La Rose dans la vallée

13 novembre 2019

#ReferendumADP, opération militante « Tous sur le pont » les 16 et 17 novembre

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31 octobre 2019

Mickaël Labbé : «L’essor des zones privatisées engendre une architecture du mépris»

  • Sur le site de la future station de métro Porte de Thiais, à Chevilly-Larue, en 2013. (Photo Pierre-Olivier Deschamps. Agence VU)

Obsédée par son image et les logiques marchandes, la ville est devenue hostile à ses habitants, estime le philosophe, spécialiste d’architecture. Dans son essai «Reprendre place», il plaide pour un véritable droit à la ville, celui de participer à la production de son propre cadre de vie.

Occupations des places, des ronds-points, ou des zones à défendre (ZAD), les aspirations démocratiques s’expriment souvent hors des zones habitées. Pourtant, pour Mickaël Labbé, philosophe, spécialiste d’architecture, ce sont les lieux du quotidien que nous devons nous réapproprier. Dans son premier essai, Reprendre place. Contre l’architecture du mépris (Payot), il souligne les mécanismes par lesquels l’urbain est devenu hostile et réaffirme un droit à la ville.

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En quoi la ville nous méprise-t-elle ?

La ville néolibérale a oublié de servir ses habitants. Elle est obsédée par son image, et les logiques marchandes y sont décuplées. L’espace urbain est devenu un produit qu’il s’agit de valoriser et d’exploiter, les «indésirables» - les jeunes, les SDF, les migrants - n’y ont pas droit de cité. On utilise alors les formes urbaines et l’architecture pour les faire partir : les grillages, les bancs ou les appuis ischiatiques se multiplient. Mais alors tout le monde en pâtit, pas seulement les personnes visées, et la ville devient moins vivable pour les femmes enceintes, les enfants, les personnes handicapées ou en surpoids… Une ville accueillante, au contraire, aurait des égards pour nous, elle nous donnerait la possibilité de nous reposer après une journée harassante. Cette architecture du mépris agit sur nous tous de manière inconsciente : les formes urbaines ouvertement hostiles à l’égard de certains véhiculent un modèle spatial dans lequel les rapports humains sont avant tout des rapports de défiance. Les gens sont hostiles au SDF car dans la forme même de leur ville cette hostilité est matérialisée et en quelque sorte légitimée.

Vous appliquez à la ville le concept de «reconnaissance» du philosophe Axel Honneth. Que serait une architecture reconnaissante ?

Pour Axel Honneth, la reconnaissance est le «cœur du social», c’est-à-dire que l’être humain, en tant qu’individu social, a besoin de reconnaissance pour constituer sa propre identité. Honneth évoque la matérialité de la reconnaissance, et cette piste m’a semblé stimulante pour penser notre rapport à la ville. La non-reconnaissance, ou le mépris, n’est pas comparable à une inégalité économique, ou à une injustice, au sens où l’un de vos droits serait bafoué. C’est quelque chose qui vous atteint dans la formation la plus intime de votre identité. Il n’y a pas de loi injuste, pas de policier qui viendrait vous expulser manu militari. Il n’y a qu’un banc et pourtant il y a une injustice, un message d’indésirabilité. L’architecture défensive incarne au plus haut point la figure d’un espace de non-reconnaissance. Le concept aide à penser ce type de négativité qui resterait sans cela invisible ou non explicite.

Une autre pathologie touche la ville : la privatisation des espaces, comme dans le cas de la gare du Nord.

Dans l’actualité récente, les questions de la privatisation et des partenariats public-privé ont pris une forme criante avec les projets de réaménagement de la gare du Nord ou Europacity [un géant projet d’urbanisme commercial dans le Val-d’Oise, ndlr]. Les deux projets sont très différents, les contestations sont venues de fronts divers, mais ils ont le même promoteur. Avec Europacity, celui-ci ne propose plus des zones commerciales mais des «lieux de vie», il promet une expérience partagée géniale fondée sur rien d’autre que sur le rapport marchand. On est là dans une architecture du spectacle et de la frime, un projet mutilant pour le visiteur, réduit à son identité de bobo, un cliché de consommateur urbain à qui on propose une expérience zen. Plus globalement, le développement de zones privatisées au sein des villes institue une architecture du mépris, en criminalisant tout usager potentiel. Elles réduisent celui qui les fréquente à l’état de portefeuille bien rempli ou à un ensemble de comportements suspects indésirables. Face à cela, je crois que nos villes sont aussi devenues des «villes à défendre» et que nous devons exercer un droit à la ville défensif. Nos quartiers, nos lieux de travail, de loisirs, doivent résister face aux agressions des intérêts marchands de la promotion, d’une ville obsédée par le tourisme et la valorisation de son image.

La «tourismophobie», justement, se développe dans certaines villes comme Venise, exemple extrême de la cité qu’on n’habite plus…

Ce terme désigne les réactions d’hostilité à l’égard des touristes affluant en masse dans certains quartiers. Il n’y a pas de haine de l’autre ou du touriste à Venise ou à Barcelone. Vivant à Strasbourg, je sais que les touristes font partie de la ville et de son identité. Mais sentir que la ville n’est plus faite pour nous mais seulement pour ceux qui viennent consommer hostilise les rapports. Je défends l’idée simple qu’une ville est celle qu’on habite, et que sa fabrique doit servir la vie ordinaire de ses habitants.

Qu’entendez-vous par «droit à la ville» ?

Pour le philosophe Henri Lefebvre, qui a théorisé le droit à la ville, il s’agit d’une lutte contre la production de l’espace sous la forme d’une architecture fonctionnaliste étatisée, d’une marchandise à valoriser. Et cela désigne, dans un second temps, une aspiration pour partie utopique à changer la vie en changeant la ville. Lefebvre donne très peu d’exemples concrets de ce droit à la ville positif. Il pourrait prendre de multiples formes : faire une place à l’initiative habitante lors de projets d’aménagement et la prendre réellement en compte. Quand des initiatives viennent des habitants, un jardin partagé sur une friche, pourquoi en faire uniquement des lieux éphémères ou des instruments au service de l’image de la ville ?

De nombreux projets urbains se font déjà en consultation avec les citoyens…

Henri Lefebvre est très clair là-dessus. Quand on parle de «ville démocratique», on mobilise tout le vocable de la consultation, de la participation, la co-construction… qui sont très à la mode mais qui sont des manières idéologisées de signifier l’absence de participation réelle. Le droit à la ville, ce n’est pas simplement le droit d’être consulté sur des projets largement avalisés par ailleurs, c’est participer à la production de son propre cadre de vie.

Que serait une ville démocratique ? Et quel rôle pour l’architecture ?

C’est une ville où l’on prendrait en compte la part habitante, car les lieux sont aussi ce qu’on en fait par nos vies, par notre présence. Il ne s’agit pas de dire que dans une ville démocratique les habitants construiraient eux-mêmes, qu’ils décideraient de tous les projets et qu’il n’y aurait plus de savoir architectural à mettre en œuvre. Entre les habitants et les décideurs, il y a un échelon intermédiaire qui est essentiel, c’est celui de l’architecture, et le rôle des architectes au sein du corps social. Nous avons besoin d’architectes qui renouent avec la dimension politique et sociale de leur discipline. Sans doute sont-ils dépossédés de la possibilité d’exercer, notamment parce que l’inconscient sécuritaire est devenu la norme dans tout projet. Mais ils doivent prendre leur part dans la constitution d’un droit à la ville, en arrêtant de réduire le débat architectural à des questions techniques ou esthétiques. Les architectes doivent à nouveau rendre possible le lien entre le «nous» et le «où». Les habitants n’y arriveront pas seuls.

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27 octobre 2019

Si vous êtes si intelligent, pourquoi n'êtes-vous pas riche ?

Une nouvelle étude suggère que les personnes qui réussissent le mieux ne sont pas les plus talentueuses, mais les plus chanceuses
Le 22 octobre 2019 à 13:49, par Christian Olivier

La répartition des richesses suit un modèle bien connu, parfois appelé règle du 80:20 : 80 % de la richesse appartient à 20 % de la population. Un rapport publié l’an dernier illustre d’ailleurs bien ce phénomène qui semble toucher toutes les formes d’organisations sociales : il a établi que seulement huit hommes sur la planète disposaient d’une richesse totale équivalente à celle des 3,8 milliards de personnes les plus pauvres du monde. La répartition de la richesse en fonction des exigences de la loi du pouvoir est controversée en raison des questions qu’elle soulève au sujet de l’équité et du mérite. Pourquoi si peu de gens auraient-ils autant de richesses ?

Talent vs chance : le rôle du hasard dans le succès et l’échec

La réponse classique est que nous vivons dans une méritocratie où les gens sont récompensés pour leur talent, leur intelligence, leurs efforts, etc. Et avec le temps, beaucoup de gens ont commencé à penser que c’est ce mécanisme apparent d’attribution de la richesse qui est institué.

