise, et je côtoie chaque jour des hommes et des femmes qui ont eu le courage de créer leur société. S’il fut un temps où le simple fait de travailler permettait de réussir, il faut aujourd’hui vraiment « avoir ça dans le sang » pour oser s’aventurer tant le chemin est semé d’embûches. Les charges patronales, les impôts, l’URSSAF, le RSI, la TVA, les lois et normes que chaque nouveau gouvernement sort du chapeau asphyxient toujours un peu plus nos trésoreries. Les dirigeants s’endettent, hypothèquent leurs biens propres, essaient d’innover, de se former, d’avancer… Ils prennent des risques chaque jour, se privent de leur vie personnelle pour faire marcher leurs sociétés. A l’échelle du pays, ils créent de l’emploi, génèrent des richesses, permettent à des familles de vivre sans profiter du système… Et vous croyez vraiment que c’est de gaieté de cœur qu’ils voient s’arrêter pour cause de virus tout ce qu’ils ont bâti de leurs mains ??? Comment osez vous-même seulement penser qu’ils veulent profiter du système ? Peut être est-ce le cas d’une minorité mais la majorité n’a pas fermé la porte par plaisir. Nous croyez-vous assez stupides pour penser que quand Notre Président a dit « l’Etat paiera », nous n’avons pas compris « les français paieront » ? Les français et les entreprises…. Car c’est bien ça la réalité. Quel que soit le problème, les français paient. L’état c’est le peuple…. C’est ceux qui travaillent…

Je suis maman, épouse et chef d’entreprise. Depuis une semaine je suis aussi maîtresse. J’ai la chance d’exercer une profession que je peux assurer de la maison, enfin, quand il me reste du temps une fois posées toutes les casquettes que je porte ces jours-ci. Et comme tous les chefs d’entreprise du pays, mon mari et moi-même sommes inquiets de savoir comment nos entreprises traverseront cette crise, comment tous ceux avec qui nous travaillons chaque jour pourront se relever et continuer, lesquels risquons-nous de laisser au bord de la route…. Nous sommes inquiets pour la santé de nos salariés mais aussi pour leur avenir car comme la plupart des chefs d’entreprises, contrairement à ce que nos hauts dirigeants semblent penser, ils ne sont pas juste des pions dans l’échiquier.

L’état n’est à ce jour parscapable de fournir des équipements matériels pour sauver nos malades. Pas capable de fournir à nos soignants le minimum qu’ils sont en droit d’attendre pour se protéger alors même que le virus est déclaré depuis fin décembre en Chine. Notre ancienne Ministre de la santé déclarait même que le risque de propagation de ce dernier était quasiment nul…. A la lecture de ces quelques éléments, Madame la Ministre, permettez moi, en tant que chef d’entreprise, de vous indiquer que je me passe volontiers de vos leçons de morale.

Ne voyez pas l’absence de formule de politesse en fin de lettre comme un manque d’éducation mais parmi mes valeurs, il y a l’honnêteté et face à l’attitude que vous avez vis-à-vis des chefs d’entreprises, des ouvriers du bâtiment et des artisans, je n’ai à ce jour, aucun respect à vous témoigner.

Hélène SOLIGNAC, Architecte

Hélène Solignac Hsb Architecture,

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23 mars 2020

Covid-19 : Olivier Faure réclame une « économie de guerre » face à l’épidémie

 

Dans une lettre envoyée à Emmanuel Macron, Olivier Faure, le premier secrétaire du Parti enjoint le chef de l'Etat à agir plus « clairement » et en « totale transparence ».

Article "Le Monde"

Face à la crise sanitaire, le gouvernement semble toujours hésiter sur la stratégie à suivre, et l’opposition commence à s’impatienter. Le Parti socialiste (PS) a ainsi décidé de faire monter la pression pour obtenir un confinement total, unplan global de relance et des mesures adaptées pour les plus vulnérables. Dimanche, Olivier Faure a fait parvenir au président de la République une lettre, que Le Monde s’est procurée, dans laquelle il enjoint à Emmanuel Macron d’agir plus « clairement » et en « totale transparence ».

