La Rose dans la vallée

18 novembre 2021

Judith Butler, ode à l’audace non-violente

La philosophe de Cleveland dénonce la violence «systémique» des institutions de pouvoir et met en place une alternative, qui ne se révélera efficace que si elle devient une «pratique sociale et politique entreprise de concert».

La violence, «force du faible»

La notion de violence est complexe – comme paraît simple celle de non-violence quand on la réduit à une posture passive, d’abstention ou de pacifisme béat. L’une des raisons de cette complexité est le rapport ambigu que l’une et l’autre entretiennent avec la force. La violence est la «force du faible», disait Jankélévitch : elle intervient quand il n’y a pas assez de force. Nul besoin de violence si l’on a dans la main assez de force pour tenir la pince et dévisser le boulon rouillé. Elle se manifeste quand on n’y arrive pas : on s’énerve, on crie, on tape partout, sur le boulon et à côté. C’est en ce sens que la violence est «aveugle» : ne sachant où «prendre appui» pour être efficace – comme le fait la force, qui mesure et se mesure – elle «explose» et frappe tous azimuts, n’importe où – par exemple dans la foule. A l’inverse, la non-violence peut être une force, une force d’âme, une force de résistance, une audace tranquille – celle du jeune Chinois qui Place Tiananmen se met devant le canon du tank. Butler se demande bien sûr comment la violence passe par le langage et l’expression ou encore si elle se réduit aux coups, à la maltraitance, au viol. Mais c’est à la violence «systémique» qu’elle s’intéresse avant tout, celle qui sourd des structures économiques, juridiques, culturelles, celle que les institutions de pouvoir exercent en la rendant «invisible» – et qui fait que le naufrage de migrants en Méditerranée est dit «fatal», que le sit-in du parc Gezi à Istanbul est qualifié de violence par un pouvoir violent, que l’étouffement, à terre, d’un citoyen noir par un policier blanc expliqué par la légitime défense. Aussi, pour défendre la non-violence, faut-il «d’abord comprendre et évaluer tout à la fois la manière dont la violence est représentée et attribuée dans un champ de pouvoir discursif, social et étatique, les tactiques d’inversion utilisées» etle caractère fantasmatique de l’attribution elle-même.

L’une des manières dont elle se (re)présente est donc l’autodéfense, la préservation de soi. Mais «qui est ce “soi” défendu au nom de la défense de soi» ? Quelles sont «ses limites territoriales, ses frontières, ses liens constitutifs» ? Comment ce soi «se distingue-t-il des autres, mais aussi de l’histoire, de la terre ou des diverses autres relations qui nous définissent ? La personne à laquelle il est fait violence ne fait-elle pas elle aussi partie, en un sens, du “soi” qui se défend par un acte de violence» ? C’est en répondant à ces questions que la philosophe de Cleveland avance vers une définition forte de la non-violence, dont Walter Benjamin ou Frantz Fanon ont tracé les linéaments. Si «le “soi” que je défends est moi, mes parents, d’autres personnes de ma communauté, de ma nation ou de ma religion, ou celles qui ont un langage commun avec moi», alors «je suis une communautariste inavouée qui préservera, semble-t-il, la vie des personnes qui sont comme moi, mais certainement pas de celles qui ne sont pas comme moi». Or au niveau social, l’appareillage conceptuel et les schèmes interprétatifs dérivent en grande partie de théories politiques – celles que l’ironie de Butler écharpait au début – qui supposent une logique identitaire fondée sur la représentation hallucinée d’un sujet indépendant, échappant à toute détermination raciale ou genrée, et qui, par là même, ne peut envisager l’autre que comme réplique de soi, «semblable» – en rejetant dans un cône d’ombre, ou au fond de l’océan, tout autre-que-soi. Dès lors, l’autodéfense, par quoi la violence se justifie elle-même, se retourne en violente offense contre d’autres vies. Assertion cynique que les structures de pouvoir ne peuvent pas utiliser telle quelle, qui se retrouve donc enfouie sous de multiples strates de sens, et qui, comme une fumerolle, sort de la terre sociale sous cette forme, terrifiante : il y a les «vies qui ont de la valeur (et qui peuvent être pleurées quand elles sont perdues) et celles qui n’en ont pas», des morts qu’accompagne le deuil et des morts sans mots ni larmes.

Toutes les vies méritent d’être pleurées

La notion de «grievability»«pleurabilité» ou possibilité d’honorer une vie comme étant digne de deuil – est le foyer de la réflexion de Butler. Toutes les vies méritent d’être pleurées quand elles s’affaiblissent, se blessent ou s’éteignent, car elles sont toutes réciproquement impliquées et interdépendantes : la violence est justement l’outrage fait à ces liens fondamentaux, l’attaque armée contre le fonds commun des vies – humaines et non humaines. C’est pourquoi la non-violence ne peut pas être une position individuelle : elle est un ethos politiquement actif qui reconnaît et protège les «conditions égales de vie et de vivabilité» – et s’oppose avec force aux folles et criminelles distinctions entre les vies qui comptent et celles qui ne comptent pas, parce que «autres», précaires, collatérales, handicapées, «déjà perdues et donc faciles à détruire».

Aussi la «force» de la non-violence – au-delà d’une «position morale»– ne se révélera-t-elle que si elle devient une «pratique sociale et politique entreprise de concert», culminant dans une «résistance» aux «formes systémiques de destruction» et dans un «engagement à bâtir un monde qui honore une interdépendance planétaire semblable à celle qui incarne les idéaux de liberté et d’égalité sociale, économique et politique». Une telle pratique ne naît guère dans une «région pacifique ou apaisée de l’âme». Elle est souvent «une expression de rage, d’indignation, d’agression». Une «non-violence agressive» ? Oui – il n’y a là aucune contradiction, explique Judith Butler.

Judith Butler La force de la non-violence
Traduit de l’anglais par Christophe Jaquet, Fayard, 256 pp., 20 € (ebook : 14,99 €).v

Posté par Luc Fricot à 17:11 - Permalien [#]

02 novembre 2021

«Réveillez-vous !» : la «saine colère» d’Anne Hidalgo contre Eric Zemmourv

La maire de Paris, invitée du Grand Jury RTL-LCI-le Figaro, a piqué une «saine colère» qui pourrait l’aider à remonter la pente à gauche si la viralité de cette intervention fonctionne.

«Le réveil dans six mois, ça va être trop tard»

Agacée – à juste titre – d’être interrogée une fois de plus sur le fait de savoir si elle serait d’accord pour «débattre» des questions d’immigration avec un pas-encore-candidat condamné pour provocation à la haine raciale, Hidalgo a répondu avec ses tripes, celle d’une fille de réfugiée espagnole qui a fui une dictature d’extrême droite : «Eric Zemmour occupe l’espace médiatique, politique, et d’une façon d’ailleurs éhontée. […] Il faudrait quand même que tout le monde se réveille ! Le réveil dans six mois, ça va être trop tard.» Pour elle, «débattre avec M. Zemmour, ça ne veut rien dire» : «M. Zemmour ne débat pas, a-t-elle poursuivi. M. Zemmour assène des contre-vérités, assène des messages de haine, des messages racistes, des messages antisémites.» Et la maire de Paris de regretter l’absence de manifestations lorsque le polémiste d’extrême droite «explique que le général De Gaulle et Pétain, c’est la même chose parce que Pétain a été un sauveur des Juifs dans notre pays».

«Vous croyez que c’est un pays qui va bien ? Quand on en est là, à considérer que tout peut être dit ? s’est-elle insurgée. Moi, je ne débats pas avec un négationniste. Je ne débats pas avec un raciste et je ne débats pas avec cette personne-là qui est en train de bafouer et de marcher complètement, de piétiner ce qu’est l’histoire de notre pays et ce qui est sa grandeur et ce que sont ses valeurs. Alors un débat avec Zemmour, pour d’autres si vous voulez, mais pas pour moi. Ce que je veux, c’est un débat avec la population. […] Ce qui est en train de se passer autour d’Eric Zemmour est dangereux d’abord pour notre démocratie !»

/Zemmour peut-il être élu président de la République ? «Evidemment, si on continue à lui laisser open bar sur des médias en racontant n’importe quoi, a répondu Hidalgo. J’en appelle à ce que cette élection présidentielle soit une vraie élection présidentielle avec un vrai débat […] et pas un débat que cette candidature d’un guignol.»

 

Posté par Luc Fricot à 11:38 - Permalien [#]

27 octobre 2021

Pour rompre avec la politique spectacle, supprimons l’élection présidentielle au suffrage direct

+

Instaurer un suffrage universel indirect et des législatives avant la présidentielle permettrait d'en finir avec l'hyperpersonnalisation qui condamne la France à d'éternelles querelles entre des candidats gonflés d'égo et de certitudes.

 

 

par Frédéric Potier, Préfet, essayiste, expert associé à la Fondation Jean-Jaurès

La «guignolisation» de la vie politique française n'est plus une hypothèse, elle est hélas devenue une réalité quotidienne. Les candidats n'échangent plus sur une vision du monde ou des plateformes programmatiques, mais se trouvent sommés de réagir aux polémiques récurrentes entretenues par des médias à la recherche d'audience et par des personnalités plus ou moins loufoques qui n'ont d'autres objectifs que d'asseoir leur visibilité médiatique.

Voûte institutionnelle de la Constitution de la Ve République voulue par le général de Gaulle pour solidifier un régime devenu présidentialiste, l'élection présidentielle au suffrage universel direct ne joue plus le rôle de stabilisateur politique qui fut le sien dans le passé. Instaurée par la loi du 6 novembre 1962 et mise en pratique en décembre 1965, l'élection du président de la République au suffrage direct a structuré le débat politique et les recompositions partisanes pendant presque soixante ans. Elle a tour à tour permis au pouvoir gaulliste de rassembler la droite et le centre dans un contexte de crise, puis à la gauche /de se réunir pour offrir une alternance démocratique sous l'impulsion de François Mitterrand.
Enquête
Rentrée télé : polémistes partout, journalisme nulle part ?
Médias
++25 août 2021abonnés
Un système qui tend à dépolitiser le corps électoral

Pour autant, le ralliement de la gauche et du centre fut davantage dicté par des considérations tactiques que par une adhésion franche à la logique présidentialiste. Dès 1962, Pierre Mendès France dénonçait par exemple dans la République moderne un mode de scrutin «qui ne peut offrir un élément de contrôle politique sérieux ; il tend même à dépolitiser le corps électoral, il le pousse à démissionner, à prendre l'habitude d'aliéner sa souveraineté, à se désintéresser des affaires du pays [...]. C'est donner aux aventuriers une chance inespérée». En encourageant l'idée d'homme ou de femme providentielle tous les cinq ans, et en l'absence de contre-pouvoirs réels au Parlement, la personnalisation quasi messianique de la politique française ne peut susciter que déceptions et défiances à l'égard des représentants du peuple.

Sous l'effet du développement sans limite de la politique spectacle et de l'hyperpersonnalisation, la campagne présidentielle s'est largement dévoyée. Les programmes politiques se trouvent désormais rangés au rang d'accessoires inutiles, voire encombrants. Les partis politiques, dépassés par les logiques de triangulation et de désaffiliation, ont presque quasiment renoncé à structurer les débats. Ce n'est pourtant pas une fatalité, posons clairement le débat de la pertinence démocratique de l'élection présidentielle.