Cependant, il y a un problème avec cette conception : alors que la répartition des richesses suit une loi du pouvoir, la répartition des compétences humaines suit généralement une distribution normale symétrique par rapport à une valeur moyenne. Par exemple, l’intelligence (mesurée par les tests de QI) ou l’effort (mesuré en heures travaillées), suivent ce modèle. Le QI moyen est de 100, mais qui a déjà entendu parler d’une personne avec un QI de 1000 ? De la même manière, certaines personnes travaillent plus d’heures que la moyenne et d’autres moins, mais personne ne travaille un milliard de fois plus d’heures que les autres.

Et pourtant, dès lors qu’il s’agit de récompenser cet effort, vous vous rendrez compte que certaines personnes sont des milliards de fois plus riches que d’autres. Quels facteurs, au final, déterminent comment les individus deviennent riches ? Se pourrait-il que certains ces facteurs jouent un rôle plus important que ce à quoi on pourrait s’attendre ? Comment ces facteurs, quels qu’ils soient, peuvent être exploités pour rendre le monde meilleur et plus juste ?

Un nouveau modèle informatique de création de richesse montre que les personnes qui réussissent le mieux dans la vie ne sont pas les plus talentueuses, mais les plus chanceuses. Il a été mis au point par Alessandro Pluchino et quelques de ses collègues à l’université de Catane en Italie. Ces derniers l’ont présenté comme un modèle informatique du talent humain et de la façon dont les gens utilisent ce talent pour exploiter les opportunités de la vie. Il a notamment permis aux chercheurs d’étudier le rôle du hasard dans ce processus.

Comment fonctionne ce modèle informatique

Leurs simulations qui tentent de reproduire aussi fidèlement que possible la répartition de la richesse dans le monde réel montrent que les personnes les plus riches ne sont pas les plus talentueuses (bien qu’elles doivent avoir un certain niveau de talent) mais simplement les plus chanceuses. Leur travail pourrait avoir d’importantes répercussions sur la façon dont les sociétés optimisent le rendement de leurs investissements dans tous les domaines, des affaires à la science.

Le modèle de Pluchino se compose de N individus, chacun avec un certain niveau de talent (aptitude, compétence, intelligence, etc.). Ce talent se répartit normalement autour d’un certain niveau moyen, avec un certain écart-type. Certains individus sont donc plus talentueux que la moyenne et d’autres le sont moins, mais personne n’est plus talentueux que quiconque. On peut observer le même type de distribution pour diverses habiletés humaines ou des caractéristiques comme la taille ou le poids : certaines personnes sont plus grandes ou plus petites que la moyenne, mais personne n’a la taille d’une fourmi ou d’un gratte-ciel, car nous sommes tous assez semblables.

Le modèle informatique de Pluchino permet de suivre chaque individu tout au long de sa vie active de 40 ans. Pendant ce temps, les individus vivent des événements heureux qu’ils peuvent exploiter pour augmenter leur richesse s’ils sont suffisamment talentueux. Toutefois, ils traversent aussi des épisodes malheureux qui sont susceptibles de réduire leur richesse. Ces événements se produisent au hasard. À la fin des 40 ans, Pluchino et ses collaborateurs classent les individus en fonction de leur richesse et étudient les caractéristiques de ceux qui réussissent le mieux. Ils calculent également la répartition de la richesse. Ils répètent ensuite la simulation plusieurs fois pour vérifier la robustesse du résultat.

Les résultats de la recherche

Lorsque l’équipe classe les individus en fonction de leur richesse, la répartition est exactement la même que dans les sociétés du monde réel. « La règle “80-20” est respectée, puisque 80 % de la population ne possède que 20 % du capital total, tandis que les 20 % restants détiennent 80 % du même capital », rapportent les chercheurs. Ils ajoutent que « le succès maximum ne coïncide jamais avec le talent maximum, et vice-versa ». Dans ce cas, si ce n’est pas le talent, quel autre facteur est à l’origine de cette répartition asymétrique de la richesse ?

Les simulations des chercheurs ont clairement montré que le facteur décisif n’est que la chance, en classant les individus en fonction du nombre d’événements chanceux et malchanceux qu’ils ont vécus au cours de leurs 40 ans de carrière : « les personnes qui réussissent le mieux sont aussi celles qui ont le plus de chance » et « celles qui réussissent le moins sont aussi les plus malchanceuses ».

Quelles pourraient être les conséquences de cette étude pour la société ? Quels secteurs pourraient bénéficier des découvertes faites dans ce domaine ? Quelle stratégie faudrait-il mettre en place pour tirer pleinement parti du rôle que joue la chance dans le succès ?

Signalons au passage que le Conseil européen de la recherche a récemment injecté 1,7 million de dollars US dans un programme visant à étudier le rôle de la chance dans les découvertes scientifiques et à déterminer comment l’exploiter pour améliorer les maximiser le rendement des investissements.

Source : Étude (PDF)

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12 septembre 2019

Thomas Piketty : «Chaque société invente un récit idéologique pour justifier ses inégalités»

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«Dans une société où 50 % de la population n’hérite de rien, ou presque», Piketty prône un «héritage pour tous». Photo Rémy Artiges pour Libération

Héritage pour tous, forte imposition des plus hauts revenus et du patrimoine, cogestion en entreprise : dans son nouvel opus, «Capital et idéologie», qui sort ce jeudi, l’économiste français le plus connu à l’international depuis son «Capital au XXIe siècle» s’attaque au dogme de la propriété pour inverser la courbe explosive des inégalités. Renversant.

Comment écrire la suite d’un best-seller sur l’explosion des inégalités sociales vendu à 2,5 millions d’exemplaires dans le monde entier ? Après le succès du Capital au XXIe siècle (Le Seuil) paru en 2013 et des conférences données à travers la planète, Thomas Piketty est retourné dans son étroit bureau de l’Ecole d’économie de Paris pour écrire de mai 2018 à mai 2019, 1 200 pages sur la façon dont les idéologies justifient au fil de l’histoire ces inégalités.

Paris, le 11 septembre 2019
Thomas Piketty, rédacteur en chef du journal Libération.

Thomas Piketty est un homme de chiffres qui croit puissammentà l’impact des idées. Un économiste qui travaille à partir de l’histoire. Avec Capital et idéologie (Le Seuil) qui sort ce jeudi en librairie, il veut montrer que les régimes inégalitaires, tel celui dans lequel nous vivons, ne sont pas irréversibles, et que les inégalités sociales, loin d’être naturelles, sont construites au XXIe siècle par un «récit propriétariste, entrepreneurial et méritocratique». Pourquoi ne alors changer de récit, renverser ces valeurs ? C’est ce que propose l’économiste dans la dernière partie très programmatique de son ouvrage. Ne pas s’arrêter à Trump ou aux brexiters, ne pas se contenter de dénoncer les dérives populistes qui menaceraient la social-démocratie, mais reprendre la construction d’une société plus juste en sortant de la «sacralisation quasi religieuse de la propriété» qui anime nos sociétés. Il invite tous ceux qui le lisent à croire à nouveau à l’utopie socialiste. Plausible ? Optimisme chevillé au corps, lui y croit en livrant à la sagacité des citoyens la somme d’un travail colossal sur le fondement idéologique des inégalités.

Vous publiez un livre-enquête de 1 200 pages sur les inégalités sociales que vous résumez en une phrase (!) dans votre introduction : l’inégalité n’est pas économique ou technologique, elle est idéologique et politique. Qu’entendez-vous par là ?

J’essaie de montrer dans le livre que l’inégalité est toujours une construction politique et idéologique, et que les constructions du présent sont aussi fragiles que celles du passé. Nous vivons aujourd’hui avec l’idée selon laquelle les inégalités d’autrefois étaient despotiques, arbitraires et que nous serions dans un monde beaucoup plus mobile et démocratique, où celles-ci sont devenues justes et justifiées. Mais cette vision ne tient pas la route, elle est le fait d’élites qui affirment que les inégalités sont naturelles et ne peuvent pas être changées, sinon au prix d’immenses catastrophes. En réalité, chaque société humaine doit inventer un récit idéologique pour justifier ses inégalités, qui ne sont jamais naturelles. Ce discours, aujourd’hui, est propriétariste, entrepreneurial et méritocratique. L’inégalité moderne serait juste car chacun aurait en théorie les mêmes chances d’accéder au marché et à la propriété. Problème, il apparaît de plus en plus fragile, avec la montée des inégalités socio-économiques dans presque toutes les régions du monde depuis les années 80-90.

