La Rose dans la vallée

16 janvier 2020

pour une réforme des retraites JUSTE.

Ce mercredi 15 janvier, les parlementaires socialistes présentaient leurs propositions pour une réforme des retraites JUSTE.

« Le premier principe qui nous a guidé pour nos propositions est assez évident : garantir à chacune et chacun une vie digne jusqu’à la fin de ses jours. »- Olivier Faure

   

Nos 6 propositions clefs :

  • Une réforme juste sur la base d’un financement équitable

  • Une réelle prise en compte de la pénibilité

  • L'égalité femme-homme à la retraite, commence par l'égalité dans les carrières et les salaires,
  • Compenser les carrières heurtées, 
  • Des retraites dignes tout au long de sa retraite

  • L’emploi des seniors doit devenir une priorité

 

Posté par PS95600 à 11:22 - Permalien [#]

14 janvier 2020

Carton rouge contre la révolution conservatrice d’Emmanuel Macron

 

De l’école à la retraite, les réformes du Président décivilisent : en place des solidarités d’hier, elles produisent partout du «chacun seul». Des intellectuels appellent à l’engagement pour s’opposer à cette politique du chacun pour soi.

Tribune. Nous prenions pour un coup de com le titre du livre programme du candidat Macron, Révolution. Nous avions tort. Elu président, Emmanuel Macron développe avec son gouvernement une révolution libérale autoritaire sans précédent depuis Margaret Thatcher. Avec violence contre quiconque proteste. Jamais depuis longtemps, autant de manifestants n’ont été arrêtés, souvent «préventivement», c’est-à-dire sans délit. Jamais depuis longtemps, les forces de l’ordre n’ont à ce point, et par doctrine délibérée, matraqué, gazé, éborgné, mutilé - les journalistes sont également visés.

Le sociologue Norbert Elias, restituant le lent processus de «civilisation» européen, en rappelait quelques dimensions : «pacification des conflits», régulations publiques, interdépendances entre les personnes, notamment.

Sous ce rapport, en toute rigueur, le gouvernement d’Emmanuel Macron décivilise. Après la loi travail au détriment du public et du privé, après la réforme des APL, après celle de l’assurance chômage, après la loi «transformation de la fonction publique», la réforme des retraites par points s’inscrit à son tour dans ce mouvement plus vaste de révolution conservatrice. Lequel dépacifie, et produit une démolition inédite du système social français.

La «révolution» d’Emmanuel Macron abat les régulations publiques. Boîte de Pandore, elle libère les intérêts de la finance et des employeurs privés, ces rentabilités de courte vue qui méprisent la planète, les femmes, les hommes. Pendant que sont privatisées les entreprises publiques.

La «révolution» d’Emmanuel Macron décivilise : en place des interdépendances et des solidarités d’hier, elle produit partout du «chacun seul».

La réforme Blanquer du bac rend les élèves «chacun seul» face à des orientations où joue d’abord le capital culturel hérité (ou pas). La loi Pénicaud rend les salariés du privé «chacun seul» face aux patrons, libres désormais de licencier aisément. Les concurrences s’avivent plus encore et les avenirs s’insécurisent. Ce qui empêche qu’entre salariés se forge de l’intérêt commun, un «nous».

Chacun seul, les usagers des services publics, affrontés aux pénuries de personnels et de financements, à la ruine organisée des diverses fonctions publiques (et même l’hôpital).

Chacun seul aussi les étudiants de milieux populaires, aux bourses non revalorisées, qui enchaînent les jobs précaires pour financer (mal) leurs études. Chacun seul, les chômeurs qui vite basculent au RSA s’ils refusent de travailler n’importe où, à n’importe quel prix - quand il y a une proposition de travail.

Chacun seul, c’est le projet, pour les salariés face à leurs retraites. Chacune seule aussi, les générations, appauvries et ainsi incapables de s’entraider.

Aujourd’hui, il nous revient à toutes et tous de sauvegarder la civilisation sociale issue des luttes du passé et du Conseil national de la Résistance (CNR). Les grévistes, premiers remparts contre cette «révolution», ouvrent un moment décisif. C’est pourquoi les soutenir via les caisses de grève est indispensable, et ce tout au long du mouvement. Mais, nous devons nous aussi nous engager.

Chacune et chacun doit entendre l’appel des grévistes de la première heure à venir les rejoindre ou les relayer - et pas seulement les jours de manifestation.

Chacune, chacun doit pouvoir dire non au «chacun seul» universalisé, qui risque de devenir un «sauve-qui-peut général», et dont la générale pourrait surgir du Rassemblement national.

Comme en 2005, à propos du traité de Constitution européenne, nous voulons également organiser sur le territoire un mouvement de rencontres et d’entraides pour dire «non au chacun seul». Comme les étudiants québécois qui, en 2012, ont empêché la privatisation de leur système universitaire, nous appelons chacune et chacun à épingler sur un vêtement ou sur un sac un carré de feutre rouge, et à tendre de la sorte un «carton rouge au chacun seul». Nous espérons que certains samedis puissent converger celles et ceux qui sont dans la grève avec celles et ceux qui n’y sont pas, mais qui refusent, pour eux et les jeunes générations, la destruction de nos protections et de nos droits longuement conquis. Comme les gilets jaunes et les mobilisations écologistes, nous invitons au refus durable. Cette révolution conservatrice ne pourra être arrêtée que si ensemble, chacun devenu «nous», nous prenons notre part.

Une première rencontre Carton rouge, de jonction entre les intellectuels et les grévistes, aura lieu le 1er février à 13 heures, salle Hénaff, 29 boulevard du Temple, Paris, XI.

Parmi les premier·ère·s signataires : Jacques Bidet Philosophe, Raphaëlle Branche Historienne, Philippe Boursier Professeur de SES, Judith Butler Philosophe, Patrick Chamoiseau Ecrivain, Christophe Charle Historien, Stéphanie Chevrier Editrice, Christine Delphy Sociologue, Elsa Dorlin Philosophe, Annie Ernaux Ecrivaine, Didier Fassin Anthropologue, Daniel Gaxie Politiste, Jean-Marie Harribey Economiste, Jean-Marie Laclavetine Ecrivain, Sandra Laugier philosophe, Frédéric Lebaron Sociologue, Frédéric Lordon Sociologue, Frédérique Matonti politiste, Gérard Mauger Sociologue, Dominique Meda Sociologue, Gérard Mordillat Ecrivain, Gérard Noiriel Historien, Willy Pelletier Sociologue, Monique Pinçon-Charlot Sociologue, Gisèle Sapiro Sociologue, Johanna Siméant Politiste…

La liste des 472 signataires est consultable sur www.carton-rouge-au-gouvernement.fr.