Le remède est connu et il peut prendre deux formes. Il pourrait s'agir d'une part de modifier notamment les articles 6 et 7 de la Constitution, pour revenir à une élection du président de la République par un corps électoral composé des élus de la nation (comme c'est le cas en Allemagne ou en Israël). Mais l'entreprise est ardue et suppose par définition un accord du Sénat (voire un référendum). Une autre méthode pourrait consister à revenir par une simple loi sur l'inversion du calendrier électoral instaurée par la loi du 16 mai 2001, en pleine cohabitation, pour que les élections législatives interviennent désormais non pas juste après mais avant l'élection présidentielle. La France renouerait alors avec sa tradition parlementariste, qui fut à l'origine – il n'est pas inutile de le rappeler – de nombreuses conquêtes sociales et de grandes avancées sur le plan des libertés publiques sous la IIIe et la IVe République.
Faire confiance à l'intelligence du citoyen

On objecte souvent à cette proposition que le régime parlementaire aboutirait à des régimes faibles, structurellement ingouvernables, incapables de surmonter des crises. Rien n'est plus faux. L'exemple britannique avec l'immense Winston Churchill nous démontre que le respect des prérogatives du Parlement est parfaitement compatible avec une gestion énergique d'une situation de guerre. Il n'empêche pas non plus d'associer à chaque mouvement politique un leader bien identifié comme les récentes élections législatives en Allemagne l'ont illustré.

Devant une démocratie dévoyée par le bruit médiatique et la fureur des réseaux sociaux, il y a urgence à remettre à l'endroit un calendrier électoral sans lequel la France se condamne à d'éternelles querelles de la part de candidats gonflés d'ego et de certitudes. Faire confiance à l'intelligence du citoyen et non flatter ses plus bas instincts, restaurer un débat public apaisé et rigoureux, revivifier la démocratie, construire l'avenir sur des bases saines non démagogiques telle devrait être la mission des authentiques démocrates de ce pays.

Haut fonctionnaire, ancien délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine LGBT, Frédéric Potier est l'auteur de Pierre Mendès France, la foi démocratique, éd. Bouquins, septembre 2021, 19 €.

 

Posté par Luc Fricot à 16:30 - Permalien [#]

18 octobre 2021

Démocratie et laïcité préservent les religions de leur appétit de domination

L’une et l’autre reposent sur le même postulat, celui de la séparation des Eglises et de l’Etat, et opposent ainsi une fin de non-recevoir à la religion quand elle prétend gouverner la vie humaine, rappelle le philosophe et essayiste.

par Abdennour Bidar, Philosophe

publié le 14 octobre 2021 à 18h04

Les propos de Mgr Eric de Moulins-Beaufort sur le secret de la confession qui serait plus fort que les lois de la République montrent, si besoin était, que la question de l’autorité dans la cité, entre la loi de Dieu et la loi des hommes, ne se pose pas que du côté de l’islam. Ce qui me semble particulièrement en cause, en la matière, c’est la façon dont nombre de clercs des différentes religions considèrent ce que leur tradition a sacralisé. La confession, en l’occurrence, est comme «sacrement de pénitence et de réconciliation» l’un des sept sacrements proclamés par l’Eglise catholique et l’Eglise orthodoxe. Mais ce sacrement instauré par une institution humaine peut-il être véritablement considéré comme une «loi de Dieu» ? Quant à cette institution ecclésiale elle-même, Eglise catholique ou Eglise orthodoxe, elle se proclame institution divine mais, là encore, n’est-ce pas une institution humaine, historique, politique, qui se déclare de volonté divine ?

On rencontre ainsi, du côté de l’islam et des autres religions, tout un ensemble d’institutions et de traditions qui utilisent le même mécanisme de légitimation en affirmant que leur origine se trouve dans la parole et la volonté de Dieu. Voilà comment des formes créées par les hommes se trouvent sacralisées, et prétendent du même coup imposer un respect absolu et une suprématie pour ce qu’elles ont elles-mêmes absolutisé… Pourtant, cela soulève deux problèmes au moins.

L’absolution du sacré religieux est contestable

Sur le plan éthique, la conscience religieuse se retrouve prise dans un piège terrible, lorsque la valeur absolue qu’elle donne à ce qu’elle a sacralisé l’empêche d’agir selon ce que commande la morale, comme c’est le cas avec un secret de la confession qui aurait empêché l’Eglise de lutter contre les agissements ignobles d’un certain nombre de ses prêtres.

Sur le plan théologique, ensuite, cette absolutisation du sacré religieux est également contestable. Le divin en soi, en effet, n’est-il pas le «Tout-Autre», la transcendance pure, et comme telle «sans forme», invisible, innommable, et par conséquent «située» dans un «lieu insituable» radicalement au-delà de toutes ces formes dans lesquelles les hommes l’ont investie ?

Le risque par conséquent pour les religions est ainsi celui de l’idolâtrie, c’est-à-dire celui de la vénération excessive de formes sacralisées qui ne sont tout au plus, en réalité, que de pâles images du divin dans le monde humain de la représentation. Et dès lors, ces fameuses «lois de Dieu» dont nous autres hommes revendiquons parfois la supériorité sur les «lois des hommes» pourraient fort bien en fait n’être elles-mêmes qu’une catégorie de loi humaine trop humaine – imaginée par notre propre mental, avec ses espérances et ses illusions – comme l’expression même d’une réalité divine.

Cela ne veut pas dire que ces «lois de Dieu» constituées par les sept sacrements de l’Eglise, ou les cinq piliers de l’islam, et tout autre canon religieux, ne soient pas dignes de respect et qu’ils ne recèlent pas une part de sacralité. Mais de là à les mettre totalement à part, comme relevant d’un autre ordre de réalité, il y a un pas. Un pas que la démocratie ne saurait franchir. Qu’est-elle, en effet, cette démocratie sinon l’ambition pour une société d’êtres humains, de fonder son ordre, sa justice, sans le recours à aucun fondement surnaturel – volonté ou parole divine – et de ne s’appuyer pour cela que sur le fondement naturel de l’exercice des facultés humaines – conscience, raison, dialogue ?

La démocratie se distingue en cela à la théocratie qui, elle, veut fonder son ordre et sa justice sur une inspiration divine. C’est en ce sens d’ailleurs que, comme le disait Jean Jaurès, «laïcité et démocratie sont identiques». Car l’une et l’autre reposent sur le même postulat, qui est celui de la séparation des Eglises et de l’Etat : la loi faite et mise en œuvre par les hommes n’a pas besoin de la «loi de Dieu» que les Eglises prétendent énoncer. De ce point de vue, comme je l’explique dans Génie de la France, démocratie et laïcité sont le cimetière des ambitions de pouvoir de la religion, le terminus de la volonté de puissance de la «loi de Dieu». Ce n’est pas une hostilité contre la religion, ce n’est pas antireligieux, c’est seulement une fin de non-recevoir opposée à la religion quand elle prétend gouverner la vie humaine. A ce titre, démocratie et laïcité ont, pour les religions, un double bénéfice potentiel vraiment remarquable : elles les préservent de leur appétit de domination, et peut-être aussi qu’elles les invitent à méditer de façon critique sur la façon, facilement abusive, dont elles ont depuis des siècles et des siècles, «divinisé» leurs cultes, rites et dogmes au lieu d’avoir l’humilité de reconnaître que, face à la transcendance divine, tout cela n’est que pauvre et maigre reflet dans le psychisme et les affaires humaines.

Dernier ouvrage paru : Génie de la France, Albin Michel, 2021.v

Posté par Luc Fricot à 16:23 - Permalien [#]

10 octobre 2021

Profession de foi d'Anne Hidalgo

Cher-e-s camarades,

Le 14 octobre prochain, vous serez amenés à choisir celui ou celle qui portera nos couleurs
lors de l’élection présidentielle d’avril prochain. Comme vous le savez, j’ai décidé de
soumettre aux militants et militantes socialistes ma candidature pour cette échéance
démocratique majeure.
Oui, à vous, qui êtes restés fi èrement debout dans l’adversité, qui avez bénévolement consacré
tant d’énergie à reconstruire et à faire souffl er dans notre pays un vent nouveau d’espoir dans
toutes les dernières élections locales, municipales, départementales et régionales.
Je veux, ici, vous en présenter le sens.
Notre parti, le Parti Socialiste, est un grand parti, celui de Jean Jaurès, de Léon Blum, de
François Mitterrand, de Lionel Jospin et de François Hollande. Notre famille politique a pro-
fondément et durablement marqué l’histoire de notre pays, de notre République, mais aussi,
au-delà, de l’Europe. Notre parti a porté des valeurs et des idées que nul autre ne portait et a
permis des avancées et des réformes majeures dans bien des domaines. Nous avons initié de
grandes lois de liberté et de solidarité, de justice sociale mais aussi d’écologie, dont nous
pouvons être fi ers. Nous avons toujours su construire le rassemblement de la gauche dans
l’intérêt de la France, en responsabilité.
Ces dernières années, nous avons traversé des moments diffi ciles, des épreuves, mais nous
avons toujours été conscients de ce que nous sommes, de ce qui nous lie au-delà de nos di-
vergences. Ensemble, nous sommes restés fi dèles à nos valeurs pour défendre un idéal et,
aujourd’hui, proposer un projet et un nouveau chemin pour notre pays.
Notre pays, mais également notre planète, se trouvent à un tournant. Les cinq années qui
viennent seront décisives : pour créer les conditions d’un meilleur partage des richesses et
de plus de justice sociale ; pour engager la transition écologique de notre modèle productif,
de nos déplacements, de notre société ; pour rétablir, autour des valeurs de la République et
en particulier de la laïcité, un lien social fragilisé.
J'attache une importance toute particulière à la laïcité. La laïcité est un principe de liberté
sur lequel je ne transigerai jamais. Elle est le socle de notre République, la pierre angulaire de
notre société. La laïcité est un trésor que nous devons chérir et entretenir.
Ces valeurs m’ont accompagnée durant toute ma vie, moi, une femme française née en Espagne,
arrivée dans notre pays à l’âge de deux ans, élevée à Lyon dans un quartier populaire, devenue
maire de Paris. Mes parents, ancien ouvrier électricien sur un chantier naval et couturière, ont
embrassé cette idée et cet amour de la France.
Je dois ma liberté à l’école, à mes professeurs qui m’ont donné ma chance, qui m’ont formée
et encouragée, et à tous ceux qui, parce qu’ils s’étaient aussi libérés des préjugés de classe,
ont pensé que je pouvais être utile à la société, comme inspectrice du travail, d’abord, puis au
service de nos concitoyens.
Comme maire, j’ai acquis une conviction : ces changements majeurs ne seront pos-
sibles qu’en impliquant et en faisant participer les citoyennes et citoyens, qu’en fai-
sant confiance aux élus locaux, en s’appuyant sur leur compétence, leur engagement
au service des autres et leur sens du service public, que ce soit en métropole ou en outre-mer.
Je porte aussi nos combats à l'international, que ce soit au sein de l'Association Internationale
des Maires Francophones que je préside depuis 2014 sur la démocratie locale et la coopéra-
tion, ou au sein du C40 qui regroupe les 94 plus grandes villes du monde engagées contre le
dérèglement climatique.
Oui, je sais combien exercer le pouvoir est difficile, que l’on ne réussit pas tout. Mais nous
avons démontré qu’il était possible de réussir à enclencher des solutions localement, à l’instar
des transformations déjà engagées, par les équipes de gauche, dans nos villes, nos dépar-
tements et nos régions. C’est ma conviction.
Aujourd’hui, pour cette France qui m’a donné ma chance, je suis inquiète. L’actuel président a
montré durant le quinquennat qui s’achève son incapacité à ouvrir une nouvelle voie. Il a divi-
sé les Français comme jamais, aggravé les problèmes sociaux, tourné le dos à l’écologie mais
aussi méprisé leurs représentants locaux. Ces années m’ont profondément marquée par le
manque de considération envers nos concitoyens, par l’accroissement criant des inégalités,
par ces questions de sécurité qui minent notre pays et le pacte républicain. Les différentes
concertations organisées n’ont été, en réalité, qu’une façade au service d’une verticalité qui
n’a jamais été aussi forte. Nous le savons et la crise sanitaire l’a bien démontré : l’Etat décide,
les élus exécutent.
Malgré les incertitudes, les angoisses, je sais qu’il y a aussi dans notre pays une force immense
qui souhaite prendre une autre direction, portée par la volonté de bâtir un bel avenir, portée
par des valeurs de respect, de générosité et de solidarité.
C’est pourquoi j’ai pris la décision de me présenter devant les Français pour l’élection à la
Présidence de la République. Cette candidature est le fruit d’une longue réflexion personnelle
mais aussi collective.
C’est un choix mûrement réfléchi, issu de longs moments d’échanges avec de très nombreux
élus de différentes sensibilités et de tous les territoires, urbains comme ruraux, mais aussi
avec des Françaises et Français que j’ai eu l’occasion de rencontrer et d’écouter depuis plu-
sieurs mois. J’en ai tiré des leçons.
Nous devons transformer nos modes de vie, transformer notre économie. C’est pourquoi je
porterai un plan sur cinq ans pour décarboner notre économie, relocaliser nos entreprises,
réindustrialiser tous les territoires. Il faudra de la volonté.
Mais je sais aussi que transformer notre société, c’est également permettre aux étudiants,
durement éprouvés par la crise, de manger à leur faim, que nos enfants comme nos aînés
puissent respirer un air pur, que nos agriculteurs puissent gagner leur vie avec des produits de
qualité. Comme je l’ai dit : je veux être la Présidente de la République pour offrir un avenir à
nos enfants, à tous nos enfants.
Je veux que le travail soit valorisé et mieux rémunéré. L’ouverture de négociations dans
toutes les branches professionnelles pour une augmentation des salaires est aujourd’hui
essentielle. Il faut davantage impliquer les travailleurs, en renforçant leur présence dans les
conseils d’administration. De nouveaux métiers doivent voir le jour, pour celles et ceux qui sont
privés de travail, grâce à l’écologie, grâce à l’économie du soin. Ce sera le point de départ d’un
nouveau contrat social et écologique.
Je veux que les classes moyennes, les catégories populaires, les jeunes, les personnes en
situation de handicap retrouvent de l’espoir grâce à l’évolution en profondeur de l’école, de
l’université, à la généralisation des formations en alternance, grâce à des nouvelles sécurités
sociales et professionnelles. Ce sera le retour de la promesse républicaine.