Une des pierres angulaires de ce récit hyperinégalitaire est la sacralisation de la propriété, selon vous…

On observe des formes de sacralisation de la propriété, qui rappellent parfois les inégalités très choquantes des siècles passés. Au XIXe par exemple, quand on abolit l’esclavage, on est persuadé, tel Tocqueville, qu’il faut indemniser les propriétaires, mais pas les esclaves qui ont travaillé pendant des siècles sans être payés ! L’argument est imparable : s’il n’y a pas de compensation, comment expliquer à une personne qu’elle doit rendre le patrimoine qu’elle avait acquis de manière légale à l’époque ? Que fait-on d’une personne qui a vendu ses esclaves il y a quelques années et qui possède maintenant des actifs immobiliers ou financiers ? Cette sacralisation quasi religieuse de la propriété, cette peur du vide dès lors qu’on commence à remettre en cause les principes de la propriété faisait qu’on était prêt à justifier n’importe quel droit de propriété issu du passé comme fondamentalement juste et impossible à remettre en cause. On la retrouve actuellement avec la question des supermilliardaires, quel que soit le nombre de zéros. Les fortunes individuelles pouvaient atteindre 10 milliards d’euros il y a quinze ans, désormais, c’est 100 milliards…

Nous sommes donc dans la sacralisation de la propriété…

Cette peur peut nous empêcher de résoudre des problèmes extrêmement graves, comme le réchauffement climatique, et plus largement d’avoir un système économique qui soit acceptable pour le plus grand nombre. Cette espèce de fixation, de sacralisation de la propriété comme indépassable, est un danger pour les sociétés humaines. En France comme au Royaume-Uni, dans les années 80, on a basculé directement d’un système qui misait sur les nationalisations et la propriété étatique comme unique mode de dépassement du capitalisme, à… rien du tout ! Cette bascule soudaine dans la libéralisation totale des flux de capitaux, couplée à la chute du mur de Berlin et la fin du communisme a enterré les tentatives pour repenser la propriété.

L’histoire des inégalités que vous retracez dans votre livre montre pourtant qu’à certaines périodes, on n’a pas hésité à remettre en cause les principes de la propriété…

L’histoire montre que les idéologies en place finissent toujours par être questionnées, remplacées. Dans le passé, on a su dépasser cette sacralisation. Après la Seconde Guerre mondiale, on a eu besoin d’investir dans les infrastructures. Des pays comme l’Allemagne et le Japon ont mis en place des systèmes d’impôt progressifs sur la propriété, favorisant la réduction de façon très rapide de l’endettement public et la répartition économique. Ces expériences réussies, qui permettent la croissance d’après-guerre, prouvent que c’est plus par l’égalité et l’investissement éducatif qu’on obtient la prospérité collective que dans la sacralisation de la propriété et de l’inégalité. Malheureusement, ces expériences ont été oubliées. Il n’y a pas de fatalité dans les régimes inégalitaires. Je veux croire qu’un dépassement de la propriété et du capitalisme est en cours depuis la fin du XIXe siècle. Il a connu des périodes d’accélération, de pause, voire de régression depuis les années 80-90. Mais on peut reprendre le fil de cette histoire. Rien n’est déterminé, chacun, aujourd’hui, peut s’approprier ces enjeux. Le dépassement de la propriété privée n’a rien d’utopique et s’inscrit dans la suite logique de la construction d’une société plus juste.

Paris, le 11 septembre 2019
Thomas Piketty, rédacteur en chef du journal Libération.

Mais l’idéologie propriétariste est très forte ! Qui va lâcher ses biens ? Personne, même le plus modeste des propriétaires !

Je défends l’idée qu’on peut dépasser la propriété privée en instaurant une autre forme de propriété, sociale et temporaire. Tout bien, entreprise ou immeuble réunit de nombreuses parties prenantes. Les salariés ou les occupants doivent participer à sa gestion autant que ses propriétaires. C’est d’ailleurs ce qui est fait depuis longtemps en Allemagne, où la moitié des voix dans les conseils d’administration vont aux représentants de salariés. Mais il faut aller plus loin en imaginant des systèmes de plafonnement des droits de vote des actionnaires individuels dans les grandes entreprises. Autant il est normal que la personne qui a apporté le capital d’une société de 10 salariés ait plus de pouvoir que l’employé recruté la veille et qui partira peut-être monter son propre projet dans quelque temps, autant pour une entreprise de plus de 100 salariés, on pourrait imaginer de plafonner à 10 % les droits de vote de tout actionnaire individuel. Cela obligerait à une plus grande délibération, une plus grande circulation du pouvoir, des idées.

Et ça, ce n’est pas de l’expropriation ?

La propriété est toujours sociale dans ses origines. C’est le droit des propriétaires et parfois des Constitutions qui l’a souvent sacralisée. Mais il n’y a pas de fatalité à cela. L’Allemagne, que ce soit dans la Constitution de Weimar en 1919 ou dans celle de 1949, a pris soin de définir la propriété de façon sociale : elle y est formulée comme devant d’abord être au service de l’intérêt général. On se laisse donc la possibilité, si nécessaire, de partager le pouvoir dans les entreprises, de mener des réformes agraires, de répartir les logements en fonction des besoins…

Mais comment empêcher que le capital reste toujours dans les mêmes mains ?

Il faut rendre la propriété temporaire : les mêmes personnes ne doivent pas concentrer le capital éternellement. Je propose qu’au-delà d’un certain seuil, chacun redonne à la collectivité une partie de ce qu’il détient. J’imagine un impôt très progressif sur la propriété : il serait très faible (mettons 0,1 %) pour les personnes qui possèdent 100 000 ou 200 000 euros (trois fois moins que l’actuelle taxe foncière), mais pourrait monter jusqu’à 90 % pour ceux ayant au-delà de 10 000 fois le patrimoine moyen, c’est-à-dire plus de 2 milliards d’euros. Dans un tel système, les milliardaires disparaîtraient, de fait. Mais la petite propriété privée, elle, aurait toute sa place, tout comme l’entreprenariat. Car l’idée qu’il est tout à fait naturel que les entrepreneurs soient milliardaires est un mythe absurde, sur lequel repose en partie notre culte de la propriété privée : en réalité, les entrepreneurs qui ont des idées ne gagnent bien souvent pas des fortunes, et le dynamisme économique se nourrit justement de ces petits succès, de ces petites entreprises. L’hyperconcentration du capital entre les mains de quelques personnes n’est pas un modèle efficace ni indépassable.

Prendre beaucoup aux plus riches, l’idée n’est pas nouvelle…

Le tout est de la réaliser avec méthode ! Cet impôt progressif, qui drainerait une recette de l’ordre de 5 % du PIB, bien plus élevée que la taxe foncière (2 %), permettrait le versement d’une dotation universelle : en France par exemple, tous les jeunes de 25 ans recevraient 120 000 euros, ce qui représente tout de même 60 % du patrimoine moyen par adulte. On permettrait là une vraie circulation de capital.

Paris, le 11 septembre 2019
Thomas Piketty, rédacteur en chef du journal Libération.

On abandonne l’idée de revenu universel ?

Non, on va au-delà. Le revenu universel, ou de base, est très utile, j’y suis favorable. Mais si on veut dépasser la question de la propriété et du capitalisme, il faut aller au-delà de la question du revenu. La propriété, c’est le pouvoir économique. C’est le fait de pouvoir participer à la gouvernance des entreprises, d’investir dans les médias pour certains, c’est le fait de ne pas passer sa vie à payer des loyers à des enfants de propriétaires parce qu’on est né enfant de locataires… Le revenu est important bien sûr, mais en rester à ce dernier serait une vision au rabais de la justice sociale. L’idée d’une dotation de capital se situe d’ailleurs dans une très longue histoire. Je n’invente rien, j’essaie de remettre des mouvements d’idées dans une perspective plus longue. Lors de la Révolution française, Thomas Paine proposait de verser les recettes d’un nouvel impôt sur les successions sous forme de dotations agraires à chacun. L’économiste anglais Anthony B. Atkinson avançait lui aussi, il y a quelques années, une dotation universelle à l’âge de 25 ans. Je propose quelque chose de plus ambitieux, alimenté à la fois par l’impôt sur les successions, par un impôt annuel sur la propriété, ce qui permettrait d’atteindre des niveaux bien plus importants. Concrètement, là où Atkinson évoquait une dotation de 10 000 euros par jeunes adultes, on irait avec ce système jusqu’à 120 000 euros. En fait, ce que je propose, c’est une forme d’«héritage pour tous».

Un «héritage pour tous», un peu démagogique, non ?

L’égalité face à l’héritage n’a rien de démagogique, pas plus que l’égalité éducative. Nous vivons dans une société où 50 % de la population n’hérite de rien, ou presque : la moitié la plus pauvre reçoit 5 000 ou 10 000 euros, et souvent très tard dans sa vie. C’est la grande limite de toutes les social-démocraties jusqu’à aujourd’hui : dans notre système, les 50 % les plus pauvres ne possèdent rien, et ce dans toutes les tranches d’âges, et depuis toujours. Jamais dans l’histoire les 50 % les plus défavorisés n’ont détenu plus de 10 % du capital. Je propose de socialiser l’héritage pour que tout le monde en bénéficie à 25 ans plutôt qu’à 50. Ce qui permet au passage de rajeunir le patrimoine, et donc le pouvoir qui va avec. Aujourd’hui, le patrimoine est très vieux et quand un gouvernement réduit l’ISF, il fait un cadeau fiscal aux septuagénaires aisés… C’est tout de même un choix politique étonnant. L’instauration d’une propriété sociale et temporaire permettrait de dépasser le système hyperpropriétariste actuel : il ne s’agit pas de supprimer toute forme de propriété - on ne touche pas à la petite propriété privée, il y aura même toujours des fortunes de quelques millions d’euros - mais de rester dans des formes de propriétés raisonnables, dans le respect de l’intérêt général.