Voulant frapper fort, le premier secrétaire du PS réclame, sur un ton solennel, une « économie de guerre » contre l’épidémie de Covid-19. Selon lui, l’absence de prophylaxie pour les hospitaliers, le personnel médical, mais aussi les policiers, gendarmes ou éboueurs est grave. Il faut les protéger rapidement et équiper les personnes présentant les symptômes du virus. Pour freiner la progression du virus, il adjure le chef de l’Etat de « réquisitionner toutes les industries » capables de fabriquer des masques, des tests de dépistage, des respirateurs et du gel hydroalcoolique. Pour le député de Seine-et-Marne, il est aussi urgent d’accentuer le confinement et de « limiter l’activité aux fonctions vitales du pays ».

Anticiper l’après-confinement

Le courrier détaille ensuite les mesures à prendre pour éviter qu’au coût sanitaire ne vienne s’ajouter une « facture sociale ». Les salariés en première ligne – caissières, livreurs, logisticiens et agriculteurs – doivent être récompensés de leur mobilisation exceptionnelle, souligne le patron du PS. Il faut, insiste-t-il, « reconnaître de manière concrète, à l’issue de la crise, la contribution de tous ces personnels mobilisés ». Et veiller à ce que les droits des salariés ne soient pas « rognés », notamment en ce qui concerne leur retraite et leurs droits économiques.

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Plus largement, Olivier Faure regrette que l’après-confinement ne soit pas pensé par le gouvernement. Il demande tout d’abord un dépistage systématique de la population pour éviter « le risque de rebond » de l’épidémie. Ensuite, il propose un « plan de relance massif » permettant d’éviter les faillites des entreprises et les licenciements tout comme la spéculation. Cela doit passer par « une forte impulsion budgétaire », explique-t-il en donnant par exemple l’idée d’un « chèque versé aux ménages » pour soutenir la consommation, mais aussi celle de l’annulation des paiements fiscaux et cotisations sociales pour les PME, les indépendants et toute entreprise en difficulté.

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D’autres sujets doivent être « anticipés », continue le député d’opposition : repos des personnels de santé à l’issue du confinement, accompagnement des aidants et des familles confrontées aux décès, gestion des corps alors que les pompes funèbres risquent d’être débordées, aide et coopération avec les pays d’Afrique bientôt touchés, etc. « Il faut anticiper tous ces sujets », répète Olivier Faure. Il réclame à cet effet la réunion d’un groupe d’experts et d’élus, d’entrepreneurs et de salariés pour « penser la sortie de crise ». Une sorte de Grenelle « post-Covid-19 » qui doit permettre de « ne pas répéter une fois de plus le défaut d’anticipation qui a été trop souvent la règle jusqu’ici ».

LR veut une commission d’enquête à l’automne

Pour le patron du PS, en effet, le compte n’y est pas. A ses yeux, la communication du gouvernement « au compte-gouttes » ne crée pas la confiance nécessaire. Les changements de pied répétés ont semé le trouble, assure encore Olivier Faure qui insiste : « Tout le monde peut se tromper. Mais le danger vient lorsque le pouvoir n’accepte plus de se laisser contredire par les faits et quand il plie la doctrine à son propre récit de la crise. » Pour chercher l’adhésion et la mobilisation de tous, il faut que la population s’approprie les consignes, assure-t-il. « Je vous demande M. le président, une communication claire, stable, et accessible pour l’ensemble de nos concitoyennes et concitoyens », écrit-il. Cela pourrait passer par un portail Internet concentrant toutes les informations et une application pour sensibiliser les plus jeunes. Mais surtout par le fait d’associer l’opposition aux discussions pour faire face à la crise sanitaire. En ce sens, il appelle à la mise en place d’un « conseil national de lutte contre le Covid-19 » pour consulter régulièrement partenaires sociaux et élus locaux et nationaux.

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Ce pas en avant dans la critique, alors que l’union nationale se fissure sous les assauts du virus et des hésitations gouvernementales, a aussi été franchi par l’opposition de droite. Dans une interview au Journal du dimanche du 23 mars, Damien Abad, président des députés Les Républicains, annonce vouloir créer à l’automne une commission d’enquête pour tirer les leçons de la gestion de la pandémie, estimant, lui aussi, que le gouvernement ne va pas assez loin dans le confinement et le dépistage. « Il ne s’agit pas de faire une enquête à charge, mais de répondre à une question : comment en est-on arrivé là ? », déclare-t-il. Ajoutant : « L’unité nationale se construit, aussi, sur la vérité et la transparence. » Le groupe PS au sénat a fait la même demande.