Posté par PS95600 à 12:10 - Permalien [#]

10 janvier 2020

Régis Debray : «On n’avait pas pensé qu’un jour il faudrait s’incliner devant les arbres !»

  • (Photo Bruno Charoy pour Libération)

Dans «le Siècle vert», essai à l’ironie cinglante, le philosophe salue la mobilisation contre le dérèglement climatique mais craint une nouvelle «idolâtrie» de la nature au détriment de la raison. Face à cette «sacralité», il préfère trouver un équilibre, entre «l’Internationale» et «l’Ode à la salade».

Homme qui a connu les révolutions et ses héros, le philosophe Régis Debray voit dans la montée du sentiment écolo un nouveau paradigme de la pensée, tournant la page du «siècle rouge» auquel il était tant attaché. Mal à l’aise face à ce mouvement, au sein duquel le crédit donné aux jeunes l’agace, l’ancien compagnon de Che Guevara craint un dérapage vers les extrêmes et l’autoritarisme au nom de la vénération de la nature et de la pureté. Aurait-on oublié, au profitdes petits oiseaux et des abeilles, la lutte des classes, la révolution et l’histoire, leitmotiv de ceux qui dénoncent la déliquescence morale et politique de la société, sa déculturation ambiante ? Lui ne veut pas s’incliner devant les arbres. Il le dit, avec une ironie féroce, dans le court essai le Siècle vert, publié dans la collection «Tracts» de Gallimard.

Dans votre dernier ouvrage, vous donnez l’impression de décrire la mobilisation environnementale actuelle comme une mode, un nouveau prêt-à-penser…

Quand on intitule un livre «changement de civilisation», on est loin d’un prêt-à-penser. Votre question me surprend. Je critique ceux qui voient dans cette mobilisation une mode. C’est en fait une césure dans l’histoire longue de notre civilisation, je remonte au XIVe siècle pour le montrer, une mutation radicale des mentalités. Mon ironie ne vise qu’un catéchisme, non une science, encore moins une inspiration. Il y a des bigots partout !

Dit avec humour, certes, mais vous semblez pourtant plein de regrets et d’amertume quand vous écrivez que l’exploitation de l’homme par l’homme a été remplacée par celle de la nature par l’homme…

Aucune amertume. Il est excellent d’en finir avec la religion égocentrique d’un homme insulaire, qui oublie sa dépendance envers la nature, et qu’il est lui-même dedans et non au-dessus. De là à tomber dans l’excès inverse, une idolâtrie de la nature, comme norme et modèle, non ! N’oubliez pas que le darwinisme social, la survie du plus apte et que le plus fort gagne, est né de cette mystique-là. Le droit des gens n’existe pas dans la nature. L’égalité et la fraternité, c’est une invention de l’esprit, et non du monde animal.

Il existe tout de même un équilibre dans la nature…

Certainement. L’écosystème travaille comme un système autorégulé, une boucle d’interactions qui se régénère sans cesse. Je ne suis pas sûr, cela dit, qu’on puisse en faire un ordinateur, comme le fait mon ami Edgar Morin. Mais l’homme a contribué à cet équilibre. Nos paysages sont des aménagements séculaires. La forêt de Fontainebleau et les marais poitevins n’existeraient pas sans l’intervention de l’homme.

Mais il y a l’écologie politique dont le but est de prendre en compte les enjeux sociaux et démocratiques, en accord avec l’environnement. On a l’impression que, selon vous, la nature efface le politique, que l’un ne peut pas aller avec l’autre…

Tout le problème est là. Comment concilier l’urgence écologique et l’exigence politique, la sauvegarde du milieu physique et l’éthique des droits et devoirs humains ? Ce sera le travail du siècle vert. Beau chantier, mais vaste programme.

Vous ne semblez pas y croire, et même cela vous fait peur?

Ma peur, c’est le mouvement de balancier, qui jouerait la nature contre l’esprit, au sens que Valéry donnait à ce mot : notre puissance d’agir sur les choses. J’aimerais trouver un point d’équilibre. Certes, on a eu trop d’industrie, nous avons tellement idéalisé la puissance transformatrice de l’esprit que nous avons oublié la donnée naturelle, et nous en sommes justement punis. Mais je ne voudrais pas qu’on oublie que le bipède humain n’est pas un mammifère comme les autres.

Vous dites : «On est passé de "la Marseillaise" à "l’Ode à la salade"». Vous dépolitisez un mouvement qui est pourtant éminemment politique…

J’en appelle à une négociation entre la salade et la Marseillaise ! Puis, les deux réunies, avec l’Internationale.

Où entendez-vous, dans la société française, ce discours qui vise à placer la nature au-dessus de tout, de l’esprit comme de l’histoire ?

J’entends et je vois la nouvelle hiérarchie des titres et des infos. Ce qui se passe en Australie est capital. Ce qui se passe avec M. Trump, le hors-la-loi qui fait le shérif de la planète, et l’Etat voyou américain, ne l’est pas moins. Il y a le dioxyde de carbone, et il y a la lutte des classes. La domination aussi est une pollution du milieu humain. On peut et devrait lutter contre les deux. Comme toujours quand on passe d’une époque à une autre, il y a un effet d’obnubilation. Là-dessus, je garde un recul historique. Je dis juste soyons réalistes, le monde animal est cyclique, il n’a pas d’histoire. Nous, oui. Je ne nie pas une minute la véracité des données présentées par le Giec [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat]. Je m’intéresse aux effets de ces découvertes sur notre vision du monde. Il me semble que ça reflète un mouvement très profond : le passage de l’englobant histoire à l’englobant nature.

Ne peut-on pas envisager cette renégociation de la relation de l’homme à la nature comme une suite de l’histoire ? Pourquoi opposer histoire et préoccupation environnementale ?

C’est une très bonne question. Je ne les oppose pas, je note une alternance. Le monde antique s’est fixé sur la nature, puis le monde chrétien sur l’histoire. Reste à envisager ce lien dialectique dont vous parlez.

En titrant «le Siècle vert», vous faites pourtant entrer dans l’histoire ce nouveau siècle…

C’est incontestablement une nouvelle étape de l’histoire occidentale. Il y a des cycles dans cette histoire. Au bout de 2 000 ans, nous retrouvons une vision de type païen, en redevenant contemporains des stoïciens et des épicuriens. Une logique répétitive où l’événement compte peu. Nous retournons avant l’entrée de l’éternel dans le temps, qui fut l’invention chrétienne. Le temps nous intéresse moins que l’espace. Cela n’est pas une catastrophe, c’est un tournant.