Mais faire accepter ces réformes supposerait un nouveau récit, une transformation politico-idéologique d’ampleur !

C’est ce qui s’est toujours passé dans l’histoire ! D’ailleurs, ce nouveau récit existe déjà en partie, il n’est pas entièrement à inventer, c’est ce que je tente de montrer en m’appuyant sur des expériences qui ont eu lieu dans le passé et en les portant plus loin. Si on arrivait à tous se mettre d’accord sur ce que j’appelle le «socialisme participatif», ce serait une réelle avancée. Je vois plusieurs éléments qui vont dans cette direction, y compris en France : après tout, on a introduit en 2013 un siège pour les salariés dans les conseils d’administration ! Cela reste certes dérisoire quand on sait que l’Allemagne leur a donné 50 % des sièges il y a cinquante ans…

Pourquoi cette longue réticence dans notre pays ?

En partie parce que l’on prête trop peu d’intérêt à ces sujets. Dans les années 70, on parlait d’autogestion mais sans l’incarner dans des mesures, des projets précis. Finalement, quand la gauche est revenue au pouvoir, elle a opté pour une vieille solution : les nationalisations. Il n’y a pas eu de remise en cause radicale de la notion «une action = une voix». La relation entre pouvoir et propriété n’a pas vraiment été creusée. Il va pourtant falloir qu’on en parle si on veut dépasser la propriété privée et le capitalisme. Et proposer un nouvel horizon égalitaire à visée universelle, une idéologie de la propriété sociale, de l’éducation, du partage des savoirs… Ces nouveaux récits devront être plus convaincants que les précédents, car mieux ancrés dans les leçons de l’histoire.

Mais ça ne s’est jamais vu de remettre en question la propriété comme vous le suggérez…

Je ne suis pas d’accord. Au XXe siècle, de nombreux pays ont adopté des impôts progressifs dépassant 70 % des revenus ou des successions. Aux Etats-Unis, par exemple, les taux d’imposition sur les revenus des plus riches ont pu atteindre les 80 %, et même 90 %, sans que cela n’ait empêché un développement économique et social du pays. Il faut reprendre ce chemin dont une partie du monde s’est détournée au début des années 80, notamment au moment de la chute du communisme. On n’a pas su passer à l’étape suivante, avec les nouveaux défis de la tertiarisation éducative, par exemple. Une autre nouveauté est que, pour la première fois et depuis peu, nous avons dans des communautés politiques des groupes humains issus de traditions religieuses différentes qui se retrouvent sur la base d’un principe d’égalité à vivre ensemble. Et cela ne s’était jamais vu jusqu’aux années 60-70. Avant cela, les seules relations qui se faisaient avec le reste du monde étaient basées sur des relations coloniales. En Algérie, jusqu’aux années 50, c’est 90 % du budget de l’éducation qui profite aux seuls colons qui ne représentent que 10 % de la population. Et l’Algérie est alors l’un des pays les plus inégalitaires au monde, avec l’Afrique du Sud.

Paris, le 11 septembre 2019
Thomas Piketty, rédacteur en chef du journal Libération.

Face à ce nouveau monde post-communiste et hypercapitaliste, vous voyez aussi l’échec de la social-démocratie qui n’a pas su proposer un nouveau récit égalitaire…

Entre 1950 et 1980, on a cru sauver le projet social-démocrate parce qu’on avait limité les flux de capitaux et qu’on avait pu bâtir l’Etat social dans le cadre strict de l’Etat-nation. Mais à partir du moment où on s’est de nouveau mis dans les années 90 à libéraliser les flux de capitaux sans contrôle, sans savoir qui possède quoi, on s’est retrouvé dans une situation un peu similaire à celles des sociaux-démocrates de l’entre-deux-guerres : on n’avait plus les moyens de réguler le capitalisme-monde parce qu’on ne se les était pas donnés. Dans les Origines du totalitarisme, Hannah Arendt estime que la plus grande faiblesse des sociaux-démocrates allemands, français, britanniques de l’entre-deux-guerres, c’est d’avoir été des internationalistes de façade. Ils n’avaient pas compris que pour réguler l’économie de l’Etat-monde et le déchaînement du capitalisme mondial, les pays avaient besoin de formes politiques transnationales nouvelles. Ils n’avaient pas de vrai projet de dépassement de l’Etat-nation alors que face à eux, l’Union soviétique forgeait le projet d’un communisme mondial, ou du moins eurasiatique, l’idéologie nazie se proposait de dépasser les frontières de l’Allemagne, sans compter que les projets coloniaux ou néocoloniaux européens et états-uniens avaient eux aussi une dimension mondiale. Les sociaux-démocrates étaient les seuls à ne pas prendre au sérieux le fait qu’un capitalisme monde demande une politique monde. Ce reproche de Hannah Arendt aux sociaux-démocrates pourrait fonctionner en 2019. Défis posés par la remontée historique des inégalités, rejet de la mondialisation, repli identitaire… Le modèle social-démocrate actuel n’a pas su penser le dépassement de l’Etat-nation par des formes transnationales ; il n’a su concevoir le dépassement du régime de propriété, de la propriété privée et actionnariale - l’expérience communiste a gelé la réflexion sur ce point. Il s’est montré incapable de penser et organiser la redistribution et la progressivité fiscale à l’échelle transnationale.

Vous soutenez ainsi que nous sommes à nouveau dans un mythe égalitaire aujourd’hui, particulièrement en France…

C’est un discours convenu des élites. Au XIXe siècle, déjà, elles instrumentalisaient le mythe égalitaire de la Révolution. Or la France est le dernier pays en 1914 à adopter l’impôt progressif sur le revenu, déjà en place aux Etats-Unis, au Japon et dans de nombreux Etats européens. Contrairement aux promesses du discours méritocratique, notre système éducatif est profondément inégalitaire. On met trois fois plus de moyens sur les enfants qui font des grandes écoles ou des prépas que sur le reste des étudiants qui sont bien plus nombreux. A ce constat, on nous rétorque : mais ils ont été sélectionnés sur les règles de la méritocratie et non pas sur des privilèges de classes. C’est une réponse biaisée. Chaque pays s’invente des croyances dans sa propre exceptionnalité. La question de la méritocratie va prendre une dimension nouvelle avec la montée des effectifs dans l’enseignement supérieur car les gagnants du système éducatif ont développé une idéologie de leur propre mérite qui consiste à stigmatiser les perdants de ce système dans des proportions qu’on n’avait pas dans les régimes inégalitaires précédents. Finalement, on explique aux classes perdantes que ce sont elles qui sont responsables de leur situation.

Comme pendant les années 30, le capitalisme a bien failli s’effondrer en 2008. Or on ne peut pas dire qu’il ait été remis en question à la suite cette crise financière mondiale…

Sans doute parce qu’il n’y a pas eu le travail intellectuel permettant de se poser la question de la reconstruction du capitalisme. La crise a servi à parer au plus pressé. Peut-être étions-nous encore trop proches de la chute du communisme et de l’idée selon laquelle le capitalisme est un horizon indépassable. Je crois que la question d’un socialisme participatif et du social-fédéralisme se pose plus que jamais. D’autres trajectoires sont malheureusement possibles, à commencer par le repli identitaire, qui se nourrit du fatalisme face à toute perspective d’une économie juste. En être conscient, c’est justement une motivation de plus pour proposer de nouvelles formes d’organisations égalitaires et internationalistes. J’essaie d’y contribuer.

Sonya Faure Photos Rémy Artiges pour Libération , Cécile Daumas , Vittorio De Filippis

Thomas Piketty Capital et idéologie Seuil, 1 248 pp., 25 €.

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31 août 2019

#CamPuS19 – Le discours d’Olivier Faure

#CamPuS19 – Le discours d’Olivier Faure

 

(Seul le prononcé fait foi)

Monsieur le Maire, cher Jean-François,

Monsieur le Président de la FNESR, cher François,

Chers amis, mes chers camarades,

Quel immense plaisir de vous retrouver ici, à la Rochelle, après des années d’absence !

Cela faisait longtemps. Trop longtemps. C’est une joie, d’être parmi vous, être l’un d’entre vous, pris par cette atmosphère de travail commun. Merci d’être là ! Merci de votre fidélité, de votre amitié !

Merci particulier à celles et ceux qui ont permis ce rendez-vous, les permanents, bien sûr, merci à Maxime des Gayets qui a conçu l’événement en lien avec les secrétaires nationaux et sous la coordination de Corinne Narassiguin.

Merci aux bénévoles de Charente-Maritime qui ont sacrifié comme chaque fois une part de leurs vacances pour nous permettre d’être ici. Merci aux militants du service d’ordre,toujours là, dans une abnégation qui mérite notre plus totale gratitude.

Merci au formidable réseau des formateurs.

Merci, grand merci aux think tanks qui nous ont accompagné, à tous nos intervenants qui sont venus avec leur expertise, leur expérience, leur engagement, nous aider à défricher les débats d’aujourd’hui et de demain.