 

Cher-e-s camarades,
Le 14 octobre prochain, vous serez amenés à choisir celui ou celle qui portera nos couleurs
lors de l’élection présidentielle d’avril prochain. Comme vous le savez, j’ai décidé de
soumettre aux militants et militantes socialistes ma candidature pour cette échéance
démocratique majeure.
Oui, à vous, qui êtes restés fi èrement debout dans l’adversité, qui avez bénévolement consacré
tant d’énergie à reconstruire et à faire souffl er dans notre pays un vent nouveau d’espoir dans
toutes les dernières élections locales, municipales, départementales et régionales.
Je veux, ici, vous en présenter le sens.
Notre parti, le Parti Socialiste, est un grand parti, celui de Jean Jaurès, de Léon Blum, de
François Mitterrand, de Lionel Jospin et de François Hollande. Notre famille politique a pro-
fondément et durablement marqué l’histoire de notre pays, de notre République, mais aussi,
au-delà, de l’Europe. Notre parti a porté des valeurs et des idées que nul autre ne portait et a
permis des avancées et des réformes majeures dans bien des domaines. Nous avons initié de
grandes lois de liberté et de solidarité, de justice sociale mais aussi d’écologie, dont nous
pouvons être fi ers. Nous avons toujours su construire le rassemblement de la gauche dans
l’intérêt de la France, en responsabilité.
Ces dernières années, nous avons traversé des moments diffi ciles, des épreuves, mais nous
avons toujours été conscients de ce que nous sommes, de ce qui nous lie au-delà de nos di-
vergences. Ensemble, nous sommes restés fi dèles à nos valeurs pour défendre un idéal et,
aujourd’hui, proposer un projet et un nouveau chemin pour notre pays.
Notre pays, mais également notre planète, se trouvent à un tournant. Les cinq années qui
viennent seront décisives : pour créer les conditions d’un meilleur partage des richesses et
de plus de justice sociale ; pour engager la transition écologique de notre modèle productif,
de nos déplacements, de notre société ; pour rétablir, autour des valeurs de la République et
en particulier de la laïcité, un lien social fragilisé.
J'attache une importance toute particulière à la laïcité. La laïcité est un principe de liberté
sur lequel je ne transigerai jamais. Elle est le socle de notre République, la pierre angulaire de
notre société. La laïcité est un trésor que nous devons chérir et entretenir.
Ces valeurs m’ont accompagnée durant toute ma vie, moi, une femme française née en Espagne,
arrivée dans notre pays à l’âge de deux ans, élevée à Lyon dans un quartier populaire, devenue
maire de Paris. Mes parents, ancien ouvrier électricien sur un chantier naval et couturière, ont
embrassé cette idée et cet amour de la France.
Je dois ma liberté à l’école, à mes professeurs qui m’ont donné ma chance, qui m’ont formée
et encouragée, et à tous ceux qui, parce qu’ils s’étaient aussi libérés des préjugés de classe,
ont pensé que je pouvais être utile à la société, comme inspectrice du travail, d’abord, puis au
service de nos concitoyens.
Anne Hidalgo candidate à la présidence
de la République françaiseComme maire, j’ai acquis une conviction : ces changements majeurs ne seront pos-
sibles qu’en impliquant et en faisant participer les citoyennes et citoyens, qu’en fai-
sant confiance aux élus locaux, en s’appuyant sur leur compétence, leur engagement
au service des autres et leur sens du service public, que ce soit en métropole ou en outre-mer.
Je porte aussi nos combats à l'international, que ce soit au sein de l'Association Internationale
des Maires Francophones que je préside depuis 2014 sur la démocratie locale et la coopéra-
tion, ou au sein du C40 qui regroupe les 94 plus grandes villes du monde engagées contre le
dérèglement climatique.
Oui, je sais combien exercer le pouvoir est difficile, que l’on ne réussit pas tout. Mais nous
avons démontré qu’il était possible de réussir à enclencher des solutions localement, à l’instar
des transformations déjà engagées, par les équipes de gauche, dans nos villes, nos dépar-
tements et nos régions. C’est ma conviction.
Aujourd’hui, pour cette France qui m’a donné ma chance, je suis inquiète. L’actuel président a
montré durant le quinquennat qui s’achève son incapacité à ouvrir une nouvelle voie. Il a divi-
sé les Français comme jamais, aggravé les problèmes sociaux, tourné le dos à l’écologie mais
aussi méprisé leurs représentants locaux. Ces années m’ont profondément marquée par le
manque de considération envers nos concitoyens, par l’accroissement criant des inégalités,
par ces questions de sécurité qui minent notre pays et le pacte républicain. Les différentes
concertations organisées n’ont été, en réalité, qu’une façade au service d’une verticalité qui
n’a jamais été aussi forte. Nous le savons et la crise sanitaire l’a bien démontré : l’Etat décide,
les élus exécutent.
Malgré les incertitudes, les angoisses, je sais qu’il y a aussi dans notre pays une force immense
qui souhaite prendre une autre direction, portée par la volonté de bâtir un bel avenir, portée
par des valeurs de respect, de générosité et de solidarité.
C’est pourquoi j’ai pris la décision de me présenter devant les Français pour l’élection à la
Présidence de la République. Cette candidature est le fruit d’une longue réflexion personnelle
mais aussi collective.
C’est un choix mûrement réfléchi, issu de longs moments d’échanges avec de très nombreux
élus de différentes sensibilités et de tous les territoires, urbains comme ruraux, mais aussi
avec des Françaises et Français que j’ai eu l’occasion de rencontrer et d’écouter depuis plu-
sieurs mois. J’en ai tiré des leçons.
Nous devons transformer nos modes de vie, transformer notre économie. C’est pourquoi je
porterai un plan sur cinq ans pour décarboner notre économie, relocaliser nos entreprises,
réindustrialiser tous les territoires. Il faudra de la volonté.
Mais je sais aussi que transformer notre société, c’est également permettre aux étudiants,
durement éprouvés par la crise, de manger à leur faim, que nos enfants comme nos aînés
puissent respirer un air pur, que nos agriculteurs puissent gagner leur vie avec des produits de
qualité. Comme je l’ai dit : je veux être la Présidente de la République pour offrir un avenir à
nos enfants, à tous nos enfants.
Je veux que le travail soit valorisé et mieux rémunéré. L’ouverture de négociations dans
toutes les branches professionnelles pour une augmentation des salaires est aujourd’hui
essentielle. Il faut davantage impliquer les travailleurs, en renforçant leur présence dans les
conseils d’administration. De nouveaux métiers doivent voir le jour, pour celles et ceux qui sont
privés de travail, grâce à l’écologie, grâce à l’économie du soin. Ce sera le point de départ d’un
nouveau contrat social et écologique.
Je veux que les classes moyennes, les catégories populaires, les jeunes, les personnes en
situation de handicap retrouvent de l’espoir grâce à l’évolution en profondeur de l’école, de
l’université, à la généralisation des formations en alternance, grâce à des nouvelles sécurités
sociales et professionnelles. Ce sera le retour de la promesse républicaine. Je veux aussi que ces mères, qui élèvent seules leurs enfants, ne soient plus abandon-nées à la précarité et à l’insécurité. Les femmes qui galèrent, qui restent sous-payées par
rapport aux hommes obtiendront enfin l’égalité pleine et entière, des salaires comme des
carrières. Ce sera le rendez-vous de la première femme présidente de la République avec les
femmes françaises.
Partout en France de nouvelles réponses doivent être apportées. Oui, mon quinquennat sera
celui d’une république décentralisée, au plus près et avec les citoyens, qui fait confiance à
ses élus.
Nous devrons également défendre avec détermination l’hôpital public, les maisons de retraites
et leurs personnels durement éprouvés et prendre des mesures pour mettre fin aux déserts
médicaux. La santé pour toutes et tous doit être une grande cause du prochain quinquennat.
Je sais que le combat est loin d’être facile, que rien n’est acquis d’avance, que la campagne
sera rude.
Pour réussir, j’ai besoin de vous, j’ai besoin de votre confiance, j’ai besoin de la force que
vous représentez.
Je connais votre engagement de socialistes fidèles, solides, présents auprès de nos conci-
toyens, partout dans le pays. Je tiens à remercier chaleureusement les militantes et les mili-
tants, les maires, les parlementaires, les élu-e-s locales et locaux, de toutes les régions que j’ai
rencontrés et qui m’ont témoigné de leur confiance.
Je compte sur votre soutien, sur celui du Parti Socialiste. Vous pourrez compter sur ma dé-
termination sans faille.