Vous semblez pourtant inquiet…

Ce qui m’inquiète, c’est la perte de conscience historique, la déculturation ambiante. Vous savez, vous parlez à un vieux marxiste des années 60. On n’avait pas pensé qu’un jour il faudrait s’incliner devant les arbres ! Admettez que le vieux Prométhée puisse être troublé par le retour de Gaïa ! Mais je ne suis pas pour autant affolé. Au contraire, je dis : Calmons-nous. Beaucoup d’angoisses, par le passé, n’ont pas été confirmées. Le changement climatique à la fin de la période glaciaire était sérieux aussi. On s’en est sorti.

Les bouleversements n’ont pas eu lieu sur la même échelle de temps…

C’est vrai. Tout va plus vite dans la dégradation. M. Homo sapiens aussi va plus vite dans la réparation. Je ne vois pas disparaître l’espèce humaine dans cinquante ans. Pronostic qui relève plus du religieux que du scientifique. L’apocalypse, c’est une peur vieille comme le monde, disons comme saint Jean.

C’est le «vieux bougon» autoproclamé dans votre livre qui parle ?

Oubliez le «autoproclamé». Tous ceux qui s’en prennent à un conformisme idéologique sont proclamés bougons. Je n’y suis pour rien, mais l’humour n’est plus trop permis.

Vous voyez aussi l’écologie comme un ordre moral aseptisé…

La recherche de la pureté a cet inconvénient, en effet.

C’était le cas aussi avec le communisme…

Evidemment. C’était mal vu d’exploiter ses ouvriers. Aujourd’hui, ce n’est pas bien de boire dans des bouteilles en plastique. Comme dit l’autre, rien ne subsiste, tout se transforme.

Vous n’observez pas une convergence des luttes se faire, avec les gilets jaunes qui participent aux marches pour le climat, par exemple ? L’écologie ne pourrait-elle pas redonner vie à la lutte sociale ?

Ce serait formidable. La convergence de deux visions du monde en même temps que celle des luttes sociales. Le «tous ensemble» de demain, qui sait ?

Il existe beaucoup d’organisations écologiques et sociales ou des intellectuels qui repensent dès à présent le principe de croissance en prenant en compte les enjeux environnementaux…

Quand j’entends Greta Thunberg, je ne vois pas bien la dialectique histoire-nature. Et il serait temps d’abandonner la notion d’environnement pour celle de milieu, bien plus inclusive.

Ce jeunisme vous agace ?

Non, toutes les nouvelles religions séculières commencent par les jeunes. C’est ce qu’enseigne l’histoire du XXe siècle. Et en l’occurrence, mieux vaut des rebelles avec, que sans cause. Enfin, on s’occupe d’autre chose que de gagner du fric ! Enfin, on sort du cynisme économique. Mille bravos !

Vous parlez de «prime à l’immature»…

On voit bien remonter un peu partout le pulsionnel, le sauvage, l’irrationnel. Le passage du national au tribal. Du laïque au religieux. Du culturel au primitif.

Vous le voyez où dans le monde ?

Vous êtes allés en Inde ? En Egypte ? En Israël ? Vous me sidérez. Faites un tour sur la planète. Avec une histoire des religions en poche. C’est très instructif.

Mais quel rapport avec le mouvement écologiste ?

L’idée d’un retour à une pureté perdue, à une authenticité généalogique et génétique. C’est la régression naturaliste. C’est le dérapage inhérent à toute nouvelle époque axiale. La vision romantique de la nature a toujours existé, mais en faire le fondement d’un nouvel ordre social, c’est risqué. C’est le risque évoqué par le film Soleil vert [sorti en 1973, ndlr], le 1984 de l’écologie. Cette utopie a trouvé son Orwell au cinéma. «Il faut vous serrer la vis, pour vous sauver la vie.»

Vous opposez le tribal au rationnel ?

J’oppose l’ethnique au civique. Si la nation redevient tribu, c’est le sang et les morts qui l’emportent. On tourne alors le dos à la Révolution française, et à tout ce qui a précédé et suivi.

Vous pensez que ces mouvements écologiques peuvent accompagner ce primat au sang, au tribal, à l’ethnie…

Ces mouvements, oui, sont pluriels. On en voit qui s’allient avec l’extrême droite, en Autriche, d’autres avec la gauche, en Scandinavie. Et en France, avec la classe dominante au pouvoir. Chez les cathos aussi, il y a des franciscains aux pieds nus et des princes de l’Eglise. Il y a plusieurs familles dans la Maison du Père, et on ne sait pas encore laquelle va gagner. Enfin moi, je ne le sais pas !

En conclusion de votre essai, vous vous montrez moins critique, vous opérez même un rapprochement entre esprit et nature en parlant de «coopérative jardinière». Qu’entendez-vous par là ?

De l’entraide ! Il faut une collaboration entre l’esprit et les outils pour se marier avec la nature. Faisons un jardin mais n’oublions pas qu’il y a les tracteurs. Pas de culte de la technique sans la nature, et pas de culte de la nature sans la technique. Voilà ce qu’est une coopérative jardinière. Le vivant organise le milieu qui l’organise. Il y a interdépendance et codéveloppement. Nous sommes autant les enfants de nos paysages que nos monuments.

Régis Debray Le siècle vert «Tracts», Gallimard, 64 pp., 4,90 €._

Posté par PS95600 à 11:14 - Permalien [#]

07 janvier 2020

Une soixantaine de personnalités de gauche demandent le retrait de la réforme des retraites

Depuis le 5 décembre, des millions d'hommes et de femmes se retrouvent dans les grèves, dont beaucoup en reconductible, et les manifestations à l'appel des organisations syndicales. Ils et elles rejettent la réforme du système de retraites que veulent leur imposer le président de la République et son gouvernement. Ce projet n'est pas acceptable, car il est porteur de régression des droits de chacune et chacun : toutes les hypothétiques avancées proposées par le gouvernement devraient être financées par des baisses de pensions ou par l'allongement de la durée de la vie au travail.

D'autres choix sont pourtant possibles. C'est pourquoi nous demandons le retrait du projet présenté par le Premier ministre, afin que soient ouvertes sans délai de vraies négociations avec les organisations syndicales, pour un système de retraites pleinement juste et solidaire, porteur de progrès pour toutes et tous, sans allongement de la durée de la vie au travail."

Cliquez sur ce lien pour accéder à leur pétition.