Merci à celles et ceux qui, membres de toutes les formations politiques de la gauche et de l’écologie, nous ont fait l’amitié de venir échanger avec nous.

Je veux à ce titre adresser un salut particulier à ceux avec qui nous cheminons depuis les élections européennes.

_____

Chers camarades,

« On a perdu le combat contre le changement climatique »… 

Je vous rassure, ce n’est pas moi qui parle. C’est Yann Arthus Bertrand.

Eh bien si nous sommes ici, c’est justement parce que nous pensons que l’effondrement n’est pas inéluctable. Nous refusons de céder à l’inacceptable. Nous refusons toute forme de fatalisme qui conduirait à la paralysie.

Je comprends la peur qui saisit Yann Arthus Bertrand quand il observe les flammes qui ravagent la forêt amazonienne, les glaces de l’Arctique qui fondent.

Je veux lui dire, comme aux écologistes, que la réponse à la bataille climatique, c’est la définition d’un nouveau modèle démocratique et social fondamentalement juste et impérativement durable.

Nous n’avons plus le temps de nous égarer dans des concepts et des batailles sémantiques.

Il faut répondre aux situations concrètes : 

Celle de l’agriculteur qui ne sait pas comment, tout à la fois, lutter contre la baisse de ses rendements liés à la sécheresse, et qui va devoir se passer de ses pesticides pour combattre les parasites qui menacent ses récoltes.

Celle de ce salarié des Fonderies du Poitou qui fabrique des carters pour moteurs Diesel qui subit un plan social du fait de l’affaissement de la demande.

C’est ce Gardois qui a perdu sa maison après une inondation.

Celle de cette petite fille asthmatique qui vit bloquée entre usines et périphérique dans un logement mal isolé et humide.

C’est ce Tchadien qui a fui la famine.

Ces situations concrètes, je pourrais les multiplier. Ce sont mes rencontres. Sans doute les vôtres aussi.

Qu’ont-elles de commun ?

Elles lient les questions sociales et écologiques.

Qu’ont-elles de commun ?

L’exploitation des hommes, comme de leurs ressources, pour gonfler les profits qui forment un tout cohérent.

Tout est lié !

Et ce serait une erreur tragique de traiter isolément ces questions ou de les opposer !

Ce n’est pas un hasard si c’est une première ministre social-démocrate, Gro Harlem Bruntland, qui fut la première à donner une définition du développement durable fondée sur trois piliers : économique, écologique et social.

Le combat pour le climat, contre les monopoles, contre les inégalités, contre la confiscation du pouvoir par quelques-uns ne s’opposent pas. Ils se rejoignent.

Les inégalités climatiques renforcent les inégalités sociales.

Les pays, les régions, les quartiers qui ont le plus à craindre du réchauffement climatique sont aussi les plus pauvres.

Les êtres humains les plus exposés à la malbouffe, aux périls sanitaires, à l’exposition aux matières dangereuses se recrutent d’abord dans les classes laborieuses.

C’est l’exploitation/prédation de nos milieux naturels qui conduit à de nouvelles inégalités, à de nouvelles souffrances, qui dégradent la vie des plus fragiles et les privent de leur dignité.

C’est le développement de géants industriels, plus puissants que les États, qui imposent aujourd’hui leur loi contre l’intérêt général et la préservation de nos biens communs.

C’est tout le sens de ce Campus « Pour un avenir écologique et social ». Deux termes côte à côte pour rappeler que l’écologie, pour être viable, doit être sociale, et que la société, pour être durable, doit être écologique. 

Nous devons faire entendre une autre voix.

L’enjeu, c’est de sortir du piège croissance/décroissance, c’est de défendre une alternative qui protège les biens communs inaliénables et redéfinir ce qui a du sens pour la qualité de la vie humaine.

Le chemin, il est là ! 

Il est difficile. Il va se heurter, il se heurte à des puissances financières, à des intérêts nationaux, à des habitudes, à des logiques égoïstes.

Ils sont prêts à tout, y compris nier la science, les évidences pour maintenir leur place, leur pouvoir et leurs profits. 

Le maintien de l’opinion mondiale dans l’ignorance des enjeux environnementaux est devenu un enjeu pour ces puissants qui ont, eux, bien anticipé que la question climatique, le respect de la biodiversité, sont devenus, à côté de la question sociale, un levier pour contester l’idéologie libre-échangiste. 

Et c’est bien là que se rejoignent les combats de la social-démocratie et de l’écologie politique ! 

Avec qui partager ces combats ?

Sont-ils l’exclusivité de la gauche ?

Que ce camp-là puisse s’élargir à d’autres, je n’en disconviens pas. Il y a une prise de conscience qui, de travaux du GIEC en débats sur le CETA ou le traité MERCOSUR, peut favoriser les prises de conscience ponctuelles et parfois même susciter des conversions.

Dans ces combats-là, personne ne sera jamais de trop.

Mais ne nous leurrons pas. Ce sont les paroles fortes de Nicolas Hulot lors de l’annonce de sa démission : « On s’évertue à entretenir un modèle économique, cause de tous ces désordres climatiques »Le libéralisme économique est toxique. Pour les hommes comme pour la planète.

Le « ni de gauche ni de droite » est une mascarade. Celle du renoncement à la transformation du système. Le refus de toute conflictualité pour échapper au débat contradictoire et abandonner à leur cours naturel les affaires du monde.

L’écologie n’échappe pas au clivage gauche-droite. Il y a une écologie progressiste qui a ancré ses combats dans l’histoire de la gauche, qui ont leurs pendants à droite et à l’extrême droite. Cette écologie-là revendique un retour à un ordre naturel. Une écologie conservatrice refusant la modernité. Une écologie réactionnaire voulant ramener la famille à sa vérité biologique. Une écologie du repli qui assimile les circuits courts à une nouvelle forme de fermeture des frontières. Une écologie qui préfère la nature aux hommes.

Ainsi la réaffirmation du clivage gauche-droite n’est pas un fétichisme hérité de la Révolution française, ou d’un sectarisme hors d’âge, mais l’expression du souffle de la démocratie. 

Depuis 1789, à la gauche du trône, siègent ceux qui continuent de combattre les privilèges, et veulent aujourd’hui refonder l’économie de marché en y intégrant l’impératif écologique, le bien-être humain, les droits des citoyens et des salariés… 

Voilà ce que nous devons partager. Pas de transformation sociale ni de nouvel ordre écologique sans maîtrise des forces du marché. Sans maîtrise collective des choix, le progrès technique est livré aux injustices du capitalisme et aux impasses du productivisme.

En ce moment même, la France reçoit un sommet du G7 convoqué autour du thème de la réduction des inégalités.

Sommet de l’hypocrisie lorsqu’on sait que, dans les pays les plus riches, le nombre de pauvres n’a cessé de croître

Sommet de l’hypocrisie si l’opposition au traité MERCOSUR n’était qu’une suspension.

Sommet de l’hypocrisie si l’opposition à ce traité de libre-échange n’avait pas pour effet d’interrompre les autres discussions, par exemple avec la Nouvelle-Zélande.

Sommet de l’hypocrisie parce qu’il a fallu que la forêt brûle comme jamais pour que la réaction vienne, alors que chacun sait ici que la déforestation est le fait de paysans, d’éleveurs qui cherchent de nouveaux terrains pour développer l’agriculture et l’élevage destinés à l’export.

Sommet de l’hypocrisie si la multiplication des feux n’avait pas pour effet d’exiger l’interdiction de toute production qui puisse déstabiliser l’équilibre de la forêt amazonienne,

Sommet de l’hypocrisie lorsque l’on affirme partager les valeurs démocratiques de tous les pays du G7 sans dénoncer les troubles démocratiques qui touchent les grandes puissances de ce monde comme c’est le cas à Hong Kong.

Sommet de l’hypocrisie quand le thème central d’un G7 est la réduction des inégalités alors qu’Emmanuel Macron ne cesse de les accroître dans son propre pays.

Il a augmenté les impôts du plus grand nombre et multiplié les cadeaux fiscaux aux plus riches : flat tax, exit tax, suppression de l’ISF, ce pognon de dingue… qui devait ruisseler…

Le résultat, chacun le connaît désormais :

La France des grands actionnaires bat un record d’Europe et du monde, celui des versements de dividendes !

Les grandes fortunes investissent 70 % de moins dans les PME.

Jamais les écarts de revenus n’ont été aussi importants.

Ça ne ruisselle pas, ça s’évapore !

Et remettons les pendules à l’heure, puisque les libéraux parlent de fiscalité confiscatoire, moi je vais vous dire ce qui est confiscatoire : cet argent que l’on ne prélève pas, on le confisque aux usagers des services d’urgence comme des EHPAD, aux plus fragiles, aux retraités, aux bénéficiaires des APL. On le confisque aux emplois aidés, aux associations, aux enseignants, aux policiers, au soutien de la filière agro-écologique, à l’enseignement supérieur, à la recherche, à la culture…

C’est une véritable razzia sur les services publics et les finances sociales.