Posté par PS95600 à 14:28 - Permalien [#]

17 mars 2020

Les vieux se rebiffent

Laurent Joffrin

La lettre politique
de Laurent Joffrin

La plus étrange soirée électorale de l’histoire, où les médecins volaient la vedette aux politiques, les statistiques sanitaires aux pourcentages de voix, a fait passer au second plan les leçons de ce premier tour des municipales. Pourtant, si l’on se détache un instant de l’angoisse ambiante – difficile exercice –, elles méritent qu’on s’y arrête un instant, avant de savoir, par Emmanuel Macron qui parle ce lundi soir, à quelle sauce nous serons confinés.

Le scrutin renverse en effet la plupart des conclusions qu’on tirait jusque-là de la vie politique française. En un mot : ces municipales ont marqué la revanche du vieux sur le neuf.

Le neuf ? La domination électorale de La République en marche, qui a duré deux ans, de la présidentielle aux européennes. Sans implantation, sans élus locaux en dehors des barons venus de la droite, fondé sur un parti-start up aux adhérents d’un jour et d’un clic, le parti macronien ramasse une veste sans appel. Symbole de cette déconfiture : l’effondrement de Gérard Collomb, qui croyait tenir solidement son royaume en revêtant ses habits macroniens et se retrouve sans couronne. Aucune conquête, aucun fief en propre, un score globalement faible pour LREM : le Président est suspendu au-dessus d’un pays qui lui est largement étranger.

Le vieux ? Les sortants, en premier lieu, qui ont en général gardé la confiance de leurs administrés et se retrouvent souvent en tête du scrutin. Loin de faire fuir les électeurs, l’exercice du pouvoir local les a fidélisés : tout le contraire du «dégagisme» qui semblait la règle depuis 2017. Cette prime au pouvoir en place vaut pour tous les partis, à Paris, à Lille, à Rennes ou à Nantes pour le PS, un peu partout pour LR, à Grenoble pour les Verts, et même dans les mairies RN ou apparentées, comme à Béziers, où Robert Ménard remporte une élection de maréchal, ou à Hénin-Beaumont où le RN est réélu triomphalement. Corollaire de ce théorème : LFI, parti dégagiste par excellence, a fait le choix de sauter par-dessus le scrutin dans la plupart des cas, faute de combattants. Et à Paris, sa candidate tombe au-dessous des 5%.

Le vieux encore : les partis traditionnels, qui gardent tous leur implantation. La droite classique devrait, s’il y a un second tour, maintenir ses positions de force. Contrairement à ce qu’on pensait, le conservatisme conserve… Le PS qu’on disait agonisant garde ses anciennes terres et fait même de bons scores dans certaines villes où il n’était pas au pouvoir. De même la bonne vieille union de la gauche, selon des arrangements variés (avec ou sans Verts, avec ou sans LFI), prouve encore son efficacité. Elle permet aux sortants de gauche de faire bonne figure, elle pousse les Verts quand ils sont têtes de liste, elle laisse même envisager certains gains appréciables. Symbole de sa pertinence : le bon score de la liste d’union à Marseille, où Martine Vassal, héritière d’un gaudinisme dévalué, subit une grave déconvenue dans ce premier tour. Partout ou presque, l’antagonisme droite-gauche, réputé obsolète, a dominé la campagne et le scrutin.

On dira que la percée des écologistes, trait principal de cette élection, traduit un réel renouveau. Réflexion juste, à cette nuance près : le parti vert est un vieux routier des compétitions électorales et participe depuis longtemps à nombre de majorités municipales. Les réalisations qu’il pousse depuis des décennies se sont inscrites dans le paysage urbain dans de nombreuses villes et recueillent l’assentiment des électeurs. Ce qui est neuf, c’est la prise de conscience écologique de l’opinion, qui fait passer les Verts du second plan au premier dans plusieurs grandes villes. Mais là encore la tradition s’impose : pour gagner des mairies, la plupart du temps, les écologistes doivent s’allier avec les anciens partis de gauche, comme ils le font depuis longtemps. En principe, l’écologie transcende les anciens clivages. En réalité électorale, elle est une composante de la gauche, plus forte qu’auparavant, mais encore incapable de l’emporter seule. Le vert est une couleur qui s’affirme. Mais sans le rose et le rouge, elle reste minoritaire.