 

 

 


Adjroud Lounes • Alarcon Anthony • Allam-Hernandez Soraya • Allemand Marie-José
(1ère fédérale / 05 - Hautes Alpes) • Alonso Emilie • Amah Marie Jo (1ère fédérale / 54 - Meurthe
Et Moselle) • Ancrenaz Damien (1er fédéral / 73 - Savoie) • Antropoli Emma • Arnaud Samuel •
Arrivé Benoit • Arseguet Andrée • Assaf Christian • Assouline David (1er fédéral / 75 - Paris) •
Aurora Michael (1er fédéral / 32 - Gers) • Azzaz Nadège • Balardy Jean-Charles • Baron Laurent •
Baudry Benjamin • Baumel Laurent • Beaumont Frédéric (1er fédéral / 975 - Saint Pierre Et Mique-
lon) • Bellay Béatrice (1ère fédérale / 972 - Martinique) • Bianchi Olivier • Biche Dimitri
(1er fédéral / 83 - Var) • Bisson Michel • Blatrix Florence (1ère fédérale / 01 - Ain) •
Bonnefoy Thomas • Bonrepaux Jean Christophe (1er fédéral / 9 - Ariège) • Bord Arnaud
(1er fédéral / 30 - Gard) • Boudali Souhila • Bousquet David • Bousquet-Pitt Pascale •
Boutiflat Dylan • Boyer Anne • Brossel Colombe • Broussy Luc •
Premiers soutiens des membres titulaires du Conseil National
>Brunel Jean (1er fédéral / 11 - Aude) • Bulteau Sylviane (1ère fédéral / 85 - Vendée) •
Camara Sylvia • Cambefort Mani 89 (1er fédéral / 89 - Yonne) • Canet Michel • Cardon Rémi
(1er fédéral / 80 - Somme) • Cartier Flavien • Carvounas Luc • Cavalerie Bertrand (1er fédéral /
12 - Aveyron) • Cazal Eleonore • Cesa Johann (1er fédéral / 42 - Loire) • Chambonneau Delphine
(1ère fédérale / 36 - Indre ) • Chapuis Christophe (1er fédéral / 41 - Loir Et Cher) •
Chevandier Thomas • Chibli Kamel • Ciot Jean David • Clergeau Christophe • Colas Romain •
Colson Marie • Condolf-Ferec Muriel • Constant Christiane (1ère fédérale / 69 - Rhône) •
Cortes Antoine • Coulibaly Kadiatou • Crombecque Yann • Daguerre Eric • Danillon Chloé •
De Comarmond Hélène • De Gentili Emmanuelle (1ère fédérale / 2b - Haute Corse) •
De La Gontrie Marie-Pierre • Delahaye Thibault • Delaporte Arthur (1er fédéral / 14 - Calvados) •
Delga Carole • Dellu Arnaud • Denaja Sébastien • Denouvion Victor • Derosier Jean-Philippe •
Des Gayets Maxime • Diop Dieynaba • Drain Blandine • Duchaussoy Vincent • Duffaud Laurence
• El Aaraje Lamia • El Yassa Myriam (1ère fédérale / 25 - Doubs) • Elshoud Mélina •
Espagnac Frédérique • Exposito Stéphane • Féraud Rémi • Fita Claire • Fonteneau Fabienne •
Fouillère Christophe (1er fédéral / 35 - Ille-Et-Vilaine) • Foveau Tristan (1er fédéral /
29 - Finistère) • Gagnaire Franck (1er fédéral / 37 - Indre Et Loire) • Gaillard Brice (1er fédéral /
92- Hauts-De-Seine) • Garcia-Abia José (1er fédéral / 06 - Alpes Maritimes) • Gatian Audrey •
Germain Jean-Marc • Gibert Vincent • Gillet Violaine (1ère fédérale 71 / Saône Et Loire) •
Gloanec Maurin Karine • Gondard Cécilia (1ère fédérale / 999 - FFE) • Goujon Charlotte •
Grégoire Emmanuel • Gricourt Marc • Guckert Olivier (1er fédéral / 55 - Meuse) • Guedj Jerôme •
Guérin Jean-Pierre • Guillaume Sylvie • Haddad Patrick • Hadizadeh Ayda • Hakni-Robin Béatrice
• Hammouche Louisa • Hazouard Mathieu • Hennequin Thomas (1er fédéral / 02 - Aisne) •
Henquinet Céline • Hillion Arnaud (1er fédéral / 82 - Tarn Et Garonne) • Homé Antoine (1er fédéral
/ 68 - Haut Rhin) • Husson Olivier (1er fédéral / 77 - Seine Et Marne) • Jeandon Jean-Paul •
Jemni Halima • Jeudi Aline (1ère fédérale / 03 - Allier) • Jibrayel Sébastien • Jouvé Fabien •
Jouve Virginie • Jouvet Pierre • Justinien Rémi (1er fédéral / 17 - Charente Maritime) •
Kern Bertrand • Kerriche Sarah • Kerrouche Eric • Kienzlen Jonathan (1er fédéral / 94 - Val De
Marne) • Laal Samira • Lafaye Laurent • Laffore Sandrine (1ère fédérale / 47 - Lot Et Garonne) •
Lanzi Nathalie (1ère fédérale / 79 - Deux Sèvres) • Lavitola Emeric (1er fédéral / 24 - Dordogne) •
Le Vern Marie • Léron Sophie • Lerouge Damien (1er fédéral / 08 - Ardennes) • Levesques Valérie
• Louviers Angèle • Lumeau-Preceptis Aude • Malmberg Nathalie • Massias Stéphane •
Masson Bertrand • Mathieu Sylvain (1er fédéral / 58 - Nièvre) • Maurin Baptiste • Mayer Mathieu •
Mebarek Nora • Menhaouara Nessrine • Mondon Anne-Laure • Monot Mathieu (1er fédéral / 93 -
Seine Saint Denis) • Morvan Nicolas • Mouamir Zakaria (1er fédéral / 18 - Cher) • Naillet Philippe
(1er fédéral / 974 - Réunion) • Narassiguin Corinne • Nedelec Yohann • Nicolas Olivier (1er fédéral /
971 - Guadeloupe) • Oumer Nawel • Ohannessian Yannick (1er fédéral / 13 - Bouches du Rhône) •
Pic Anna (1ère fédérale / 50 - Manche) • Picard Charlotte • Pidoux Fanny • Pierre-Nadal Jérémy •
Piot Sophie • Polski Olivia • Proust Sarah • Quénard Eric (1er fédéral / 51 - Marne) •
Rafaï Mohamed • Rafowicz Emma • Raimbourg Dominique (1er fédéral / 44 - Loire - Atlantique) •
Ravard Antoine • Recoules Vincent • Rey Franck (1er fédéral / 15 - Cantal) • Reynal Alexandre
(1er fédéral / 66 - Pyrénées - Orientales) • Rezzag-Bara Nesrine • Rochas Pascale •
Rolland Johanna • Rosset Marine • Rouly Nicolas (1er fédéral / 76 - Seine Maritime) •
Roy Sébastien • Royer Jérôme (1er fédéral / 16 - Charente) • Runel Sandrine • Sadoune Samia •
Saint-Huile Benjamin (1er fédéral / 59 - Nord) • Samour Nicole (1ère fédéral / 52 - Haute Marne)
• Sargiacomo Eric (1er fédéral / 40 - Landes) • Sauce Mathieu • Sauvage Maxime • Siry-Houari
Gabrielle • Soler Alix (1ère fédérale / 11 - Aude) • Soliman Sandrine • Stanzione Lucien (1er fédéral /
84 - Vaucluse) • Temal Rachid (1er fédéral / 95 - Val D'oise) • This Saint Jean Isabelle •
Thomassin Sylvine • Tillay Anne-Juliette • Trigance Yannick • Trigo Emilie • Trijoulet (1er fédéral /
33 - Gironde) • Troussel Stéphane • Tzatchev-Jouvet Alexandra • Ughetto Laurent (1er fédéral /
7 - Ardèche) • Uzenat Simon (1er fédéral / 56 - Morbihan) • Vadillo Floran • Valenti Paola •
Vallaud Boris • Vallois-Rouet Laurence (1ère fédérale / 86 - Vienne) • Veyri Timour (1er fédéral /
27 - Eure) • Vicot Roger • Vincini Sébastien (1er fédéral / 31 - Haute Garonne) • Viola André •
Westphal Etienne • Yadani Fatima • Yildirim Gulsen (1ère fédérale / 87 - Haute Vienne)

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Profession de foi de Stéphane Le Foll