Et l’on apprend maintenant que la réforme des retraites va être l’occasion d’un hold-up sur les régimes complémentaires !

Ce que nous devons mettre dans le débat, c’est une autre manière d’appréhender la répartition des richesses de notre planète, c’est une autre manière de considérer le rapport à notre environnement, c’est une autre manière d’impliquer les femmes et les hommes dans les décisions qui les concernent.

C’est la seule façon de lutter véritablement contre le réchauffement climatique, de lutter contre les inégalités, de redonner à chacun les moyens de maîtriser son destin. Tant que ces questions ne seront pas prises en charge, il y aura des paysans pauvres, des éleveurs pauvres pour soutenir dans leur folie des Bolsonaro ou des Trump.

J’ai évoqué l’urgence environnementale, j’ai évoqué le défi social, j’ai évoqué les risques pour la démocratie, j’ai évoqué la crise profonde des valeurs.

L’Union européenne doit retrouver l’élan de ce qui l’a fondée.

Cet été, 150 migrants ont encore trouvé la mort dans leur traversée vers l’espoir. Ces 150-là viennent s’ajouter aux milliers d’autres sans visage, sans identité, sans sépulture, qui ont payé de leur vie leur volonté de survivre.

Le feuilleton des ONG interdites de ports continue. Ce sont les sauveteurs que l’on criminalise, que l’on stigmatise, que l’on passe devant les tribunaux, en les assimilant aux passeurs.

J’ai honte quand je vois que nos États qui comptent 500 millions d’habitants se lancent dans des comptes d’apothicaire pour se répartir dizaine par dizaine les rescapés du See Watch ou de l’Open Arms.

Et nous pouvons être fiers que ce soit un Premier ministre socialiste qui, depuis l’Aquarius, ait chaque fois donné le signal de la solidarité !

La mer Méditerranée est le berceau d’une civilisation, n’en faisons pas un cimetière !

Là encore, l’hypocrisie a assez duré.

La mise en esclavage d’enfants, le viol de leurs mères, la torture de leurs pères, suscitent l’indignation de nos gouvernants.

Mais ce sont les mêmes qui confient la protection de nos frontières méditerranéennes aux garde-côtes libyens qui sont eux-mêmes les pourvoyeurs des esclavagistes.

Et c’est la France qui équipe en navires ces garde-côtes mais refuse l’entrée de ses ports !

Le gouvernement a programmé au Parlement un débat sur l’immigration. Tant mieux !

Ce sera l’occasion de rappeler que 120 000 demandeurs d’asile en 2018 en France, c’est 0,1 % de notre population.

L’occasion de rappeler que la France a accueilli au siècle dernier Italiens, Polonais Arméniens, Tchèques, Slovaques, Serbes, Roumains, Espagnols, Hongrois, Grecs, Algériens, Marocains, Tunisiens, Cambodgiens, Vietnamiens !

Et la France ne s’est pas effacée. Elle s’est renforcée.

Et quand je regarde cette salle, quand je vois vos visages, quand je connais vos noms, combien d’entre vous descendez de cette histoire ?

Et vous êtes là, comme je le suis, fiers de notre pays, prêts à le servir, à valoriser sa culture, son art de vivre, à faire prospérer ses entreprises, participer à l’innovation !

Tous les maires ne s’équivalent pas. Il y a ceux qui mettent à l’abri, sans le secours de l’État, les migrants à la rue. Il y a les présidents de département qui veillent sur les mineurs non accompagnés. Il y a les président.e.s de région qui proposent d’ouvrir leurs ports et ceux qui préfèrent oublier les règles du droit maritime.

Alors ma question est simple, comme on dit à l’Assemblée : « marcheurs, derrière qui marchez-vous ? »

Aux municipales prochaines, moi je sais derrière qui je serai.

Les municipales, c’est bien entendu un scrutin local. Mais local, cela ne veut pas dire dépolitisé.

Ce n’est pas la même chose d’accueillir les migrants ou de les rejeter

Ce n’est pas la même chose d’investir prioritairement dans les quartiers populaires ou de se consacrer principalement à une politique patrimoniale pour préserver le cœur de ville.

Ce n’est pas la même chose d’investir dans le logement pour tous, de développer les logements sociaux ou de favoriser des opérations immobilières et de piétiner les objectifs de la loi SRU.

Être maire, ce n’est pas gérer les affaires courantes, c’est assumer des choix politiques structurants.

  • Vous pensez que l’accès aux soins est une priorité ? Un maire peut ouvrir des maisons de santé ;
  • Vous pensez que la santé alimentaire de nos enfants est capitale ? Un maire peut créer une ferme urbaine et nourrir ses écoliers avec sa production ;
  • Vous pensez que les territoires à énergie positive sont la solution ? Un maire peut développer les éco-quartiers, les mobilités douces, rénover l’habitat pour diminuer leur empreinte énergétique ;
  • Vous pensez que la culture n’est pas seulement un supplément d’âme, mais le meilleur moyen pour que chaque être humain trouve les moyens de s’émanciper de sa condition d’origine, et s’ouvre au monde ? Un maire peut mettre en place les outils d’accès au savoir.

Tout ça, un maire peut le faire. Et c’est même déjà ce que font nos maires.

Le gouvernement appelle à une tarification sociale des cantines, nous le faisons déjà.

On nous appelle à des politiques écologiques dans les villes, ce sont les nôtres qui sont citées dans le monde entier pour leur exemplarité.

On dit parfois de nous que nous sommes un parti municipal. Nous sommes un parti qui sait depuis longtemps que changer la vie, c’est d’abord changer la ville. Nous sommes un parti qui a, depuis toujours, le goût de la proximité, de la vie quotidienne et de la participation citoyenne.

La Rochelle signe notre entrée en campagne. Sarah, André vous ont présenté la charte qui liera tous nos candidats et dont vous aurez à débattre dans les prochains jours.

La Rochelle est un point de départ.

Les travaux que nous avons entamés ne s’interrompront pas.

Au cours des six prochains mois, nous organiserons, sous la responsabilité de Boris Vallaud, trois grands forums qui recouperont les crises sociales, écologiques et démocratiques auxquelles nous avons à faire face.

Nous mettrons des propositions en débat. Avec le monde intellectuel, avec nos partenaires politiques, avec la société civile, qu’elle soit syndicale ou associative.

Je souhaite ces débats communs pour nourrir de nouveaux combats communs.

Il y a un an, ici même, devant nos élus de la FNESR, j’avais appelé à des combats communs. Ces combats communs sont progressivement devenus réalité. Le combat contre la privatisation d’ADP en est la plus emblématique illustration. Nos groupes parlementaires travaillent quotidiennement à des convergences sur tous les projets gouvernementaux. C’est le chemin.

C’est le seul. C’est le seul pour répondre à ces situations concrètes, à ces citoyens dont je vous parlais en introduisant mon propos. 

Ils ne partagent pas que des angoisses, ils partagent aussi le sentiment que plus aucun parti n’est capable d’y répondre. 

À qui confier son avenir ?

Avant-hier, les socialistes dominaient le camp progressiste. Hier les insoumis, aujourd’hui les écologistes, pensent avoir acquis le talisman d’une victoire sans partage. La vérité est plus cruelle pour chacun. Aucune offre,prise séparément, n’est aujourd’hui en mesure de s’imposer, aucune ambition n’est en mesure de plier toutes les autres.

Et ce n’est pas à un camp fragmenté « façon puzzle » que les Français confieront leur destin.

En revanche, chacune de nos formations détient une part de la solution.

Alors oui, je veux que nous ouvrions – avec d’autres, et d’abord avec les Français eux-mêmes – la redéfinition d’un camp capable de gouverner et de transformer la société dans laquelle nous vivons. 

Il y aura des débats, des frictions, des contradictions. C’est notre code génétique commun. Mais notre ADN, c’est d’abord la défense de la dignité humaine. L’émancipation individuelle et collective. Et cela suppose de la part de chacun d’entre nous une intégrité, une responsabilité, une honnêteté qui doivent épuiser les égoïsmes partisans pour trouver de nouvelles solutions.

Chacun a ses états de service. Et s’agissant des nôtres, nous n’avons pas à rougir.

Où sont-elles ces contrées merveilleuses où les gouvernants ont plus fait pour le modèle social, le développement des libertés publiques, l’approfondissement démocratique, la défense de l’environnement ? Quelle autre force que la nôtre a contraint le capitalisme à épargner dans la richesse produite une part destinée à la protection sociale, aux biens publics, à l’intérêt général ?

Cela ne nous exonère pas de ce que nous avons mal fait, ou pas fait, ou renoncé à faire. C’est pourquoi nous avons eu le courage de faire notre propre inventaire.

Mais maintenant, il faut avancer !

En creux, nous savons tous ce que nous devons éviter.

Le danger, c’est de laisser le débat politique monopolisé par un face à face entre libéralisme sans entraves et nationalisme sans complexes. 

Ils incarnent deux impasses dans lesquelles le monde peut basculer.