Laurent Joffrin

Posté par PS95600 à 15:36 - Permalien [#]

16 mars 2020

Résultats du 1er tour des élections municipales 2020 ‑ Eaubonne

 

Candidat / Liste% des votes exprimés

M. BEAULANDE

EAUBONNE NOTRE VILLE,

ENSEMBLE

Divers gauche

 

30.55 % 1 793 votes

 

G. DUBLINEAU

EAUBONNE UNE AMBITION

RENOUVELEE

Les Républicains


28.09 % 1 649 votes

 

C. LE FUR

EAUBONNE ENSEMBLE

POUR NOTRE AVENIR

Divers droite

 

16.85 % 989 votes

 

C. DRAGIN

 MIEUX VIVRE A EAUBONNE

La République en marche

 

11.68 % 686 votes



G. BERTHAULT

J'AIME EAUBONNE

Ecologiste

 

10.03 % 589 votes

 

P. RENOU

LUTTE OUVRIERE,

FAIRE ENTENDRE LE CAMP

DES TRAVAILLEURS

Extrême gauche

 

2.77 % 163 votes

 

Taux d'abstention : 60,77 %

ParticipationInscrits%
Inscrits 15 451 100 %
Abstentions 9 389 60,77 %
Votants 6 062 39,23 %
Blancs 67 0,43 %
Nuls 126 0,82 %
Exprimes 5 869 37,98 %

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08 février 2020

Olivier Faure : Municipales, un bulletin qui traduise la sanction du pouvoir

Ces échéances doivent être le moment à la fois de notre renaissance et de l’émergence d’une nouvelle gauche socialiste et écologiste dans notre pays. Elles doivent être le coup d’envoi de la préparation de l’alternance.

Oui, ces municipales doivent adresser un signal. Puisque le gouvernement ne veut entendre ni les syndicats, ni les grévistes, ni les manifestants, ni le Conseil d’État, ni le conseil supérieur militaire, ni les avocats, ni les infirmières, ni les dessinateurs, ni les enseignants, ni les salariés du public, ni ceux du privé... et qu’il méprise le Parlement, il ne pourra ignorer celui des urnes !

Pour cela, en mars, un bulletin, notre bulletin, dira à la fois la sanction du pouvoir et le rassemblement social, écologique et démocratique.  

 

Posté par PS95600 à 11:19 - Permalien [#]

16 janvier 2020

pour une réforme des retraites JUSTE.

Ce mercredi 15 janvier, les parlementaires socialistes présentaient leurs propositions pour une réforme des retraites JUSTE.

« Le premier principe qui nous a guidé pour nos propositions est assez évident : garantir à chacune et chacun une vie digne jusqu’à la fin de ses jours. »- Olivier Faure

   

Nos 6 propositions clefs :

  • Une réforme juste sur la base d’un financement équitable

  • Une réelle prise en compte de la pénibilité

  • L'égalité femme-homme à la retraite, commence par l'égalité dans les carrières et les salaires,
  • Compenser les carrières heurtées, 
  • Des retraites dignes tout au long de sa retraite

  • L’emploi des seniors doit devenir une priorité

 

Posté par PS95600 à 11:22 - Permalien [#]

14 janvier 2020

Carton rouge contre la révolution conservatrice d’Emmanuel Macron

 

De l’école à la retraite, les réformes du Président décivilisent : en place des solidarités d’hier, elles produisent partout du «chacun seul». Des intellectuels appellent à l’engagement pour s’opposer à cette politique du chacun pour soi.

Tribune. Nous prenions pour un coup de com le titre du livre programme du candidat Macron, Révolution. Nous avions tort. Elu président, Emmanuel Macron développe avec son gouvernement une révolution libérale autoritaire sans précédent depuis Margaret Thatcher. Avec violence contre quiconque proteste. Jamais depuis longtemps, autant de manifestants n’ont été arrêtés, souvent «préventivement», c’est-à-dire sans délit. Jamais depuis longtemps, les forces de l’ordre n’ont à ce point, et par doctrine délibérée, matraqué, gazé, éborgné, mutilé - les journalistes sont également visés.