La liste des premiers signataires :

Eliane ASSASSI, sénatrice, Parti communiste français
Clémentine AUTAIN, députée
Guillaume BALAS, coordinateur, Génération.S
Josiane BALASKO, comédienne
Julien BAYOU, secrétaire national, Europe Ecologie-Les Verts
Ester BENBASSA, sénatrice, Europe Ecologie-Les Verts
Olivier BESANCENOT, porte-parole, Nouveau Parti anticapitaliste
Eric BEYNEL, porte-parole, Union syndicale Solidaires
Paul BOUFFARTIGUE, sociologue, CNRS
Pierre CAILLAUD-CROIZAT, petit-fils d'Ambroise Croizat
Gilles CANDAR, historien
Damien CAREME, député européen, Europe Ecologie-Les Verts
André CHASSAIGNE, député, Parti communiste français
Jean-Louis COMOLLI, cinéaste, écrivain
Eric COQUEREL, député, La France insoumise
Alain COULOMBEL, porte-parole, Europe Ecologie-Les Verts
Laurence DE COCK, historienne
Anne DE HARO, Gauche démocratique et sociale
Eric FASSIN, sociologue
Olivier FAURE, premier secrétaire, Parti socialiste
Caroline FIAT, députée, La France insoumise
Gérard FILOCHE, Gauche démocratique et sociale
Christakis GEORGIOU, chercheur, université de Genève
Gaël GIRAUD, économiste
Raphaël GLUCKSMANN, député européen, Place publique
Cécile GONDARD-LALANNE, porte-parole, Union syndicale Solidaires
Roland GORI, professeur honoraire des universités, psychanalyste, essayiste, président de l'Appel des appels
Régis JUANICO, député, Génération.S
Aurore LALUCQ, députée européenne, Place publique
Jean-Luc LAURENT, ancien député, Gauche républicaine socialiste
Frédéric LEBARON, sociologue (Savoir/Agir)
Marie-Noëlle LIENEMANN, sénatrice, Gauche républicaine et socialiste
Philippe MARTINEZ, secrétaire général, Confédération générale du travail
Corinne MASIERO, actrice
Laurent MAUDUIT, cofondateur de Mediapart
Emmanuel MAUREL, député européen, Gauche républicaine et socialiste
Dominique MEDA, sociologue
Jean-Luc MÉLENCHON, député, La France insoumise
Gérard MEYLAN, comédien
Claire MONOD, coordinatrice, Génération.S
Chantal MONTELLIER, dessinatrice et écrivaine
Gérard MORDILLAT, écrivain
Jean NUMA-DUCANGE, historien
Roland PFEFFERKORN, professeur émérite de sociologie
Michel PINÇON, sociologue, ancien directeur de recherche, CNRS
Monique PINÇON-CHARLOT, sociologue, ancienne directrice de recherche, CNRS
Christine POUPIN, porte-parole, Nouveau Parti anticapitaliste
Philippe POUTOU, porte-parole, Nouveau Parti anticapitaliste
Audrey PULVAR, journaliste, responsable associative
Yvon QUINIOU, philosophe
Gilles RAVEAUD, économiste
Sandra REGOL, secrétaire nationale adjointe, Europe Ecologie-Les Verts
Fabien ROUSSEL, secrétaire national, Parti communiste français
Virginie ROZIERE, co-présidente, Les Radicaux de gauche
Alain RUSCIO, historien
Stéphane SAINT-ANDRÉ, co-président, Les Radicaux de gauche
Jean-Paul SCOT, historien
Sylvie SCOT, professeur d'histoire retraitée
Stéphane SIROT, historien et sociologue
Françoise SIVIGNON, médecin
Jo SPIEGEL, président, Place publique
Valère STARAZELSKI, écrivain
Henri STERDYNIAK, économiste (Les Economistes atterrés)
Sophie TAILLÉ-POLIAN, sénatrice, Génération.S
Benoît TESTE, secrétaire général, Fédération syndicale unitaire
Marie-Christine VERGIAT, responsable associative

Posté par PS95600 à 23:24 - Permalien [#]

23 décembre 2019

Olivier Faure / Réforme des retraites : «Il est temps de tout reprendre, d’ouvrir une vraie négociation»

  • Olivier Faure (au centre), lors de la manifestation du 5 décembre, à Paris. (Photo Marc Chaumeil)

Olivier Faure, le premier secrétaire du PS, s’oppose au projet, qui soigne les super-riches et rend vulnérable les pensions à la conjoncture économique. Pour lui, il est inacceptable que les simulateurs permettant de comparer les deux systèmes ne soient disponibles qu’après la présentation de la loi.

Terminé, le temps de l’opposition à pas de loup. Le PS ne se cache plus pour afficher ses différends avec le gouvernement. Le projet de réforme des retraites le prouve une nouvelle fois. Les socialistes défilent dans la rue au milieu des autres familles de gauche. Quelques jours avant Noël, alors que la situation est toujours bloquée, le premier secrétaire du parti, Olivier Faure, appelle le gouvernement à retirer son texte et à «tout reprendre» à partir de données fiables.

A lire aussiMacron corrige sa retraite mais pas sa réforme

Quel est votre regard sur les négociations entre le gouvernement et les syndicats ?

Désabusé. Le gouvernement a passé deux années à faire semblant. Il mime le dialogue social. Le résultat, c’est l’unanimité des syndicats contre sa réforme et le soutien du seul Medef. Aujourd’hui, le gouvernement semble plus préoccupé par l’idée de diviser le front syndical qu’à répondre aux vraies divergences qui s’expriment. Reculer uniformément l’âge de départ, c’est condamner une majorité de nos seniors à vivre du chômage ou de revenus de solidarité en attendant de pouvoir liquider leurs droits sans décote.

Vous êtes pour une trêve durant les fêtes de fin d’année ?

Je suis pour que le gouvernement crée les conditions d’une trêve. Les fêtes de fin d’année, c’est l’occasion pour les familles de se retrouver. Il n’est pas très responsable de continuer à tendre le climat social pour un projet dont le gouvernement ne sait même pas anticiper les conséquences. Rendez-vous compte : il nous est dit que nous aurons un simulateur permettant de comparer les pensions actuelles et futures six mois après le vote de la loi ! On signe un chèque en blanc et six mois plus tard, on sait de combien on est débités. Qui peut accepter de telles conditions ? La seule chose que le gouvernement simule bien jusqu’à présent, c’est sa compétence.

Quelles sont vos réelles divergences avec le gouvernement sur la réforme ?