5t

Pour une France durable
Mes chers concitoyens, chers camarades,

Nous sommes face au destin de la France ; le destin d’un grand pays qui a écrit l’histoire, celle du monde avec nos valeurs
universelles, la République, celle de l’Europe pour trouver enfin la voie de la paix sur notre continent. Dans cette histoire du monde et de l’Europe, la famille socialiste a été de tous les rendez-vous, de la guerre mais surtout de la paix, de l’Europe, de la décolonisation, de la fin de la peine de mort aux progrès sociaux, des premiers congés payés à la cinquième semaine de congé, de la semaine des 40 heures aux 39 et 35 heures, du RMI à la CMU, aux emplois jeunes, du tiers payant au mariage aux personnes de même sexe... A chaque étape de l’exercice des responsabilités, elle a porté les valeurs de progrès sans jamais céder « aux huées fanatiques ».
Notre famille politique continue de gagner des élections en Europe, la dernière en date en Allemagne. Elle gouverne en
Espagne et au Portugal ; il n’y a qu’en France que le socialisme démocratique s’enfonce dans l’effacement au risque mainte-nant de disparaître. Cette présidentielle s’inscrit dans ce contexte, lié sûrement à un quinquennat qui n’a pas pu être défendu par celui qui l’avait dirigé, mais qui sert de prétexte aujourd’hui à la ligue de l’effacement, de celles et de ceux qui veulent se construire uniquement par le déni et l’oubli, en cédant ainsi le terrain à tous les adversaires de gauche et écologistes qui veulent logiquement prendre notre place.
Rien n’y fait, et les résultats locaux revendiqués comme des victoires politiques ne sont pourtant que les victoires de sor
-tants ou de personnalités qui bénéficient du passé mais ne s’additionnent pas pour porter une dynamique politique nationale. Les résultats d’aujourd’hui sont clairs et si nous ne revendiquons pas notre étiquette socialiste après une primaire écolo-giste réussie, nous serons sans moyen de mener notre propre candidature et nous prenons le risque d’apparaître comme suiveurs et non pas comme leaders, avec un résultat à la présidentielle en-dessous de celui des écologistes et des autres composantes de la gauche.
Nous sommes donc à la croisée des chemins, disparaître ou réapparaître, s’effacer ou porter un projet pour la France.
C’est le choix que vous aurez à faire, sans concession aux donneurs d’ordre de vos fédérations qui pensent d’abord aux petits arrangements locaux.
C’est le choix que vous avez de changer la donne et de donner une nouvelle dynamique pour notre famille politique ou de
suivre le vote du congrès et de continuer sur la pente électorale actuelle. C’est un choix et il vous appartient. Il n’y aura pas de débat sur le projet pour la France et je le regrette ; il ne vous reste qu’à juger en prenant le temps de bien réfléchir aux dynamiques en cours et à leurs conséquences politiques. Anticiper pour décider.
Je sais que le socialisme français a encore des choses à faire et à dire, différemment des autres forces de gauche. Je
revendique son identité et l’étiquette socialiste, « le poing et la rose », comme à chacune des élections. Je propose un projet sérieux et ambitieux, républicain, européen et internationaliste, d’une nouvelle politique massive d’investissements et d’innovations, le projet d’une « France durable » comme l’avait défini Harlem Gro Brundtland, première ministre socialiste Norvégienne.
Je revendique cet héritage qui vise à assurer notre développement au présent sans obérer celui des générations futures
et à combiner l’économie, le social et l’écologie. La France durable c’est aussi renouer avec la France des Lumières, avec l’université et l’universalisme, la recherche et l’innovation, à un moment où la radicalité est revendiquée avec force à gauche et chez les écologistes, mais surtout à droite et à l’extrême droite avec le retour de Pétain et de Maurras. La radicalité ne peut pas être revendiquée comme forme de gouvernement car elle conduit inévitablement à l’affrontement, aux fractures, à la division. « Combattre les huées fanatiques » comme l’a dit Jaurès, c’est mon engagement, à condition de renouer avec l’idée de progrès mais aussi de la nuance de l’équilibre et de la raison et du sérieux en toute chose, quand on veut diriger un pays.
Si la social-démocratie a un sens dans ce moment, c’est celui-là, par l’alliance entre l’action et le dialogue, la démocratie
représentative et sociale. Il ne sert à rien d’applaudir aux idées des autres, il faut affirmer les siennes. Je suis comptable de cet engagement et si j’ai pris le temps d’écrire un livre c’est que je sais ce que je ferais pour mon pays, que je connais bien par l’expérience qui est la mienne. J’ai gouverné et je sais que c’est difficile de se battre pour un idéal en étant tous les jours confronté à la réalité, aux imprévus, aux colères aux attentes des Françaises et des Français en faisant face aux contraintes et aux défis du monde.
La gauche est en perte de vitesse avec moins de 30% d’intentions de vote ; elle est incapable aujourd’hui de gagner l’élec
-tion présidentielle. Car elle se trompe et ne sait plus répondre à l’ensemble d’une classe que j’appelle insécurisée, attachée viscéralement à la valeur travail, qui refuse les idées généreuses parce qu’elle ne porte plus de valeurs. Pire les gens du peuple ne comprennent pas qu’on leur parle de sobriété avec une écologie qui s’adresse d’abord à la classe urbaine sécuri-sée sans se rendre compte que la majorité de nos concitoyens subit déjà l’obligation d’être sobre par la montée des prix de l’énergie de l’alimentation obérant à chaque poussée inflationniste son « pouvoir vivre ».
C’est de cela que je veux parler et dont je parle dans mon livre.

Mes chers camarades vous êtes arrivés à l’heure du choix et j’ai au moins obtenu avec d’autres ce vote car il n’y aura pas
de débat. Il aurait été pourtant nécessaire pour clarifier ensemble notre projet. J’en appelle à votre sens du jugement, à votre liberté de choisir en conscience ce que vous voulez pour notre parti certes, mais surtout ce que nous devons apporter à la France, dans cette période tourmentée ou le socialisme français par son histoire est indispensable à la gauche en France et en Europe.
Je suis candidat socialiste pour porter en votre nom à tous le projet d’une France durable. »

Stéphane Le Foll

05/10/2021

Posté par Luc Fricot à 16:38 - Permalien [#]

08 octobre 2021

Paul Pasquali : «Le mérite appartient avant tout aux héritiers»

Le sociologue déconstruit le mythe d’une éducation républicaine égalitaire fondé sur la notion de mérite. Si les grandes écoles ont entrouvert leurs portes aux milieux populaires, elles ont su, dans le même temps, neutraliser toute réforme pour empêcher leur démocratisation.

par Simon Blin

Voilà une nouvelle pièce à conviction dans le grand procès de la méritocratie. Elle est l’œuvre de Paul Pasquali, sociologue au CNRS et auteur de Héritocratie (La Découverte), néologisme percutant qui, comme son nom l’indique, associe étroitement mérite scolaire et hérédité sociale. Non seulement la méritocratie n’atteint pas ses promesses mais elle contribuerait, selon l’auteur, à justifier l’entre-soi des filières prestigieuses, comme le pointe le sous-titre de l’ouvrage, Les élites, les grandes écoles et les mésaventures du mérite (1). La thèse n’est pas nouvelle ni proprement française – on pense aux récents travaux du philosophe américain Michael J. Sandel – mais elle offre une autre perception de l’élitisme républicain à la française et le récit qu’il produit de lui-même, dont la notion de «mérite» est la pierre angulaire. Avec son enquête, qui prend la forme d’une narration historique critique, le chercheur a voulu montrer les élites non pas comme elles souhaitent être perçues – soit «méritantes» – mais «telles qu’elles agissent» pour conforter leur rang. De la IIIe République à Parcoursup.

Pourquoi le mérite serait-il une idée biaisée ?

Les sociologues ont démontré depuis longtemps que le mérite est largement démenti par les statistiques. Aujourd’hui comme hier, l’origine sociale détermine largement les destins scolaires et, tout particulièrement, dans ces vitrines de la méritocratie républicaine qu’incarnent les grandes écoles. Les dernières études montrent que la légère hausse des taux de boursiers çà et là a avant tout bénéficié aux enfants de classes moyennes. Mais le mérite est aussi biaisé d’un point de vue historique, puisque la promotion d’une poignée de boursiers n’a jamais menacé les intérêts des élites en place. Bien au contraire.

C’est-à-dire ?

Le mérite est toujours un enjeu de luttes. Chaque groupe social, chaque individu en fait et en dit ce qu’il veut selon ses intérêts et sa position de classe. Après la Révolution française et jusqu’à la fin du XIXe siècle, le mérite a servi d’étendard à la bourgeoisie montante face à la noblesse et à tous les corps intermédiaires faisant obstacle à son émergence. Depuis la IIIe République, cette rhétorique légitimatrice s’est transformée en idéologie officielle de tous les régimes, hormis celui de Vichy. Mais cela n’a pas mis fin aux critiques, aux controverses, voire aux batailles politiques et juridiques sur ce que mériter veut dire. En prenant du recul avec l’actualité, je raconte dans mon livre plusieurs épisodes clés où, subitement, les élites ont perdu (provisoirement) le monopole de la définition du mérite légitime et, ce faisant, le «contrôle» de leur reproduction scolaire. En Mai 68, par exemple…

De quand datent les premières critiques de l’élitisme républicain ?

L’opposition nette entre mérite et héritage, défendue par les tenants de l’élitisme républicain, a été battue en brèche dès les années 1900 par le mouvement socialiste naissant et quelques radicaux lucides. Mais c’est sous le Front populaire et, plus encore, à la Libération que le mérite en sa forme traditionnelle a véritablement été remis en cause. Pour la Résistance, il fallait en finir avec les illusions du «Quand on veut, on peut !» et tourner la page d’une oligarchie discréditée par son attitude sous l’Occupation. Voilà pourquoi Marc Bloch et d’autres résistants appelaient à abolir les grandes écoles, incapables, selon eux, de distinguer une élite véritablement méritante. La création de l’ENA en 1945 vient de là, même si dès la fin des années 50, des chercheurs reconnus de l’Ined pointaient déjà les effets de «l’hérédité sociale» et des dysfonctionnements dans ce qu’ils appelaient alors l’«appareil élévateur» en évoquant le recrutement des énarques, mais aussi des polytechniciens, centraliens, normaliens et toutes les aristocraties scolaires. Les Héritiers de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron (1964) font aussi partie de cette prise de conscience d’un problème longtemps resté invisible et indicible, mais ne constituent en rien un point de départ.

Autrement dit, le mérite, ça s’hérite ?

Oui, et ce n’est pas nouveau. Sur le plan historique comme au plan statistique, le mérite appartient avant tout aux héritiers,qui ont beau jeu d’entonner à nouveau le refrain de l’égalité des chances depuis une quinzaine d’années. Remonter le cours de l’histoire permet donc de déconstruire le mythe d’un âge d’or méritocratique, que d’aucuns situent au temps des «hussards noirs de la République» ou des «Trente Glorieuses», mais aussi les évidences du présent. Même notables, quelques ascensions ne suffisent jamais à faire un «ascenseur social».

Le concept d’héritocratie sert à renverser la perspective : au lieu de regarder les élites comme elles se voient elles-mêmes ou aimeraient être perçues, j’ai voulu les montrer telles qu’elles sont et agissent dans l’histoire réelle. Ce n’est ni un hasard ni une fatalité si le pouvoir de l’héritage et celui des héritiers perdurent si fortement dans le temps. L’héritocratie, c’est cette capacité de résistance au changement des noblesses d’école, et, plus largement, ce pouvoir d’agir qui permet aux filières d’élite de défendre leurs intérêts, garantir leur autonomie et promouvoir leur modèle. Elles mobilisent sans cesse leurs ressources pour atténuer les secousses, ralentir ou contourner les réformes, en vue de tenir leur rang et d’entretenir leur légitimité.

Quelle place occupent les grandes écoles dans le grand récit méritocratique actuel ? Quelles sont leurs stratégies ?

Chaque grande école a sa stratégie. Mais toutes ont tendance à vouloir imposer leur tempo et à n’accepter que des réformes conformes à leurs intérêts particuliers. Par exemple, les «points de bonus» que les ENS veulent instaurer pour les boursiers candidats à leurs concours afin d’augmenter le nombre de boursiers admissibles n’ont aucune chance de dérégler vraiment les logiques reproductives. De même, les réformes des modalités du concours d’entrée à Sciences-Po au début des années 2010 visaient officiellement à réduire les inégalités entre bacheliers. Or, elles ont surtout permis d’augmenter la sélectivité scolaire et donc le prestige de l’établissement, qui a pu ainsi concurrencer les classes préparatoires en recrutant plus tôt des bacheliers en moyenne plus performants. La recherche de visibilité et la mise aux normes internationales en matière de diversité comptent aussi beaucoup dans ces stratégies, mais n’expliquent pas tout.

Vous invitez à rompre avec le mythe du boursier qui s’élève à la force du poignet. Quelle place occupe-t-il dans cette méritocratie républicaine ?