Le sociologue Norbert Elias, restituant le lent processus de «civilisation» européen, en rappelait quelques dimensions : «pacification des conflits», régulations publiques, interdépendances entre les personnes, notamment.

Sous ce rapport, en toute rigueur, le gouvernement d’Emmanuel Macron décivilise. Après la loi travail au détriment du public et du privé, après la réforme des APL, après celle de l’assurance chômage, après la loi «transformation de la fonction publique», la réforme des retraites par points s’inscrit à son tour dans ce mouvement plus vaste de révolution conservatrice. Lequel dépacifie, et produit une démolition inédite du système social français.

La «révolution» d’Emmanuel Macron abat les régulations publiques. Boîte de Pandore, elle libère les intérêts de la finance et des employeurs privés, ces rentabilités de courte vue qui méprisent la planète, les femmes, les hommes. Pendant que sont privatisées les entreprises publiques.

La «révolution» d’Emmanuel Macron décivilise : en place des interdépendances et des solidarités d’hier, elle produit partout du «chacun seul».

La réforme Blanquer du bac rend les élèves «chacun seul» face à des orientations où joue d’abord le capital culturel hérité (ou pas). La loi Pénicaud rend les salariés du privé «chacun seul» face aux patrons, libres désormais de licencier aisément. Les concurrences s’avivent plus encore et les avenirs s’insécurisent. Ce qui empêche qu’entre salariés se forge de l’intérêt commun, un «nous».

Chacun seul, les usagers des services publics, affrontés aux pénuries de personnels et de financements, à la ruine organisée des diverses fonctions publiques (et même l’hôpital).

Chacun seul aussi les étudiants de milieux populaires, aux bourses non revalorisées, qui enchaînent les jobs précaires pour financer (mal) leurs études. Chacun seul, les chômeurs qui vite basculent au RSA s’ils refusent de travailler n’importe où, à n’importe quel prix - quand il y a une proposition de travail.

Chacun seul, c’est le projet, pour les salariés face à leurs retraites. Chacune seule aussi, les générations, appauvries et ainsi incapables de s’entraider.

Aujourd’hui, il nous revient à toutes et tous de sauvegarder la civilisation sociale issue des luttes du passé et du Conseil national de la Résistance (CNR). Les grévistes, premiers remparts contre cette «révolution», ouvrent un moment décisif. C’est pourquoi les soutenir via les caisses de grève est indispensable, et ce tout au long du mouvement. Mais, nous devons nous aussi nous engager.

Chacune et chacun doit entendre l’appel des grévistes de la première heure à venir les rejoindre ou les relayer - et pas seulement les jours de manifestation.

Chacune, chacun doit pouvoir dire non au «chacun seul» universalisé, qui risque de devenir un «sauve-qui-peut général», et dont la générale pourrait surgir du Rassemblement national.

Comme en 2005, à propos du traité de Constitution européenne, nous voulons également organiser sur le territoire un mouvement de rencontres et d’entraides pour dire «non au chacun seul». Comme les étudiants québécois qui, en 2012, ont empêché la privatisation de leur système universitaire, nous appelons chacune et chacun à épingler sur un vêtement ou sur un sac un carré de feutre rouge, et à tendre de la sorte un «carton rouge au chacun seul». Nous espérons que certains samedis puissent converger celles et ceux qui sont dans la grève avec celles et ceux qui n’y sont pas, mais qui refusent, pour eux et les jeunes générations, la destruction de nos protections et de nos droits longuement conquis. Comme les gilets jaunes et les mobilisations écologistes, nous invitons au refus durable. Cette révolution conservatrice ne pourra être arrêtée que si ensemble, chacun devenu «nous», nous prenons notre part.

Une première rencontre Carton rouge, de jonction entre les intellectuels et les grévistes, aura lieu le 1er février à 13 heures, salle Hénaff, 29 boulevard du Temple, Paris, XI.