D’abord l’âge pivot, devenu «âge d’équilibre». L’équilibre financier, cela va de soi… C’est une vision punitive : travailler plus longtemps pour éventuellement gagner autant. Ensuite, sur le financement, le gouvernement prétexte l’urgence, mais il faut lire le Conseil d’orientation des retraites : c’est le gouvernement qui creuse le trou, et ensuite il nous demande de le reboucher ! De même, le jeu de passe-passe qui consiste à améliorer une situation pour en dégrader une autre. Par exemple, la bonification dès le premier enfant, c’est bien mais le gouvernement supprime la validation de deux années de retraite par enfant. Les pensions des veuves seront versées à partir de 62 ans, contre 55 aujourd’hui…

Il faut également dénoncer l’absence de volonté sur les carrières longues ou la reconnaissance de toutes les pénibilités, et pas uniquement celles jugées acceptables par le patronat. Les caissières, les ouvriers du bâtiment, de la logistique ou des travaux publics, ceux qui sont exposés aux matières dangereuses, ont été sacrifiés par la loi Pénicaud. La transition du régime actuel vers un système à points n’est pas davantage assurée. De très nombreuses catégories de salariés, au premier rang desquelles les enseignants ou les fonctionnaires territoriaux, vont perdre une part substantielle de leur retraite. C’est inacceptable.

On jette tout dans la réforme ?

La hausse des minima contributifs, je prends, même si elle est modeste puisqu’on parle des seules carrières complètes et qu’il n’est nul besoin de changer de système pour y parvenir. Mais au regard de cette évolution, pour d’autres, ce sera la double peine : la modification des règles de l’assurance chômage va diminuer les allocations de 1,3 million de chômeurs et donc les points cotisés. Les carrières heurtées, notamment celles des jeunes, vont être pénalisées. Comment accepter enfin l’absence de participation au système pour les salaires au-delà de 10 000 euros qui se réfugieront dans la capitalisation comme les y incite fiscalement la loi Pacte ? Cette sécession des plus riches coûtera plusieurs milliards au budget de l’Etat. Après l’ISF et la flat tax, les fortunés peuvent se frotter les mains. Derrière l’habillage de l’universalité, le gouvernement soigne la singularité des super-riches. Les sujets de désaccord sont innombrables, comme les inconnues.

Mais vous restez favorable à la retraite à points ?

Nous ne nous sommes jamais prononcés pour la retraite à points. Je suis favorable à l’évolution de notre système vers plus de justice. Je n’en fétichise aucun. Il ne faut pas confondre les objectifs et les moyens. Le système par points ne mérite ni excès d’honneurs ni indignité. Il est une réponse technique. Mais cet outil peut être redoutable : l’unité des règles et du régime le rend potentiellement plus vulnérable à la régulation financière et à l’approche budgétaire. C’est un fait. En Suède, où il a été mis en place, il y a deux fois plus de retraités pauvres qu’en France. Comment faire confiance à ce gouvernement pour garantir dans la durée le niveau des pensions alors que son premier geste a été d’augmenter la CSG des retraités et de désindexer leurs pensions ?

Le PS souhaite-t-il le retrait de la réforme ou une (re) négociation du projet du gouvernement ?

Le retrait. On n’improvise pas un basculement pareil sans garanties. Il est temps de tout reprendre. D’ouvrir une vraie négociation dans laquelle seraient comparées les solutions permettant d’ouvrir de nouveaux droits sans régressions. Le remboursement intégral de la dette sociale en 2024 ouvre des perspectives. A compter de cette date les fonds de la Cades [Caisse d’amortissement de la dette sociale, ndlr] pourront être employés à d’autres tâches : amélioration de nos retraites, renforcement de l’hôpital et des Ehpad.

Aujourd’hui, des désaccords existent entre le PS, qui appelle au retrait de la réforme, et la CFDT, qui cherche à en négocier certains aspects. Peut-on parler de tensions ?

J’ai le plus profond respect pour la centrale de Laurent Berger. Je sais que l’objectif de la CFDT est sincèrement de parvenir à un système qui réduise les inégalités. Mais les conditions ne sont pas réunies car le gouvernement poursuit un autre but. Purement comptable.

Ces derniers temps, vous discutez beaucoup avec les autres familles de gauche, notamment. Quel est l’objectif ?

Lors des primaires de la droite, Edouard Philippe soutenait Alain Juppé, Gérald Darmanin dirigeait la campagne de Nicolas Sarkozy et Bruno Le Maire votait déjà pour lui. Emmanuel Macron a réussi à rassembler les droites. Aux gauches et aux écologistes de se rassembler à leur tour et de montrer qu’il existe un autre chemin.

Posté par PS95600 à 15:31 - Permalien [#]

03 décembre 2019

On ne sauvera pas le Web en dînant avec ses assassins

Le principal inventeur d’Internet, Tim Berners-Lee, est à l’origine d’un «contrat pour le Web» afin de le sauver des dérives qui le menacent. Un texte soutenu par les Gafam, qui en ont méthodiquement tué tous les principes fondateurs.

Tribune. La dernière croisade de Tim Berners-Lee pour sauver le Web laisse un goût amer.
Celui qui fut le premier à dénoncer clairement l’emprise et la menace de ceux qu’il appelait «les Jardins fermés» entend aujourd’hui leur proposer un «contrat». Contrat qui réunirait aussi gouvernements et citoyens. Contrat suffisamment vague pour n’avoir précisément aucune valeur contractuelle. Et contrat donc immédiatement approuvé, soutenu et signé par… Google, Facebook, Twitter et Microsoft.
On ne sauvera pas le Web avec ceux qui en ont méthodiquement tué tous les principes fondateurs.
En avril 1993, quatre ans après avoir inventé le Web, Berners-Lee fit à l’humanité son plus grand cadeau : il décida de verser cette invention dans le domaine public. Si le Web a connu un tel succès, s’il a révolutionné nos pratiques informationnelles, nos rapports sociaux, nos connaissances, c’est d’abord par son inscription dans le domaine public. Architecture technique, protocoles de communication, langages de publication, nul ne pouvait alors prétendre détenir à son seul bénéfice privé cette entité et ce réseau, cette infrastructure et ces contenus.

Or, ce qui est en train de tuer le Web aujourd’hui, c’est sa préemption par ces acteurs privés que l’on nomme Gafam ou Natu en Europe, ou bien encore BATX en Chine.
Ce qui tue le Web aujourd’hui, c’est la privatisation de ce que son inventeur nous a légué en 1993 comme une volonté délibérée et politique d’en faire un bien commun de l’humanité.
Ce qui tue le Web aujourd’hui, c’est l’extinction de la part publique de son usage, de son langage et de son architecture technique.
Il n’y a aujourd’hui plus rien à attendre des Gafam qui sont devenus des grands groupes capitalistes comme les autres, ne cherchant que le rendement et la rente, n’ambitionnant qu’une spéculation sans fin sur un marché dont ils sont à la fois les acteurs et les régulateurs.
L’habit ne fait pas le moine, et les open spaces remplis de baby-foot et de poufs aux couleurs pastel ne font ni la vertu ni l’éthique.