Le boursier y occupe une place centrale, car sa figure fait partie d’un imaginaire commun à la fois ancien et puissant. Elle permet aux grandes écoles notamment d’éviter de raisonner en termes de catégories socioprofessionnelles, car il est infiniment plus compliqué pour elles de recruter davantage d’enfants d’ouvriers, population fixe par définition, moins malléable et plus incertaine au niveau juridique que celle de boursiers. Dans les représentations spontanées, le boursier se confond désormais avec le stéréotype du banlieusard qui, à force de travail et d’abnégation, quitte sa cité déshéritée et accomplit une ascension qui l’amène à côtoyer des «initiés» davantage formatés. Le problème est que ce nouveau roman national individualise à outrance les expériences des intéressés en les réduisant à un surinvestissement individuel ou à des dons innés exceptionnels. Le boursier finit par servir de faire-valoir aux héritiers en faisant oublier que les boursiers aussi ont un héritage, mais que cet héritage n’a aucune valeur sur le marché scolaire. Et que dans les écoles d’élite, leur réussite ne les empêche pas de se retrouver minoritaires, sous tous rapports, face à des condisciples dont l’héritage, matériel ou immatériel, compte bel et bien.

Faut-il en finir avec le mérite ou bien tenter de le repenser ?

Si le mérite s’oppose au favoritisme, au clientélisme, aux préjugés de genre et de classe, alors, il faut le défendre. Mais le fait est qu’il sert aussi, voire surtout, à légitimer la reproduction sociale. C’est une révolution mentale qui s’impose : contre les définitions élitistes du mérite, qui assimilent les «méritants» aux «excellents», un mérite non élitiste est possible. Dans cette optique, serait méritant tout individu démontrant des compétences utiles au bien commun, mais aussi des qualités indispensables au bien-être collectif telles que l’humilité, l’altruisme, l’esprit critique ou le sens de l’intérêt général. C’est ce que proposait déjà en son temps Condorcet, dans son Premier mémoire sur l’instruction publique, lorsqu’il raillait «l’habitude de vouloir être le premier», «un ridicule ou un malheur à celui à qui on la fait contracter, et une véritable calamité pour ceux que le sort condamne à vivre auprès de lui». Venant d’un grand inspirateur du mérite républicain, cette remarque devrait être prise au sérieux.

Comment aller au-delà des demi-mesures en matière d’ouverture sociale ?

Si l’enseignement supérieur connaissait de profonds bouleversements, cela devrait se faire en faveur des universités, IUT et BTS, où se concentre la majorité de la population étudiante. Surtout, de tels bouleversements devraient procéder d’un débat véritablement démocratique, impliquant d’autres acteurs que les responsables politiques, les porte-parole des filières d’élite et les experts en politiques scolaires. Il n’est ni juste ni logique que la quasi-totalité du pays soit tenue à l’écart des négociations sur l’avenir des grandes écoles alors que celles-ci sont financées en majeure partie par les contribuables. Les syndicats de salariés et les associations de parents d’élèves devraient être consultés, tout comme les étudiants des universités ; ils ont beaucoup d’idées à apporter sur les critères et les contours du mérite. Un tel débat devrait déboucher sur une loi ou un référendum, portant notamment sur la question du dualisme entre facs et grandes écoles.

Selon vous, on ne peut pas défendre le mérite sans toucher «aux conditions sociales d’accumulation et de transmission des héritages de classes»

Dans l’immédiat, on pourrait conditionner le financement public des filières d’élite à leurs résultats en matière d’ouverture sociale. Je suggère aussi des réformes plus originales, comme la création d’une taxe sur les dons privés aux fondations des filières d’élite, comme l’a proposé Thomas Piketty dans Capital et Idéologie, ou la limitation de la part des diplômés des grandes écoles dans l’encadrement des partis et des entreprises. Ce serait déjà bien si le ou la prochain·e président·e n’appartenait pas à la noblesse scolaire. Cela n’empêche pas de songer à des mesures plus classiques, dans le secondaire, où se joue l’essentiel des orientations post-bac, et dans le supérieur, où l’échec en licence justifie un tour de vis sélectionniste avec Parcoursup. Cela suppose d’augmenter les impôts des ménages les plus riches. Car sans redistribution, l’égalité des chances n’est qu’un leurre.

(1) Selon l’Observatoire des inégalités, les catégories les moins favorisées sont très peu représentées dans les classes préparatoires avec 7 % d’enfants d’ouvriers et 11% d’enfants d’employés. A l’ENA, la part des enfants d’ouvriers était de 4 % en 2015 et celle des employés de 4,5 %.
Le précédent ouvrage de Paul Pasquali, Passer les frontières sociales. Comment les «filières d’élite» entrouvrent leurs portes vient également d’être republié à La Découverte dans la collection Poche, 2021.



Posté par Luc Fricot à 16:04 - Permalien [#]

07 octobre 2021

Anne Hidalgo : «La transition écologique ne se fera pas contre les plus fragiles»

Une semaine après la victoire de Yannick Jadot à la primaire des Verts, la maire de Paris, candidate bientôt officielle du Parti socialiste pour la présidentielle de 2022, tente d’occuper le terrain de la «sociale-écologie» et défend son action et ses ambitions en la matière.

par Lilian Alemagna et Aurore Coulaud

publié le 5 octobre 2021 à 18h31

En annonçant sa candidature à l’élection présidentielle le 12 septembre, Anne Hidalgo pensait prendre de l’avance sur les écologistes avant qu’ils ne désignent leur champion pour 2022. Sa campagne n’a pas décollé. La maire de Paris espère se relancer le 23 octobre à Lille lors d’une «grande convention pour une République sociale et écologique» et jure à Libération qu’elle ne lâchera pas. Dans son bureau de l’hôtel de ville, à la veille d’une conférence ce mercredi sur la préservation des forêts d’Afrique centrale et avant de s’envoler, dans moins d’un mois, pour la 26e conférence des Nations unies sur le climat (COP26) qui doit se tenir à Glasgow (Ecosse), du 31 octobre au 12 novembre, Hidalgo veut démontrer qu’elle est la plus «crédible» sur les questions écolos.

Depuis le 28 septembre, vous connaissez le nom du candidat écologiste, ce sera Yannick Jadot. Cela fait deux candidats sur le créneau de la «sociale-écologie», n’y en a-t-il pas un de trop ?

J’ai félicité Yannick Jadot de son élection après la primaire organisée par les Verts. De mon côté, je suis engagée dans un autre processus, celui d’une famille politique plus large que mon seul parti [le Parti socialiste la désignera officiellement le 14 octobre, ndlr], dans laquelle la question de l’écologie est déterminante et centrale – je vais d’ailleurs recevoir un prix des Nations unies sur le climat à l’occasion de la COP26 à Glasgow – mais qui porte en son cœur l’accompagnement des plus fragiles et la question républicaine.

Yannick Jadot a revendiqué dans le Journal du dimanche avoir «la cohérence sur l’écologie, la constance, la crédibilité». «Le rassemblement doit se faire derrière le combat écologique, donc derrière moi», a-t-il insisté. Que lui répondez-vous ?

Chacun défend ses idées, et c’est bien normal. Mais je considère qu’être une femme dans cette élection présidentielle, ce n’est pas rien. J’en ai assez d’entendre tous les jours que les femmes, y compris en politique, sont juste bonnes à passer les plats. Non, on ne passera pas les plats. Je suis candidate notamment pour offrir des solutions à ces mamans seules qui galèrent, pour enfin régler la question des violences faites aux femmes… Nous avons trop de fois laissé passer le train parce que des hommes nous ont expliqué qu’ils allaient porter nos sujets. Cette fois-ci, nous allons nous en occuper.

Vous irez donc jusqu’au bout de cette candidature ?

Bien sûr, évidemment.

Revenons à l’écologie. Pensez-vous être aussi crédible – et même plus – que Yannick Jadot ?

Je ne me compare pas à lui. Ce que je veux dire tout d’abord, c’est que nos concitoyens n’en peuvent plus de ces discours de haine, antirépublicains, qui, jusqu’à la nausée, viennent dicter le ton de cette campagne présidentielle. Je croise des Français avec l’envie de jeter leur télé tellement ils sont dégoûtés de ce qu’ils entendent. Je serai avec eux dans la résistance aux messages de haine et de division. Ensuite – et c’est sans doute une différence avec les Verts –, j’estime qu’on ne peut pas continuer à demander aux plus fragiles, aux plus modestes ou aux classes moyennes de payer le prix fort de la transition écologique. La transition écologique ne se fera pas contre ceux qui, aujourd’hui, ne parviennent plus à boucler leurs fins de mois, parce que les loyers, l’énergie et les carburants augmentent mais pas leurs salaires.

Comment ?

En baissant les taxes sur le prix des carburants. Certains vont m’expliquer que ce n’est pas écologique. Au contraire : on a besoin de raccrocher les catégories populaires à cette transition. Onze millions de personnes ont besoin de leur voiture tous les jours pour aller travailler. Il faut les accompagner pour tourner la page des véhicules thermiques à partir de 2030.

Fini la taxe carbone alors…

La taxe carbone sur les carburants est un non-sens. Puisque la sortie du véhicule thermique est déjà programmée par les constructeurs eux-mêmes, il serait absurde de continuer à asseoir la fiscalité française sur des produits amenés à disparaître ! C’est du bon sens.

On sent que vous voulez vous débarrasser de cette image de «bobo parisienne anti-bagnole» que la droite et les macronistes vous ont collée…

Il y a l’image… et la réalité. Je continue à prôner le fait qu’on peut se passer de la voiture individuelle. C’est plus facile pour des urbains, qui vivent dans des grandes villes comme Paris, avec des bons réseaux de transports en commun. En revanche, là où il n’y a pas de solution, on ne peut pas dire aux gens de ne pas prendre leur voiture. Il faut aider nos concitoyens, s’ils le peuvent, à aller vers les transports en commun. Cela signifie avoir un plan pour le ferroviaire et rouvrir des petites lignes. Cela veut dire investir avec les régions et les départements dans des équipements propres. Cela veut dire, enfin, accompagner massivement les Français dans l’achat de véhicules non polluants.

Etes-vous une écologiste de toujours ou une convertie ?

Je viens du féminisme. J’ai toujours été convaincue que la position des femmes permettrait de faire évoluer la société tout entière. J’ai aussi acquis très tôt, dans les années 70, une conscience écologiste, avec des combats comme celui du Larzac. Des figures de l’écologie politique comme celles de René Dumont, ou d’autres personnalités venant de la deuxième gauche – Huguette Bouchardeau par exemple –, m’ont énormément marquée. Comme beaucoup, je suis rentrée dans ces sujets-là par les questions d’aide au développement et j’ai été très inspirée par les utopies sociales et naturalistes. Je me définis comme une sociale-démocrate, parce que c’est dans cette famille politique que l’on pense l’équilibre entre l’économique, l’environnement et le social, et que l’on s’intéresse à la méthode concrète pour arriver aux objectifs fixés par un idéal.

«A Paris, j’ai prouvé comme maire que je portais l’écologie et que le rassemblement derrière moi était efficace.»

—  Anne Hidalgo

Quelle serait votre première mesure écologique si vous arriviez, en avril, à l’Elysée ?

Il y a tellement à faire… Ces cinq dernières années, le président de la République a manqué de conviction…

Les écolos diraient la même chose du quinquennat précédent lorsque votre famille politique était au pouvoir…

Certes, mais à Paris, j’ai prouvé comme maire que je portais l’écologie et que le rassemblement derrière moi était efficace.