Les tenants de la globalisation ne nous ont pas ouvert au monde et à sa diversité, mais ont progressivement imposé une vision unique, exclusive. Ils ont dérégulé nos sociétés, fait sauter les protections, les attachements, les solidarités.

Le mépris affiché des premiers de la cordée mondiale pour les archaïques, les illettrés de la globalisation, les réfractaires, a renvoyé les perdants, les inquiets, les oubliés dans les bras des tenants du repli ethnique.

Les populistes sablent désormais le champagne de leurs victoires. En Pologne, en Hongrie, en Autriche, en Italie, au Brésil, en Grande-Bretagne et bien sûr aux États-Unis.

« Make America great again »… Oui, mais contre le reste du monde !

Une muraille pour les migrants. Le retrait du traité de désarmement sur les missiles à portée intermédiaire. Un bras d’honneur aux accords de Paris de 2015.

Le président de ce pays pourtant constitué de descendants de migrants, qui n’a cessé de chercher à imposer sa vision du monde, signifie, décision après décision, j’allais dire tweet après tweet, qu’il ne s’imagine pas d’avenir commun avec le reste de la planète !

Chacun comprend le piège ouvert sous nos pas. Celui de ces deux camps alternatifs qui se nourrissent l’un de l’autre :

Le camp de l’argent joue sur la terreur du camp de la peur, et le camp de la peur joue sur le mépris du camp de l’argent. 

La crise politique que nous connaissons est en grande partie liée à ce sentiment qu’aucune offre ne porte aujourd’hui de solution alternative à ces deux faces d’une même médaille. 

C’est pourquoi nous devons être unitaires pour deux, pour trois, pour tous. Parce que la division conduit irrémédiablement à l’échec.

Parce que la division, en 2002 comme en 2017, a produit les mêmes conséquences : l’absence d’un candidat de gauche au second tour de l’élection présidentielle.

J’entends parfois dans nos rangs évoquer un risque d’effacement. Mais l’effacement, il a eu lieu. Et c’est pourquoi nous portons le projet de notre renaissance.

L’effacement, ce n’est pas seulement le nôtre qui est en jeu. L’effacement, c’est celui de toute la gauche et l’écologie.

Le risque, c’est celui de notre impuissance collective à changer le monde. Le risque, c’est celui d’une forme de normalisation à l’américaine qui verrait alterner au pouvoir des libéraux avec des populistes. Et il en serait terminé de l’exception européenne. De ce modèle que nous avons, nous socialistes, sociaux-démocrates, travaillistes, porté pendant plus d’un demi-siècle.

De quoi avons nous peur ? Notre histoire à l’aube du XXe siècle est née au congrès du Globe.

Elle fut celle de la rencontre de courants du monde ouvrier qui s’étaient opposés avant de se réunir. Et c’est eux qui ont creusé ce sillon qui a permis durant un siècle de changer la vie.

Quelle que soit la forme de ce futur rassemblement, le chemin il est là.

Soyez fier de ce que nous sommes et ouverts à ce que portent les autres.

Ni effacement ni isolement, ouvrez la voie du rassemblement !

Et que chacun se le dise, le temps de la morosité n’est plus de saison.

Dès aujourd’hui, avec nos maires, nos adjoints, nos conseillers municipaux, nous repartons au combat !

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30 août 2019

Moins de 0,1 % des entreprises devront rendre leur site internet accessible

De nombreux sites internet risquent de rester inaccessibles aux personnes handicapées.

L’obligation de rendre accessibles sites internet et applications ne concerne pas les entreprises réalisant moins de 250 millions de chiffre d’affaires.

La barre est haute. Trop haute. Seules les entreprises réalisant, en France, plus de 250 millions de chiffre d’affaires par an sont désormais tenues de rendre accessibles aux personnes handicapées leurs sites internet, applications mobiles et autres services de communication au public en ligne. Autrement dit, 99,9 % des sociétés ne seront pas obligées de respecter le référentiel d’accessibilité qui sera défini par les ministres chargé des personnes handicapées et du numérique.

Une mesure de la loi pour une République numérique

La mesure, sans seuil chiffré déterminé, figurait dans la loi pour une République numérique adoptée par le Parlement en octobre 2016. Ce montant « pourrait être (…) de 150 millions d’euros de chiffre d’affaires », avait alors proposé le député Luc Belot, le rapporteur pour l’Assemblée nationale, lors des débats de la Commission mixte paritaire. Il estimait que 250 entreprises aurait été concernées. Le gouvernement a décidé d’être plus restrictif encore.

Trois ans d’attente

Il aura fallu attendre presque trois ans pour que le décret d’application paraisse au journal officiel, le 25 juillet… Ce texte précise également le délai imparti aux rares entreprises concernées pour se mettre aux normes. Elles ont jusqu’en octobre 2020 pour les sites internet. Et juillet 2021 pour les applications mobiles, les progiciels et le mobilier urbain numérique.

Lire aussi

Une amende de 20 000 € pour les contrevenants

Et si elles ne tiennent pas l’échéancier ? Elles s’exposent à une amende de 20 000 €. « Le montant maximum de la sanction apparaît bien dérisoire au regard de la taille des entités concernées », estime le Conseil national du numérique.

Aucune obligation pour les contenus vidéos 

Ce dernier regrette également que le décret exclut de l’obligation de mise en accessibilité les contenus vidéo et audiovisuels. « Une décision qui ne manque pas d’interroger, à l’heure où ces contenus sont de plus en plus présents, y compris sur les services en ligne de l’État. »

« Ce nouveau décret ne va faire qu’amplifier la fracture numérique », déplore Nicolas Mérille, conseiller national accessibilité d’APF France handicap. La République numérique ne garantit pas les mêmes droits à tous les citoyens.

Tous les sites publics devront être accessibles… sauf dérogation

Le décret concerne également les sites et applications des organismes publics. L’État bien sûr, mais aussi les mairies, les départements ou bien encore les délégataires d’une mission de service public (ex. : une entreprise assurant la restauration collective dans les écoles). Et pour eux, pas de seuil de taille ou de chiffre d’affaires…

En revanche, le texte ouvre une possibilité de dérogation si la mise en accessibilité « entraîne une charge disproportionnée ». Au vu de ses moyens financiers, notamment. 

Les organismes publics disposent d’un an pour mettre leur site aux normes et de deux ans pour les tablettes.

Posté par PS95600 à 12:18 - Permalien [#]

15 juillet 2019

50e anniversaire du Parti socialiste, rémission ou révolution ?

Il y a tout juste cinquante ans, du 11 au 13 juillet 1969 se tenait à Issy-les-Moulineaux, le Congrès qui vit naître le Parti Socialiste.
Il fut porté sur les fonts baptismaux de la vieille SFIO (de 1905 à mai 1969), puis du Nouveau Parti Socialiste (de mai à juillet 1969) auquel se sont agrégés des clubs de réflexions, des organisations politiques et des personnalités. Ce mouvement de rassemblement allait se poursuivre.
Chacun connaît la suite de l’histoire, avec l’arrivée de François Mitterrand lors du Congrès d’Epinay-sur-Seine et la conquête du pouvoir ; épaulé en cela par Pierre Mauroy dans le rôle de grand architecte.
« L’Histoire est tragique »prophétisait Raymond Aron. Aussi, il est important de garder cette idée à l’esprit pour construire une nouvelle histoire, en résonnance avec le monde tel qu’il est et non plus comme nous le connaissions.
Cet anniversaire arrive à un moment où ma famille politique connaît de fortes similitudes avec son état en 1969 : lourde défaite à l’élection présidentielle, recomposition du paysage politique, forte compétition à gauche, nécessité de repenser le logiciel socialiste, absence de leadership naturel, et débat sur le « Que faire ? »[1].
En 1969, les socialistes ne répondaient pas aux aspirations post soixante-huitardes de la société et des individus. Aujourd’hui, et depuis de trop nombreuses années, la social-démocratie est à bout de souffle. Elle est « victime de son succès » puisque ses ambitions sont soit devenues réalité, soit approuvées par le plus grand nombre.
Nous devons proposer aux Français une nouvelle offre politique. Nous devons construire le nouvel âge de la social-démocratie. Nous devons entendre cette volonté d’invidualisation des parcours de vie où le collectif assurerait sa protection et de son innovation, grâce à l’État et aux collectivités.
Nous avons l’obligation de répondre aux nouveaux défis : démocratiques et territoriaux ; droits fondamentaux pour chacun afin de combattre les inégalités ; mutation énergétique et écologique ; ainsi qu’inventer les nouveaux outils pour « faire société »dans une France fracturée et une Europe menacée.
Face à une longue mutation silencieuse et peu visible – moins avec la crise des gilets jaunes - de notre société, le Parti Socialiste qui n’a pas su répondre efficacement au capitalisme financier doit d’ores et déjà trouver les outils de régulation face au capitalisme numérique qui, déjà, bouscule toute notre société et nos vies.
La famille socialiste doit être à nouveau être identifiée comme celle portant l’espoir et l’espérance des classes populaires et moyennes. Cela doit être notre fil rouge. Les études sur le vote des ouvriers, salariés, chômeurs, travailleurs « uberisés » ou précaires, fonctionnaires, cadres et de la jeunesse est une claque pour nous et doit nous faire changer de paradigme.
Socialistes, nous devons porter « la politique du frigo » pour assurer à chacun de pouvoir vivre de son travail. C’est aujourd’hui un privilège, cela doit redevenir un droit, voilà pourquoi les mots travail et salaire doivent retrouver une juste place dans notre logiciel.
Combattre le capitalisme, c’est combattre le modèle de production qui engendre les inégalités. À cette question sociale prioritaire doit s’ajouter notre vision d’une société de liberté et d’écologie.
Face aux crises internationales, le socialisme apporte une réponse : l’internationalisme. L’émergence d’une gauche américaine avec Alexandra Ocasio-Cortez et Bernie Sanders, ou encore les victoires des sociaux-démocrates en Europe, dans le sillage de Pedro Sanchez en Espagne ou d’AntónioCosta au Portugal, doivent nous conduire à repenser et reconstruire une nouvelle Internationale, sans oublier d’y associer les pays du Sud.
Enfin, la social-démocratie doit renouer avec la promesse républicaine autour des piliers que sont l’école et la laïcité. Le premier pour construire des esprits émancipés et le second comme pierre angulaire d’une société assurant la supériorité des lois de la République.
En 1969 à Issy-les-Moulineaux, le débat portait sur la primauté de la refondation idéologique des socialistes ou des alliances. En 2019, nous devons d’abord et avant tout engager une nouvelle révolution idéologique associant les socialistes « dans et hors les murs ».