Parmi les premier·ère·s signataires : Jacques Bidet Philosophe, Raphaëlle Branche Historienne, Philippe Boursier Professeur de SES, Judith Butler Philosophe, Patrick Chamoiseau Ecrivain, Christophe Charle Historien, Stéphanie Chevrier Editrice, Christine Delphy Sociologue, Elsa Dorlin Philosophe, Annie Ernaux Ecrivaine, Didier Fassin Anthropologue, Daniel Gaxie Politiste, Jean-Marie Harribey Economiste, Jean-Marie Laclavetine Ecrivain, Sandra Laugier philosophe, Frédéric Lebaron Sociologue, Frédéric Lordon Sociologue, Frédérique Matonti politiste, Gérard Mauger Sociologue, Dominique Meda Sociologue, Gérard Mordillat Ecrivain, Gérard Noiriel Historien, Willy Pelletier Sociologue, Monique Pinçon-Charlot Sociologue, Gisèle Sapiro Sociologue, Johanna Siméant Politiste…

La liste des 472 signataires est consultable sur www.carton-rouge-au-gouvernement.fr.

Posté par PS95600 à 12:10 - Permalien [#]

10 janvier 2020

Régis Debray : «On n’avait pas pensé qu’un jour il faudrait s’incliner devant les arbres !»

  • (Photo Bruno Charoy pour Libération)

Dans «le Siècle vert», essai à l’ironie cinglante, le philosophe salue la mobilisation contre le dérèglement climatique mais craint une nouvelle «idolâtrie» de la nature au détriment de la raison. Face à cette «sacralité», il préfère trouver un équilibre, entre «l’Internationale» et «l’Ode à la salade».

Homme qui a connu les révolutions et ses héros, le philosophe Régis Debray voit dans la montée du sentiment écolo un nouveau paradigme de la pensée, tournant la page du «siècle rouge» auquel il était tant attaché. Mal à l’aise face à ce mouvement, au sein duquel le crédit donné aux jeunes l’agace, l’ancien compagnon de Che Guevara craint un dérapage vers les extrêmes et l’autoritarisme au nom de la vénération de la nature et de la pureté. Aurait-on oublié, au profitdes petits oiseaux et des abeilles, la lutte des classes, la révolution et l’histoire, leitmotiv de ceux qui dénoncent la déliquescence morale et politique de la société, sa déculturation ambiante ? Lui ne veut pas s’incliner devant les arbres. Il le dit, avec une ironie féroce, dans le court essai le Siècle vert, publié dans la collection «Tracts» de Gallimard.

Dans votre dernier ouvrage, vous donnez l’impression de décrire la mobilisation environnementale actuelle comme une mode, un nouveau prêt-à-penser…

Quand on intitule un livre «changement de civilisation», on est loin d’un prêt-à-penser. Votre question me surprend. Je critique ceux qui voient dans cette mobilisation une mode. C’est en fait une césure dans l’histoire longue de notre civilisation, je remonte au XIVe siècle pour le montrer, une mutation radicale des mentalités. Mon ironie ne vise qu’un catéchisme, non une science, encore moins une inspiration. Il y a des bigots partout !

Dit avec humour, certes, mais vous semblez pourtant plein de regrets et d’amertume quand vous écrivez que l’exploitation de l’homme par l’homme a été remplacée par celle de la nature par l’homme…

Aucune amertume. Il est excellent d’en finir avec la religion égocentrique d’un homme insulaire, qui oublie sa dépendance envers la nature, et qu’il est lui-même dedans et non au-dessus. De là à tomber dans l’excès inverse, une idolâtrie de la nature, comme norme et modèle, non ! N’oubliez pas que le darwinisme social, la survie du plus apte et que le plus fort gagne, est né de cette mystique-là. Le droit des gens n’existe pas dans la nature. L’égalité et la fraternité, c’est une invention de l’esprit, et non du monde animal.

Il existe tout de même un équilibre dans la nature…

Certainement. L’écosystème travaille comme un système autorégulé, une boucle d’interactions qui se régénère sans cesse. Je ne suis pas sûr, cela dit, qu’on puisse en faire un ordinateur, comme le fait mon ami Edgar Morin. Mais l’homme a contribué à cet équilibre. Nos paysages sont des aménagements séculaires. La forêt de Fontainebleau et les marais poitevins n’existeraient pas sans l’intervention de l’homme.