Et donc ? Votre première mesure écolo ?

Il faut mettre en place, sur cinq ans, une planification de la transition écologique. Que ce soit par exemple pour l’automobile, l’aéronautique, les énergies fossiles, l’agriculture, il faudra prévoir de décarboner avec des objectifs précis, mesurés. Nous devrons utiliser des incitations fiscales, décider d’investissements lourds, dire comment on accompagne les travailleurs de ces branches-là et comment on les forme pour qu’ils occupent, demain, de nouveaux emplois. Nous devons aussi, et c’est un impératif – on l’a vu avec la crise sanitaire –, relocaliser nos industries de santé, enjeu de souveraineté. Tout ce travail ne doit pas se faire «en chambre», à Bercy ou je ne sais où : l’Etat doit travailler en confiance avec les régions, les élus locaux, les partenaires sociaux, les associations, les ONG. C’est avec cette méthode que l’on réussira le prochain quinquennat.

Justement, quelles sont vos positions sur le nucléaire et les énergies renouvelables, notamment les éoliennes ?

Notre parc nucléaire est vieillissant, ce qui pose des questions en termes de production d’énergie mais aussi de sûreté nucléaire. Même si on fait de la sobriété énergétique, nous avons des besoins en énergie. Je ne suis pas pour la décroissance. Nous ne pourrons donc sortir du nucléaire que lorsque nous aurons réussi à compenser l’énergie des centrales. Cela ne pourra pas se faire en dix, quinze ou même vingt ans. Voilà pourquoi il faut organiser en urgence un débat public sur les éoliennes et les énergies renouvelables. Il faut discuter, non imposer.

Dans moins d’un mois, vous vous rendez à la COP26 où vous allez recevoir un prix. A l’approche de la présidentielle, est-ce une façon de prouver que vous avez une stature internationale ?

J’ai une action à l’international depuis longtemps. Dans le cadre de la COP21 à Paris, j’ai réuni ici, à l’hôtel de ville, mille maires du monde entier pour un sommet. Nous nous sommes engagés ensemble sur des objectifs chiffrés, précis, concrets et avons mis un pied dans les processus de négociation des COP. J’ai aussi présidé pendant trois ans le réseau des 100 plus grandes villes du monde engagées pour le climat. Ce qui m’a permis, là aussi, de porter cette question partout sur la planète. En 2017, j’ai été désignée «green diplomat of the year» par le magazine Foreign Policy. L’année dernière, j’ai eu l’honneur d’être la seule personnalité française à figurer dans le palmarès du Time Magazine des cent personnes au monde les plus engagées sur la question du climat.

Ça c’est pour votre CV à l’international… Mais vos opposants – et certains de vos alliés – à Paris disent que vous bétonnez plus que vous ne végétalisez Paris. Ils critiquent l’organisation des Jeux olympiques de 2024, la création du quartier Bercy-Charenton, la construction de la tour Triangle…

Les Jeux de 2024 seront les premiers totalement alignés sur les objectifs de l’accord de Paris. Oui, je revendique de m’être battue pour les avoir et j’en ai fait, avec les associations environnementales, un événement au service de la transition écologique. Après, le débat politique, vous savez… Les Parisiens m’ont largement réélue l’an dernier, ils ont considéré que j’étais la maire écolo qu’il leur fallait.

Libération a révélé en novembre que Lafarge déversait, depuis des années, ses eaux usées dans la Seine en toute impunité et que certains de ses sites ne sont pas aux normes. Que comptez-vous faire ?

Ces gens-là mentent, ils ont essayé de trafiquer la vérité. C’est indigne. Ils en répondront devant les tribunaux. Nous ne voulons pas de nouvelles centrales à béton, seulement que les existantes se mettent aux normes. Cela ne sert à rien d’interdire les centrales à béton. Elles iront ailleurs. En revanche, nous sommes engagés dans une moindre utilisation du béton, désormais biosourcé. Le bois a également pris un essor considérable dans nos constructions. A travers le «plan climat» de Paris, voté à l’unanimité, nous travaillons avec Rouen et Le Havre pour bâtir des plateformes logistiques permettant de servir une industrie qui se doit d’être moins polluante.

Votre campagne a du mal à démarrer. Que répondez-vous aux personnes qui laissent entendre que vous pourriez ne pas aller au bout ?

J’ai déclaré ma candidature le 12 septembre à Rouen. C’était il n’y a même pas un mois… Je l’ai dit dans mon discours et je vous le répète : je veux être candidate pour offrir un avenir à nos enfants. Voilà pourquoi je vais faire de l’école une question centrale de cette campagne. Ce sujet rassemble les Français quand d’autres divisent. J’ai déjà posé la question du salaire des profs. Mais je vais aussi parler des sujets qui sont au centre des préoccupations des Français, des pédagogies, de l’organisation du temps des enfants et de leurs familles, du numérique. Je vais parler du travail, du respect des valeurs républicaines. Pour l’instant, je constitue mon équipe et je suis sur le terrain, pour écouter les Français. Certains critiquent cette méthode. Et alors quoi ? La politique, c’est s’afficher sur un ring et débattre avec Eric Zemmour ? Non. Je vais continuer à dire aux Français qu’on peut résister à ce diktat de l’immédiateté et de la haine. C’est la seule façon d’éviter la catastrophe.

Posté par Luc Fricot à 17:05 - Permalien [#]

06 octobre 2021

Nicolas Sarkozy condamné à un an de prison ferme dans l’affaire Bygmalion

L’ex-président ne pouvait pas ne pas savoir que sa campagne de 2012 avait doublé le plafond des dépenses autorisées. Il a été déclaré coupable par le tribunal correctionnel ce jeudi, avant de faire appel du jugement. Ses 13 coprévenus sont condamnés à des peines allant de deux à trois ans et demi pour complicité.

par Renaud Lecadre et Laurent Léger

«Je suis responsable politiquement, administrativement, mais pas pénalement», avait plaidé l’ex-président de la République à la barre du procès Bygmalion en juin. Le tribunal correctionnel lui a donné tort, ce jeudi, en le déclarant coupable de financement illégal de campagne électorale. Et surtout en le condamnant à un an de prison ferme, soit le maximum prévu par le code pénal, au-delà même des réquisitions du parquet (un an dont six mois ferme). Sa peine «sera aménagée sous le régime de la surveillance électronique à domicile», a annoncé la présidente du tribunal. Nicolas Sarkozy a réagi dans la soirée, jeudi, dénonçant sur les réseaux sociaux une «injustice». «Je demande simplement que le droit soit appliqué pour moi comme pour n’importe quel autre justiciable», or «celui-ci a été une nouvelle fois bafoué».

Les treize coprévenus de Nicolas Sarkozy, poursuivis pour faux, abus de confiance et/ou escroquerie, ont écopé de deux ans à trois ans et demi de prison, partiellement assortis de sursis. Un appel de la plupart des condamnés est plus que probable – l’ex-président l’a annoncé pour sa part dès ce jeudi –, l’occasion de refaire le match et surtout de revisiter ces peines. L’audience qui se déroulera devant la cour d’appel pourrait d’ailleurs permettre à certains d’en dévoiler davantage, notamment les cadres de l’UMP qui ont donné l’impression, en première instance, d’avoir organisé dans leur coin cette gigantesque usine à gaz ayant permis au candidat de faire financer la quasi-moitié de sa campagne présidentielle à l’aide de fausses factures réglées par le parti…

En mars, dans l’affaire dite «des écoutes», il était devenu le premier ancien président de la Ve République à être condamné à de la prison ferme – trois ans dont un ferme –, pour corruption et trafic d’influence. Il a aussi fait appel. Dans l’affaire Bygmalion, en attendant le futur procès et la décision de la cour, la cause est entendue : Sarkozy a dopé – et même surdopé – sa campagne de 2012, explosant le plafond des dépenses électorales fixé par la loi (42,7 millions d’euros au lieu des 22,5 millions autorisés). Une frénétique mais finalement vaine tentative de combler son retard dans les sondages sur François Hollande, multipliant les dispendieux meetings.

La lecture des attendus par la présidente du tribunal correctionnel, Caroline Viguier, donne le ton : le candidat à sa réélection en 2012 a «été prévenu» en cours de campagne par deux alertes de son commissaire aux comptes, les 27 mars et 6 avril, «prenant acte du dépassement du plafond des dépenses de campagne», mais aurait poursuivi sans en modifier la cadence – voire au contraire en accélérant.

Odeur de truffes

L’intéressé aura tenté en vain de camper le candidat détaché des contingences matérielles et financières, ne voulant ni ne pouvant imaginer une telle hyperinflation : «Que ma campagne 2012 ait coûté le double de celle de 2007, c’est invraisemblable. On aurait alors dit “Sarkozy est devenu fou, il offre du caviar au public de ses meetings !”» Des témoins se souviennent toutefois d’une odeur de truffes… Mais en tant que candidat, c’est bien à lui seul qu’il revenait de signer les comptes de campagne – parfaitement bidonnés – déposés au Conseil constitutionnel.

«J’ai signé les yeux fermés», a vaguement protesté à la barre l’ex-chef de l’Etat. Tout en séchant ostensiblement la plupart des cinq semaines d’audience, comme si l’affaire ne le concernait pas. Idem ce jeudi matin, au prononcé d’un jugement qui le visait pourtant au premier chef.

Le délit poursuivi était pourtant ténu, tenant à son seul paraphe, les juges d’instruction l’ayant renvoyé en correctionnelle en marchant sur des œufs : «L’enquête n’a pas établi qu’il avait ordonné les fraudes, ni qu’il y avait participé, ni même qu’il en avait été informé.» Mais le tribunal en a jugé autrement, relevant que le candidat Sarkozy aura «volontairement omis d’exercer un quelconque contrôle des comptes». En candidat pourtant averti, rompu aux joutes électorales, qui «connaissait le plafond et savait que l’enjeu était dans son dépassement» ou pas. «Son expérience de candidat et sa connaissance de la règle de droit lui avaient même permis de prévenir expressément son entourage». Sans compter que le président candidat avait été alerté du risque de dépassement ainsi que du «dépassement effectif du plafond légal», par deux notes rédigées par l’un de ses experts-comptables.

Le tribunal relève ainsi que le plafond des dépenses avait en réalité «été dépassé à compter de l’organisation du 18e meeting de campagne, soit celui du 31 mars 2012, à Paris, Porte de Versailles». Dès lors, note encore le tribunal, à compter de cette date, «chaque décision du candidat de procéder à un meeting supplémentaire, de même que la réalisation effective desdits meetings, qui engendraient autant de coûts supplémentaires, constituait autant d’actes matériels positifs de dépassement d’une infraction sans cesse renouvelée».

Pour les juges, il n’était pas nécessaire que Nicolas Sarkozy donne son accord «exprès et préalable» pour chaque dépense ou encore «que des factures ou un budget prévisionnel lui soient soumis, dans la mesure où les dépenses exposées avaient été décidées ou approuvées par lui et qu’il en avait manifestement tiré parti».

Le tribunal a estimé que, si les faits sont anciens, le préjudice est notamment constitué «par l’atteinte portée aux décisions des organes de contrôle, dont l’existence et le rôle sont prévus – pour la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques, par la loi – pour le Conseil constitutionnel, par la Constitution elle-même». Les délits jugés ont «porté atteinte au souci de transparence du législateur», se traduisant entre autres «par la publication du compte de campagne au Journal officiel».