Facebook représente un danger mortel pour nos démocraties comme le scandale Cambridge Analytica l’a démontré. Google utilise pour faire taire toute contestation sociale les méthodes de lutte contre les syndicats qui remontent aux années 30. La lutte contre les discours de haine dans toutes ces plateformes est totalement indigente et en dehors du droit car en vérité ces plateformes et leurs architectures techniques toxiques prospèrent sur la dimension spéculative et inflationniste de tels discours. Toutes ces plateformes s’abritent derrière un credo algorithmique qui n’est qu’un leurre et qui leur sert d’alibi pour toutes leurs manipulations et leurs malversations dans la hiérarchisation ou l’invisibilisation d’expressions publiques ou de paroles privées. Toutes ces entreprises sous-traitent la modération de leurs contenus les plus violents à des travailleurs pauvres à l’autre bout du monde dans des conditions indignes. Et faut-il rappeler la réalité des conditions de travail dans les entrepôts déshumanisés d’Amazon partout en Europe ou aux Etats-Unis ? Le retour à un modèle social qui est celui du travail à la tâche («Gig Economy») et des travailleurs pauvres de la fin du XIXe siècle ? Est-il encore nécessaire de rappeler que toutes ces plateformes échappent à l’impôt dans des proportions et des modalités qui relèvent du grand banditisme et de l’escroquerie en bande organisée ? Et c’est avec elles que l’on pourrait prétendre sauver le Web alors que chaque jour elles dénaturent sa fonction et salissent son ambition ? A l’aide d’un contrat qui n’engage rien d’autre que la capacité de dire que l’on veut sauver le Web ?

Il faut pour sauver le Web non pas un contrat, mais la création d’un index indépendant (des pages, des profils), qui permette de réinstaurer la part commune de nos interactions sociales et discursives dans une sphère publique non marchande.
Il faut pour sauver le Web non pas un contrat, mais une régulation étatique forte et contraignante, qui doit pouvoir aller jusqu’au démantèlement de ces Béhémots calculatoires et qui doit réaffirmer que leur code ne sera jamais notre loi.
Il faut pour sauver le Web non pas un contrat, mais lutter pied à pied pour que «les algorithmes» qui ne sont rien d’autre que des décisions humaines au service d’un système de valeurs morales et politiques déterminées, que ces algorithmes-là soient transparents à l’inspection, robustes contre toute manipulation et prévisibles pour ceux qu’ils gouvernent, comme l’ont écrit nombre de scientifiques et comme le demandent aujourd’hui tous les défenseurs des libertés numériques.
On attendait du fondateur de la promesse émancipatrice du Web autre chose qu’une molle ambition contractuelle qui serve de clause de bonne conscience à des entreprises prédatrices de nos libertés et de nos droits. On attendait de Tim Berners-Lee qu’il continue de désigner les coupables, et non qu’il leur fournisse un alibi commode. Car tant que la table des négociations se trouvera dans la salle des marchés, le Web continuera de mourir.

Posté par PS95600 à 12:11 - Permalien [#]

26 novembre 2019

Le PS appelle à se joindre aux manifestations du 5 décembre prochain

À l’appel de plusieurs fédérations et confédérations syndicales, un préavis de grève reconductible a été déposé pour le 5 décembre prochain et un appel à manifester a été lancé afin de protester contre la réforme des retraites inscrite à l’agenda politique par le président de la République.
En entretenant volontairement le flou sur une réforme qui semble conçue uniquement dans une logique comptable au détriment du niveau des pensions et de la solidarité collective, le président de la République et le gouvernement méprisent les craintes légitimes de nos concitoyens.
Nous réaffirmons notre attachement à un système de retraite qui place en son cœur la solidarité par la répartition, qui prend pleinement en compte la pénibilité du travail, qui reconnaît les carrières longues et le droit à une retraite progressive, et qui assure à tous les retraités un revenu juste et décent.
Mais la mobilisation du 5 décembre est devenue plus qu’un rassemblement pour la défense des retraites. Chaque jour, nous mesurons la volonté d’un nombre croissant de citoyens de poser un acte de combat face aux inégalités qui déchirent le pacte social, face aux politiques du gouvernement qui précarisent les plus fragiles et renforcent les plus privilégiés au détriment des classes moyennes et populaires.
Réforme des retraites, de l’assurance-chômage, dégradation des services publics – l’état de l’hôpital public est l’exemple le plus criant – précarisation croissante du travail illustrée par la situation des travailleurs des plateformes numériques, ou encore colère croissante de la jeunesse face à ses conditions dégradées de vie, d’études, ou d’entrée dans la vie active. Voilà autant de raisons supplémentaires de se mobiliser le 5 décembre pour dire STOP à une politique néolibérale qui fait système et sape les fondements de notre pacte social par la destruction de l’État social, l’accroissement des inégalités dans les territoires, l’individualisation des mécanismes de solidarité et l’escamotage permanent du dialogue social.
Ainsi, le Parti socialiste apporte son soutien à la manifestation du 5 décembre et appelle ses militants et sympathisants à se joindre aux cortèges pour dénoncer une vision de la société qui se résume à la loi du premier de cordée. Ensemble, défendons notre modèle social et les services publics qui sont nos biens communs ; ensemble, appelons au retour de réformes solidaires et de progrès social ; nous voulons une vie digne pour toutes et tous, un salaire juste, une action publique au service de l’émancipation et de la solidarité collective.

Posté par PS95600 à 14:37 - Permalien [#]

13 novembre 2019

#ReferendumADP, opération militante « Tous sur le pont » les 16 et 17 novembre

image46

image48

Posté par PS95600 à 22:09 - Permalien [#]

31 octobre 2019

Mickaël Labbé : «L’essor des zones privatisées engendre une architecture du mépris»

  • Sur le site de la future station de métro Porte de Thiais, à Chevilly-Larue, en 2013. (Photo Pierre-Olivier Deschamps. Agence VU)

Obsédée par son image et les logiques marchandes, la ville est devenue hostile à ses habitants, estime le philosophe, spécialiste d’architecture. Dans son essai «Reprendre place», il plaide pour un véritable droit à la ville, celui de participer à la production de son propre cadre de vie.