Mais il y a l’écologie politique dont le but est de prendre en compte les enjeux sociaux et démocratiques, en accord avec l’environnement. On a l’impression que, selon vous, la nature efface le politique, que l’un ne peut pas aller avec l’autre…

Tout le problème est là. Comment concilier l’urgence écologique et l’exigence politique, la sauvegarde du milieu physique et l’éthique des droits et devoirs humains ? Ce sera le travail du siècle vert. Beau chantier, mais vaste programme.

Vous ne semblez pas y croire, et même cela vous fait peur?

Ma peur, c’est le mouvement de balancier, qui jouerait la nature contre l’esprit, au sens que Valéry donnait à ce mot : notre puissance d’agir sur les choses. J’aimerais trouver un point d’équilibre. Certes, on a eu trop d’industrie, nous avons tellement idéalisé la puissance transformatrice de l’esprit que nous avons oublié la donnée naturelle, et nous en sommes justement punis. Mais je ne voudrais pas qu’on oublie que le bipède humain n’est pas un mammifère comme les autres.

Vous dites : «On est passé de "la Marseillaise" à "l’Ode à la salade"». Vous dépolitisez un mouvement qui est pourtant éminemment politique…

J’en appelle à une négociation entre la salade et la Marseillaise ! Puis, les deux réunies, avec l’Internationale.

Où entendez-vous, dans la société française, ce discours qui vise à placer la nature au-dessus de tout, de l’esprit comme de l’histoire ?

J’entends et je vois la nouvelle hiérarchie des titres et des infos. Ce qui se passe en Australie est capital. Ce qui se passe avec M. Trump, le hors-la-loi qui fait le shérif de la planète, et l’Etat voyou américain, ne l’est pas moins. Il y a le dioxyde de carbone, et il y a la lutte des classes. La domination aussi est une pollution du milieu humain. On peut et devrait lutter contre les deux. Comme toujours quand on passe d’une époque à une autre, il y a un effet d’obnubilation. Là-dessus, je garde un recul historique. Je dis juste soyons réalistes, le monde animal est cyclique, il n’a pas d’histoire. Nous, oui. Je ne nie pas une minute la véracité des données présentées par le Giec [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat]. Je m’intéresse aux effets de ces découvertes sur notre vision du monde. Il me semble que ça reflète un mouvement très profond : le passage de l’englobant histoire à l’englobant nature.

Ne peut-on pas envisager cette renégociation de la relation de l’homme à la nature comme une suite de l’histoire ? Pourquoi opposer histoire et préoccupation environnementale ?

C’est une très bonne question. Je ne les oppose pas, je note une alternance. Le monde antique s’est fixé sur la nature, puis le monde chrétien sur l’histoire. Reste à envisager ce lien dialectique dont vous parlez.

En titrant «le Siècle vert», vous faites pourtant entrer dans l’histoire ce nouveau siècle…

C’est incontestablement une nouvelle étape de l’histoire occidentale. Il y a des cycles dans cette histoire. Au bout de 2 000 ans, nous retrouvons une vision de type païen, en redevenant contemporains des stoïciens et des épicuriens. Une logique répétitive où l’événement compte peu. Nous retournons avant l’entrée de l’éternel dans le temps, qui fut l’invention chrétienne. Le temps nous intéresse moins que l’espace. Cela n’est pas une catastrophe, c’est un tournant.

Vous semblez pourtant inquiet…

Ce qui m’inquiète, c’est la perte de conscience historique, la déculturation ambiante. Vous savez, vous parlez à un vieux marxiste des années 60. On n’avait pas pensé qu’un jour il faudrait s’incliner devant les arbres ! Admettez que le vieux Prométhée puisse être troublé par le retour de Gaïa ! Mais je ne suis pas pour autant affolé. Au contraire, je dis : Calmons-nous. Beaucoup d’angoisses, par le passé, n’ont pas été confirmées. Le changement climatique à la fin de la période glaciaire était sérieux aussi. On s’en est sorti.

Les bouleversements n’ont pas eu lieu sur la même échelle de temps…

C’est vrai. Tout va plus vite dans la dégradation. M. Homo sapiens aussi va plus vite dans la réparation. Je ne vois pas disparaître l’espèce humaine dans cinquante ans. Pronostic qui relève plus du religieux que du scientifique. L’apocalypse, c’est une peur vieille comme le monde, disons comme saint Jean.

C’est le «vieux bougon» autoproclamé dans votre livre qui parle ?