Les membres de son équipe de campagne paient aussi la responsabilité pénale de ces comptes frelatés. Comme le préfet Guillaume Lambert, au titre de directeur de campagne, condamné à trois ans de prison dont la moitié ferme, pour escroquerie (auprès du Conseil constitutionnel et de la Commission des comptes de campagne, chargée de les valider). Mais aussi quatre anciens responsables de l’UMP pour avoir mis la main dans la tambouille des fausses factures – jusqu’aux plus grossières. Tout comme les quatre anciens dirigeants de Bygmalion, l’agence spécialisée dans l’événementiel ayant contribué à se faire rémunérer, non pas par le candidat, mais son parti politique, afin de contourner le plafond de dépenses.

«Deuxième escroquerie»

Nicolas Sarkozy échappe toutefois au pire. Car outre les 16,2 millions d’euros de fausses factures, imputées à l’UMP sous prétexte de conventions bidons ou surpayées, il existe une «deuxième escroquerie», tient à relever le jugement du tribunal : 3,5 autres millions tout simplement éludés de ses comptes de campagne – notamment des frais de déplacement des militants lors des meetings – pris en charge directement par le parti à la place du candidat.

Une «infraction seulement imputable à Nicolas Sarkozy», précisent les magistrats, lequel aurait alors pu se voir condamner à rembourser cette somme à l’Etat. Mais en dépit d’un appel du pied du tribunal en cours d’audience, via un avis à victime formellement envoyé à son agent judiciaire, ledit Etat n’a pas daigné se constituer partie civile à la barre en vue de les réclamer. L’ex-président peut dire merci à l’actuel.

Posté par Luc Fricot à 15:38 - Permalien [#]

05 octobre 2021

Pandora Papers : il n’y a pas de fatalité !

La nouvelle est un choc et pourtant on y est habitué. Les Pandora Papers ne sont qu’un scandale de plus dans la longue liste qui vient scander, comme une sarabande, le cours de nos vies : China Leaks (2014), Panama Papers (2016), Paradise Papers (2017), OpenLux (2021). Cette antienne est lassante, mais finalement « rien de nouveau sous le soleil capitaliste ». Ce qui est véritablement étonnant dans cette affaire, c’est qu’on s’en étonne encore. Pourquoi s’étonner d’un phénomène inscrit dans l’essence même du capitalisme financier transnational ? Accumuler de manière indue puis devoir cacher et dissimuler.

Les Pandora Papers agissent comme un choc et un révélateur. Un choc car c’est le plus gros scandale déterré depuis les Panama Papers : 12 millions de documents confidentiels, provenant de 14 cabinets spécialisés dans la création de comptes offshores dans les paradis fiscaux, épluchés par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) pendant près d’un an, dont la fraude est estimée à 11 300 milliards de dollars. Un révélateur car comme dans un dénouement théâtral, les masques tombent et dans la lumière crue des listes de chiffres, nous discernons les parjures et les hypocrites : Tony Blair, ancien premier ministre britannique, champion de la lutte contre la fraude fiscale depuis 1994 ; Andrej Babis, premier ministre tchèque, champion de la « révolution anticorruption » depuis 2011 ; John Dalli, ancien commissaire européen maltais. C’est plus de 330 personnalités politiques, médiatiques et sportives qui sont inquiétées.

Mais passés le choc et la révélation, reste l’étape de la fermeté et de la sanction. Les Tartuffe sont éventés. Que font les dirigeants pendant ce temps ?  L’Union européenne qui avait promis de lutter pied à pied contre l’évasion fiscale ne fait rien, ou plutôt elle préconise l’austérité budgétaire alors que les coffres des nantis débordent. Elle semble impuissante face à ce phénomène, résignée dans son fatalisme, et comme Jacques répète que « tout est écrit là-haut ». Là-haut ? Dans les livres sacrés du capitalisme ? Plutôt là-bas, dans ces îles et ces îlots aux noms enchanteurs pour l’oreille de Midas : Bermudes, Îles Vierges, Seychelles.

Les solutions existent !

Mais il n’y a pas de fatalité, les solutions sont là. Il existe une myriade de rapports parlementaires aussi bien au niveau français qu’au niveau européen, qui proposent des solutions techniques et politiques. En dehors de ces instances, de nombreuses organisations non gouvernementales dont OXFAM, spécialisée sur les questions d’inégalités et de fraudes fiscales, proposent elles aussi depuis de nombreuses années des solutions pour venir à bout de ce fléau. En 2019, à la suite des révélations sur un énième scandale financier, le « Mauritius Leaks », l’organisation publiait son plan pour « mettre fin à l’ère des paradis fiscaux et au nivellement par le bas en matière d’impôts sur les sociétés », organisé autour de cinq principaux points :

  • Établir une liste noire mondiale des paradis fiscaux, propre à chaque pays, qui devra se suivre de la mise en place de sanctions envers ces pays. Au niveau européen, une telle liste existe, et a d’ailleurs été mise à jour en 2021 . Or, aucun des plus gros paradis fiscaux, dont des pays européens comme le Luxembourg, les Pays-Bas, l’Irlande, la Suisse, ni même les Bermudes et les îles Caïmans, ne font partis de cette liste noire.
  • Lancer une réforme internationale pour taxer réellement les grandes fortunes
  • Mettre en place au niveau international un taux d’imposition mondial sur les sociétés : un impôt qui doit être appliqué pays par pays sans exception, avec un niveau qui ne doit pas être trop faible.
  • Mettre fin à l’opacité fiscale des entreprises, des personnes physiques, des sociétés offshores et des multinationales. Pour cela, l’idée est de mettre en place un registre public centralisé et en open data sur les véritables propriétaires des comptes bancaires, des trusts, des sociétés-écrans et des actifs.
  • Améliorer l’échange de renseignements en matière fiscale pour permettre aux autorités fiscales d’accéder aux informations dont elles ont besoin pour traquer les flux d’argent offshore.

À l’heure où les gouvernements européens martèlent les populations à coup de discours et de réformes d’austérité, car les poches de l’État seraient « vides », il devient urgent d’aller chercher l’argent là où il y en a : dans celles des grandes entreprises, des grandes puissances et des magnats de l’économie, qui se refusent de participer à l’effort collectif. Les solutions existent, et elles sont faciles à mettre en place, à condition que les politiques prennent leurs responsabilités et mettent fin à cette mascarade qui n’a que trop duré.

Emmanuel Maurel, animateur national de la GRS et député européen

Posté par Luc Fricot à 10:50 - Permalien [#]

30 septembre 2021

Plus d’un demi-million de personnes âgées en situation de mort sociale

 

+Dans son baromètre de l’isolement des plus de 60 ans, les Petits Frères des pauvres identifient notamment le Covid-19 comme facteur aggravant : 53% des personnes interrogées pointent la pandémie comme l’élément déclencheur de leur sentiment de solitude.

par Cassandre Leray

Un an et demi de pandémie, mais aussi de solitude. Pour de nombreuses personnes âgées, les confinements à répétition et la distanciation sociale provoquée par le Covid-19 ont été synonymes d’isolement. C’est ce que pointe, entre autres, le dernier baromètre sur la solitude et l’isolement des personnes âgées de plus de 60 ans en France. Réalisé par l’association les Petits Frères des pauvres, il met en lumière des chiffres alarmants. En 2021, un demi-million de plus de 60 ans sont en situation de mort sociale. Autrement dit sans ou quasiment sans contact avec un cercle de sociabilité.

En 2017, l’association avait déjà réalisé une première mesure de l’isolement. A l’époque, 300 000 personnes avaient été estimées en situation de mort sociale, et 900 000 étaient considérées comme isolées des cercles familiaux et amicaux. Dans les deux cas, les chiffres sont montés en flèche, passant respectivement à 530 000 et 2 millions cette nnée. Parmi les personnes âgées interrogées dans le cadre de l’enquête, 53% identifient la crise sanitaire comme l’élément déclencheur de leur sentiment de solitude. «On a protégé les personnes âgées en les isolant, pour les maintenir en vie. Mais ce qui me paraît important, c’est de les maintenir dans la vie», estime Yann Lasnier, délégué général des Petits Frères des pauvres.

Les «jeunes» âgés plus touchés

Maintenir «dans la vie». Avec des repas en famille, des promenades et des liens avec leurs amis. Comme tout le monde. Des choses qui se sont perdues durant la pandémie et qui, dans certaines familles, peinent à se remettre en place. La tranche d’âge la plus touchée par ce sentiment de solitude depuis le début de la crise se trouve être celle des 60-64 ans (65% se sentent seuls) et des 65-69 ans (60%). Ces «jeunes» aînés, ayant habituellement un quotidien plus occupé que les plus anciens, se sont retrouvés confrontés à une solitude qui ne les concernait pas avant. Comme le synthétise cette enquête, leur train de vie a été «brutalement bouleversé : déplacements limités, activités conviviales ou de loisirs à l’arrêt ou restreintes». Mais les plus âgés sont eux aussi touchés.

Pour Yann Lasnier, une chose est sûre, il est nécessaire de «tirer des enseignements de cette pandémie». Après avoir enchaîné les confinements, les conséquences néfastes sur la santé mentale de l’ensemble de la population ont été largement pointées du doigt. Les plus âgés, déjà confrontés à un isolement fort avant la crise sanitaire, ont vu leur situation empirer. Notamment dans les Ehpad, où les visites ont longtemps été interdites pour faire face à la pandémie. Les personnes âgées vivant à domicile ont aussi souffert de l’isolement.

Le délégué général de l’association le souligne, il est «impossible de dire après coup ce qu’il aurait fallu faire ou non, cette crise nous a tous surpris». Mais il est essentiel de «préserver la vie sociale de nos aînés si, à l’avenir, nous nous retrouvons à nouveau face à une situation comme celle que l’on a connue avec le Covid», estime-t-il. «Cette pandémie nous a fait comprendre à tous l’utilité inaliénable des liens sociaux.»

Perte d’autonomie accélérée

Cet isolement social est d’autant plus inquiétant qu’il a des conséquences concrètes sur la santé des aînés. Chez les personnes âgées, le «glissement» vers la perte d’autonomie est quelque chose de très fréquent, et «accéléré par la solitude», comme le souligne Yann Lasnier : «A force d’être isolés, les gens perdent des compétences : tenir des discussions, se projeter dans le temps, faire à manger, marcher… Tous ces actes très communs peuvent devenir difficiles à faire.»

Face à cette augmentation de l’isolement et ses conséquences, l’association tire la sonnette d’alarme. La situation devrait a priori s’accentuer au fil des années, notamment à cause du vieillissement démographique, les personnes nées au moment du baby-boom entrant aujourd’hui dans le grand âge. Réflexion sur les politiques de logements, sensibilisation des jeunes générations, lutte contre les discriminations liées à la vieillesse… Autant d’idées que Yann Lasnier évoque pêle-mêle. Tout en croisant les doigts pour qu’enfin la question de la vieillesse et la loi grand âge soit au programme du prochain quinquennat, après avoir été évincée ces dernières années.

Posté par Luc Fricot à 11:47 - Permalien [#]