Occupations des places, des ronds-points, ou des zones à défendre (ZAD), les aspirations démocratiques s’expriment souvent hors des zones habitées. Pourtant, pour Mickaël Labbé, philosophe, spécialiste d’architecture, ce sont les lieux du quotidien que nous devons nous réapproprier. Dans son premier essai, Reprendre place. Contre l’architecture du mépris (Payot), il souligne les mécanismes par lesquels l’urbain est devenu hostile et réaffirme un droit à la ville.

A lire aussi La ville ne tient plus en places

En quoi la ville nous méprise-t-elle ?

La ville néolibérale a oublié de servir ses habitants. Elle est obsédée par son image, et les logiques marchandes y sont décuplées. L’espace urbain est devenu un produit qu’il s’agit de valoriser et d’exploiter, les «indésirables» - les jeunes, les SDF, les migrants - n’y ont pas droit de cité. On utilise alors les formes urbaines et l’architecture pour les faire partir : les grillages, les bancs ou les appuis ischiatiques se multiplient. Mais alors tout le monde en pâtit, pas seulement les personnes visées, et la ville devient moins vivable pour les femmes enceintes, les enfants, les personnes handicapées ou en surpoids… Une ville accueillante, au contraire, aurait des égards pour nous, elle nous donnerait la possibilité de nous reposer après une journée harassante. Cette architecture du mépris agit sur nous tous de manière inconsciente : les formes urbaines ouvertement hostiles à l’égard de certains véhiculent un modèle spatial dans lequel les rapports humains sont avant tout des rapports de défiance. Les gens sont hostiles au SDF car dans la forme même de leur ville cette hostilité est matérialisée et en quelque sorte légitimée.

Vous appliquez à la ville le concept de «reconnaissance» du philosophe Axel Honneth. Que serait une architecture reconnaissante ?

Pour Axel Honneth, la reconnaissance est le «cœur du social», c’est-à-dire que l’être humain, en tant qu’individu social, a besoin de reconnaissance pour constituer sa propre identité. Honneth évoque la matérialité de la reconnaissance, et cette piste m’a semblé stimulante pour penser notre rapport à la ville. La non-reconnaissance, ou le mépris, n’est pas comparable à une inégalité économique, ou à une injustice, au sens où l’un de vos droits serait bafoué. C’est quelque chose qui vous atteint dans la formation la plus intime de votre identité. Il n’y a pas de loi injuste, pas de policier qui viendrait vous expulser manu militari. Il n’y a qu’un banc et pourtant il y a une injustice, un message d’indésirabilité. L’architecture défensive incarne au plus haut point la figure d’un espace de non-reconnaissance. Le concept aide à penser ce type de négativité qui resterait sans cela invisible ou non explicite.

Une autre pathologie touche la ville : la privatisation des espaces, comme dans le cas de la gare du Nord.

Dans l’actualité récente, les questions de la privatisation et des partenariats public-privé ont pris une forme criante avec les projets de réaménagement de la gare du Nord ou Europacity [un géant projet d’urbanisme commercial dans le Val-d’Oise, ndlr]. Les deux projets sont très différents, les contestations sont venues de fronts divers, mais ils ont le même promoteur. Avec Europacity, celui-ci ne propose plus des zones commerciales mais des «lieux de vie», il promet une expérience partagée géniale fondée sur rien d’autre que sur le rapport marchand. On est là dans une architecture du spectacle et de la frime, un projet mutilant pour le visiteur, réduit à son identité de bobo, un cliché de consommateur urbain à qui on propose une expérience zen. Plus globalement, le développement de zones privatisées au sein des villes institue une architecture du mépris, en criminalisant tout usager potentiel. Elles réduisent celui qui les fréquente à l’état de portefeuille bien rempli ou à un ensemble de comportements suspects indésirables. Face à cela, je crois que nos villes sont aussi devenues des «villes à défendre» et que nous devons exercer un droit à la ville défensif. Nos quartiers, nos lieux de travail, de loisirs, doivent résister face aux agressions des intérêts marchands de la promotion, d’une ville obsédée par le tourisme et la valorisation de son image.

La «tourismophobie», justement, se développe dans certaines villes comme Venise, exemple extrême de la cité qu’on n’habite plus…

Ce terme désigne les réactions d’hostilité à l’égard des touristes affluant en masse dans certains quartiers. Il n’y a pas de haine de l’autre ou du touriste à Venise ou à Barcelone. Vivant à Strasbourg, je sais que les touristes font partie de la ville et de son identité. Mais sentir que la ville n’est plus faite pour nous mais seulement pour ceux qui viennent consommer hostilise les rapports. Je défends l’idée simple qu’une ville est celle qu’on habite, et que sa fabrique doit servir la vie ordinaire de ses habitants.

Qu’entendez-vous par «droit à la ville» ?

Pour le philosophe Henri Lefebvre, qui a théorisé le droit à la ville, il s’agit d’une lutte contre la production de l’espace sous la forme d’une architecture fonctionnaliste étatisée, d’une marchandise à valoriser. Et cela désigne, dans un second temps, une aspiration pour partie utopique à changer la vie en changeant la ville. Lefebvre donne très peu d’exemples concrets de ce droit à la ville positif. Il pourrait prendre de multiples formes : faire une place à l’initiative habitante lors de projets d’aménagement et la prendre réellement en compte. Quand des initiatives viennent des habitants, un jardin partagé sur une friche, pourquoi en faire uniquement des lieux éphémères ou des instruments au service de l’image de la ville ?

De nombreux projets urbains se font déjà en consultation avec les citoyens…

Henri Lefebvre est très clair là-dessus. Quand on parle de «ville démocratique», on mobilise tout le vocable de la consultation, de la participation, la co-construction… qui sont très à la mode mais qui sont des manières idéologisées de signifier l’absence de participation réelle. Le droit à la ville, ce n’est pas simplement le droit d’être consulté sur des projets largement avalisés par ailleurs, c’est participer à la production de son propre cadre de vie.

Que serait une ville démocratique ? Et quel rôle pour l’architecture ?

C’est une ville où l’on prendrait en compte la part habitante, car les lieux sont aussi ce qu’on en fait par nos vies, par notre présence. Il ne s’agit pas de dire que dans une ville démocratique les habitants construiraient eux-mêmes, qu’ils décideraient de tous les projets et qu’il n’y aurait plus de savoir architectural à mettre en œuvre. Entre les habitants et les décideurs, il y a un échelon intermédiaire qui est essentiel, c’est celui de l’architecture, et le rôle des architectes au sein du corps social. Nous avons besoin d’architectes qui renouent avec la dimension politique et sociale de leur discipline. Sans doute sont-ils dépossédés de la possibilité d’exercer, notamment parce que l’inconscient sécuritaire est devenu la norme dans tout projet. Mais ils doivent prendre leur part dans la constitution d’un droit à la ville, en arrêtant de réduire le débat architectural à des questions techniques ou esthétiques. Les architectes doivent à nouveau rendre possible le lien entre le «nous» et le «où». Les habitants n’y arriveront pas seuls.