Oubliez le «autoproclamé». Tous ceux qui s’en prennent à un conformisme idéologique sont proclamés bougons. Je n’y suis pour rien, mais l’humour n’est plus trop permis.

Vous voyez aussi l’écologie comme un ordre moral aseptisé…

La recherche de la pureté a cet inconvénient, en effet.

C’était le cas aussi avec le communisme…

Evidemment. C’était mal vu d’exploiter ses ouvriers. Aujourd’hui, ce n’est pas bien de boire dans des bouteilles en plastique. Comme dit l’autre, rien ne subsiste, tout se transforme.

Vous n’observez pas une convergence des luttes se faire, avec les gilets jaunes qui participent aux marches pour le climat, par exemple ? L’écologie ne pourrait-elle pas redonner vie à la lutte sociale ?

Ce serait formidable. La convergence de deux visions du monde en même temps que celle des luttes sociales. Le «tous ensemble» de demain, qui sait ?

Il existe beaucoup d’organisations écologiques et sociales ou des intellectuels qui repensent dès à présent le principe de croissance en prenant en compte les enjeux environnementaux…

Quand j’entends Greta Thunberg, je ne vois pas bien la dialectique histoire-nature. Et il serait temps d’abandonner la notion d’environnement pour celle de milieu, bien plus inclusive.

Ce jeunisme vous agace ?

Non, toutes les nouvelles religions séculières commencent par les jeunes. C’est ce qu’enseigne l’histoire du XXe siècle. Et en l’occurrence, mieux vaut des rebelles avec, que sans cause. Enfin, on s’occupe d’autre chose que de gagner du fric ! Enfin, on sort du cynisme économique. Mille bravos !

Vous parlez de «prime à l’immature»…

On voit bien remonter un peu partout le pulsionnel, le sauvage, l’irrationnel. Le passage du national au tribal. Du laïque au religieux. Du culturel au primitif.

Vous le voyez où dans le monde ?

Vous êtes allés en Inde ? En Egypte ? En Israël ? Vous me sidérez. Faites un tour sur la planète. Avec une histoire des religions en poche. C’est très instructif.

Mais quel rapport avec le mouvement écologiste ?

L’idée d’un retour à une pureté perdue, à une authenticité généalogique et génétique. C’est la régression naturaliste. C’est le dérapage inhérent à toute nouvelle époque axiale. La vision romantique de la nature a toujours existé, mais en faire le fondement d’un nouvel ordre social, c’est risqué. C’est le risque évoqué par le film Soleil vert [sorti en 1973, ndlr], le 1984 de l’écologie. Cette utopie a trouvé son Orwell au cinéma. «Il faut vous serrer la vis, pour vous sauver la vie.»

Vous opposez le tribal au rationnel ?

J’oppose l’ethnique au civique. Si la nation redevient tribu, c’est le sang et les morts qui l’emportent. On tourne alors le dos à la Révolution française, et à tout ce qui a précédé et suivi.

Vous pensez que ces mouvements écologiques peuvent accompagner ce primat au sang, au tribal, à l’ethnie…

Ces mouvements, oui, sont pluriels. On en voit qui s’allient avec l’extrême droite, en Autriche, d’autres avec la gauche, en Scandinavie. Et en France, avec la classe dominante au pouvoir. Chez les cathos aussi, il y a des franciscains aux pieds nus et des princes de l’Eglise. Il y a plusieurs familles dans la Maison du Père, et on ne sait pas encore laquelle va gagner. Enfin moi, je ne le sais pas !

En conclusion de votre essai, vous vous montrez moins critique, vous opérez même un rapprochement entre esprit et nature en parlant de «coopérative jardinière». Qu’entendez-vous par là ?

De l’entraide ! Il faut une collaboration entre l’esprit et les outils pour se marier avec la nature. Faisons un jardin mais n’oublions pas qu’il y a les tracteurs. Pas de culte de la technique sans la nature, et pas de culte de la nature sans la technique. Voilà ce qu’est une coopérative jardinière. Le vivant organise le milieu qui l’organise. Il y a interdépendance et codéveloppement. Nous sommes autant les enfants de nos paysages que nos monuments.

Régis Debray Le siècle vert «Tracts», Gallimard, 64 pp., 4,90 €._

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