[1]« Que faire ? » - livre de Lénine

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24 juin 2019

338 825 soutiens au référendum contre la privatisation d’Aéroports de Paris

Dix jours après l’ouverture du site recueillant les soutiens au référendum d’initiative partagée (RIP) contre la privatisation d’Aéroports de Paris, on comptait dimanche soir plus de 338 000 signatures, soit un peu plus de 7 % des 4,7 millions de paraphes à obtenir avant la mi-mars pour enclencher la procédure. En l’absence de compteur sur le site officiel, Libé publie sur son site le dénombrement des soutiens. Initié par des parlementaires PS, le RIP viserait à affirmer le caractère de service public de l’exploitation des aéroports de Paris, que le gouvernement souhaite privatiser.

Posté par PS95600 à 11:43 - Permalien [#]

15 juin 2019

♣4717396 signatures pour convoquer le référendum d'initiative partagée contre la privatisation d'ADP

Les neufs prochains mois ne seront pas de trop pour y arriver ! Vite on signe et on fait signer la demande de référendum sur la privatisation des Aéroports de Paris. Et on va jusqu’au bout ! Partout mobilisons-nous pour obtenir les 4,72 millions de signatures. Macron et le gouvernement redoutent la consultation du peuple. Imposons-la !

* * *

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✅ Cliquez sur « déposer un soutien à la proposition de loi visant à affirmer le caractère de service public national de l'exploitation des aérodromes de Paris »
✅ Cochez la case « Je soutiens » puis cliquez sur « suivant »
✅ Renseignez tous les champs : département et commune où vous êtes inscrits sur les listes électorales ; Votre Nom et tous vos prénoms inscrits sur votre acte de naissance (attention ! Pas de virgule entre les prénoms) ; votre sexe ; votre date, pays et commune de naissance (les communes sont définies avec le numéro INSEE et non leur code postal, pensez à bien écrire en toute lettre avec majuscules et tirets)… puis cliquez sur « suivant »
✅ Indiquez votre n° de carte d'identité ou de passeport (si vous n'avez ni l'un ni l'autre cliquez pour télécharger le formulaire CERFA, à imprimer, à remplir puis à déposer dans votre chef-lieu de canton…) ; sa date et son département de délivrance ; indiquez votre adresse électronique puis cliquez sur « validez votre soutien »
✅ Indiquez le code de vérification affiché en bas de la page puis cliquez sur « oui, confirmer mon soutien »
✅ Téléchargez votre récépissé qui sera indispensable pour vérifier que votre soutien a été pris en compte quelques jours plus tard.

 

Signer pour le référendum sur ADP

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11 juin 2019

La publicité a un effet négatif sur le bien-être, en suscitant la frustration

Par Pierre-Yves Geoffard, professeur à l’Ecole d’économie de Paris, directeur d’études à l’EHESS.

Un groupe d’économistes a analysé le lien entre dépenses publicitaires et bonheur : non seulement la publicité a un effet négatif sur le bien-être, en suscitant la frustration, mais c’est justement cette frustration qui est visée.

A en croire Jules Renard, «il ne suffit pas d’être heureux, encore faut-il que les autres ne le soient pas.» Plus d’un siècle plus tard, les économistes qui étudient les déterminants du bonheur individuel ne sont pas loin de lui donner raison : le bonheur de chacun ne dépend pas seulement de ses propres conditions matérielles, mais également de celles des autres, auxquels chacun se compare. Ainsi, je peux être très heureux de rouler en Twingo, jusqu’à ce que mon voisin exhibe une Mercedes flambant neuve, qui fait soudainement apparaître ma petite voiture comme peu réjouissante. Comme l’avait montré Thorstein Veblen, ce sentiment peut jouer dans l’autre sens : le plaisir de posséder une voiture puissante peut être dû au goût pour la conduite d’une grosse cylindrée, mais aussi au fait que celle-ci étant très chère, je signale en la conduisant que je suis riche, cette exhibition de richesse me conférant un statut social envié par d’autres. De tels biens dits ostentatoires obéissent à une logique particulière : pour qu’ils soient attractifs, il faut qu’ils restent chers et réservés par leur prix élevé à ce que leurs acheteurs, comme ceux qui n’en ont pas les moyens, perçoivent comme une élite.

La publicité, lorsqu’elle vante des biens inaccessibles au commun des mortels, peut ainsi avoir un effet négatif sur le bien-être, en suscitant la frustration chez la plupart de ceux qui la subissent ; pire, cette frustration peut être visée par les publicitaires puisque, si l’on en croit Veblen, c’est elle qui renforce la désirabilité du bien pour les plus riches. Il est donc légitime de s’interroger sur le lien entre les dépenses publicitaires et le bonheur des populations.

C’est à cet exercice que se sont livrés quatre économistes, dont un article récent (1) présente les conclusions. Les chercheurs ont exploité des données statistiques très riches, portant sur 27 pays européens, permettant de suivre près d’un million de personnes de 1980 à 2011, en observant en particulier le niveau de satisfaction générale déclaré par chacune des personnes enquêtées. Il est alors possible de voir si cette satisfaction individuelle est affectée par le montant des dépenses publicitaires dans leur pays, exprimé en part de la richesse nationale. En contrôlant par le chômage, le revenu et de nombreuses autres variables socio-économiques, les auteurs mettent en évidence une corrélation forte entre les dépenses publicitaires et le bien-être de la population. Selon leurs estimations, un doublement des dépenses publicitaires est associé à une baisse de 3 % du bien-être ; en soi, une telle variation est difficile à interpréter, mais elle correspond à la moitié du gain déclaré à la suite d’un mariage, ou au quart de la perte de bien-être due à un épisode de chômage : ce n’est pas rien.

Même si les auteurs se gardent bien de déduire de cette corrélation une relation causale, ces résultats viennent renforcer l’intérêt de mieux comprendre comment la publicité affecte non seulement les décisions d’achat, mais aussi le bonheur de ceux qui y sont exposés. Ils viennent également conforter de nombreuses études précédentes qui ont montré que la satisfaction de chaque individu dépend de ce qu’il observe parmi son «groupe de référence», composé des individus auxquels il se compare. Les inégalités au sein de ce groupe de référence sont néfastes, et pas seulement lorsqu’elles sont injustes.

Au-delà de ses enseignements propres, cet article pose également une importante question : à qui se compare-t-on ? La publicité, en tournant notre regard vers les plus riches que nous, vient alimenter notre sentiment d’envie. Mais elle n’est pas la seule à produire cet effet, et on peut soupçonner que des émissions télé montrant ad nauseam les conditions de vie des milliardaires produisent un effet aussi délétère sur le bonheur de ceux qui les regardent.

Quant aux recherches sur les inégalités et sur la perception de ces inégalités, leur pertinence est renforcée par une telle étude. Mais de mauvais esprits pourraient aussi s’inquiéter que ces recherches, lorsqu’elles se focalisent sur le haut de la distribution des revenus et montrent l’indécence de leur augmentation plus rapide que la moyenne, pourraient elles-mêmes abonder ce ressentiment, et alimenter la colère sociale qui, en l’absence de réponse politique, peut devenir éruptive.

(1) Chloe Michel, Andrew J. Oswald, Eugenio Proto et Michelle Sovinsky, «Advertising as a Major Source of Human Dissatisfaction: Cross-National Evidence on One Million Europeans» CEPR Discussion Paper No. DP13532

Cette chronique est assurée en alternance par Anne-Laure Delatte, Ioana Marinescu, Pierre-Yves Geoffard et Bruno Amable.

Posté par PS95600 à 16:32 - Permalien [#]