Posté par PS95600 à 23:14 - Permalien [#]

27 octobre 2019

Si vous êtes si intelligent, pourquoi n'êtes-vous pas riche ?

Une nouvelle étude suggère que les personnes qui réussissent le mieux ne sont pas les plus talentueuses, mais les plus chanceuses
Le 22 octobre 2019 à 13:49, par Christian Olivier

La répartition des richesses suit un modèle bien connu, parfois appelé règle du 80:20 : 80 % de la richesse appartient à 20 % de la population. Un rapport publié l’an dernier illustre d’ailleurs bien ce phénomène qui semble toucher toutes les formes d’organisations sociales : il a établi que seulement huit hommes sur la planète disposaient d’une richesse totale équivalente à celle des 3,8 milliards de personnes les plus pauvres du monde. La répartition de la richesse en fonction des exigences de la loi du pouvoir est controversée en raison des questions qu’elle soulève au sujet de l’équité et du mérite. Pourquoi si peu de gens auraient-ils autant de richesses ?

Talent vs chance : le rôle du hasard dans le succès et l’échec

La réponse classique est que nous vivons dans une méritocratie où les gens sont récompensés pour leur talent, leur intelligence, leurs efforts, etc. Et avec le temps, beaucoup de gens ont commencé à penser que c’est ce mécanisme apparent d’attribution de la richesse qui est institué.

Cependant, il y a un problème avec cette conception : alors que la répartition des richesses suit une loi du pouvoir, la répartition des compétences humaines suit généralement une distribution normale symétrique par rapport à une valeur moyenne. Par exemple, l’intelligence (mesurée par les tests de QI) ou l’effort (mesuré en heures travaillées), suivent ce modèle. Le QI moyen est de 100, mais qui a déjà entendu parler d’une personne avec un QI de 1000 ? De la même manière, certaines personnes travaillent plus d’heures que la moyenne et d’autres moins, mais personne ne travaille un milliard de fois plus d’heures que les autres.

Et pourtant, dès lors qu’il s’agit de récompenser cet effort, vous vous rendrez compte que certaines personnes sont des milliards de fois plus riches que d’autres. Quels facteurs, au final, déterminent comment les individus deviennent riches ? Se pourrait-il que certains ces facteurs jouent un rôle plus important que ce à quoi on pourrait s’attendre ? Comment ces facteurs, quels qu’ils soient, peuvent être exploités pour rendre le monde meilleur et plus juste ?

Un nouveau modèle informatique de création de richesse montre que les personnes qui réussissent le mieux dans la vie ne sont pas les plus talentueuses, mais les plus chanceuses. Il a été mis au point par Alessandro Pluchino et quelques de ses collègues à l’université de Catane en Italie. Ces derniers l’ont présenté comme un modèle informatique du talent humain et de la façon dont les gens utilisent ce talent pour exploiter les opportunités de la vie. Il a notamment permis aux chercheurs d’étudier le rôle du hasard dans ce processus.

Comment fonctionne ce modèle informatique

Leurs simulations qui tentent de reproduire aussi fidèlement que possible la répartition de la richesse dans le monde réel montrent que les personnes les plus riches ne sont pas les plus talentueuses (bien qu’elles doivent avoir un certain niveau de talent) mais simplement les plus chanceuses. Leur travail pourrait avoir d’importantes répercussions sur la façon dont les sociétés optimisent le rendement de leurs investissements dans tous les domaines, des affaires à la science.

Le modèle de Pluchino se compose de N individus, chacun avec un certain niveau de talent (aptitude, compétence, intelligence, etc.). Ce talent se répartit normalement autour d’un certain niveau moyen, avec un certain écart-type. Certains individus sont donc plus talentueux que la moyenne et d’autres le sont moins, mais personne n’est plus talentueux que quiconque. On peut observer le même type de distribution pour diverses habiletés humaines ou des caractéristiques comme la taille ou le poids : certaines personnes sont plus grandes ou plus petites que la moyenne, mais personne n’a la taille d’une fourmi ou d’un gratte-ciel, car nous sommes tous assez semblables.

Le modèle informatique de Pluchino permet de suivre chaque individu tout au long de sa vie active de 40 ans. Pendant ce temps, les individus vivent des événements heureux qu’ils peuvent exploiter pour augmenter leur richesse s’ils sont suffisamment talentueux. Toutefois, ils traversent aussi des épisodes malheureux qui sont susceptibles de réduire leur richesse. Ces événements se produisent au hasard. À la fin des 40 ans, Pluchino et ses collaborateurs classent les individus en fonction de leur richesse et étudient les caractéristiques de ceux qui réussissent le mieux. Ils calculent également la répartition de la richesse. Ils répètent ensuite la simulation plusieurs fois pour vérifier la robustesse du résultat.

Les résultats de la recherche

Lorsque l’équipe classe les individus en fonction de leur richesse, la répartition est exactement la même que dans les sociétés du monde réel. « La règle “80-20” est respectée, puisque 80 % de la population ne possède que 20 % du capital total, tandis que les 20 % restants détiennent 80 % du même capital », rapportent les chercheurs. Ils ajoutent que « le succès maximum ne coïncide jamais avec le talent maximum, et vice-versa ». Dans ce cas, si ce n’est pas le talent, quel autre facteur est à l’origine de cette répartition asymétrique de la richesse ?

Les simulations des chercheurs ont clairement montré que le facteur décisif n’est que la chance, en classant les individus en fonction du nombre d’événements chanceux et malchanceux qu’ils ont vécus au cours de leurs 40 ans de carrière : « les personnes qui réussissent le mieux sont aussi celles qui ont le plus de chance » et « celles qui réussissent le moins sont aussi les plus malchanceuses ».

Quelles pourraient être les conséquences de cette étude pour la société ? Quels secteurs pourraient bénéficier des découvertes faites dans ce domaine ? Quelle stratégie faudrait-il mettre en place pour tirer pleinement parti du rôle que joue la chance dans le succès ?

Signalons au passage que le Conseil européen de la recherche a récemment injecté 1,7 million de dollars US dans un programme visant à étudier le rôle de la chance dans les découvertes scientifiques et à déterminer comment l’exploiter pour améliorer les maximiser le rendement des investissements.

Source : Étude (PDF)

Posté par PS95600 à 17:43 - Permalien [#]