La Rose dans la vallée

27 septembre 2021

Secrétaires de Section PS du Val d'Oise à l'issue du 79ème Congrès

Elu(e)s

Hervé Beaumanoir ;Deuil-la-Barre
Laure Botella ;Herblay-sur-Seine
Sébastien Celerin ;Montigny-les-Cormeilles
Sabine Balland ;Saint-Gratien
Monique Maceratesi ;Saint-Ouen-l'Aumône
Guillaume Merlet ;Vauréal.

ré-élu(e)s

Fabien Bénédic ;Argenteuil
Michèle Vasic ;Bezons
Serge Cordier ;Canton Marines/Vigny
Eric Nicollet ;Cergy
Christian Duffau ;Cormeilles en Parisis
Luc Fricot ;Eaubonne/Montlignon
Nicolas Barbelane ;Ecouen/Ezanville/Saint-Brice
Pierre Mathevet ;Eragny/Oise
Didier Jobert ;Ermont
Michel Nung ;Fosses/Plaine de France
Christophe Dieu ;Garges-les-Gonesse
Pierre Kiani ;Jouy-le-Moutier
Bruno Le Disez ; Méry/Oise / l'Isle Adam
Romain Ezkenazi ;Montmorency
Louis Vincent ;Pierrelaye
Sandra Nguyen-Derosier ;Pontoise
Judes Tocny ;Saint-Leu-La-Foret
Sylvain Lassonde ;Sarcelles
Frank Morot-Sir ;Soisy/Montmorency
Philippe Quéré ;Taverny/Bessancourt
Jean-Jacques Despretz ;Vallée du Sausseron.

Rachid Temal
Sénateur du Val d'Oise
Premier fédéral du Val d'Oise

 

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Elections en Allemagne: le SPD vainqueur, la CDU en déroute

Elections fédérales allemandes 2021dossier
Le parti social-démocrate a remporté les élections législatives en Allemagne marquant la fin de l’ère Merkel avec 25,7% des suffrages, devançant d’une courte tête les conservateurs, selon un décompte officiel provisoire annoncé lundi par la commission électorale fédérale.

par LIBERATION et AFP

L’Allemagne, pôle de stabilité sous l’ère Merkel, entre dans une phase beaucoup plus imprévisible avec de difficiles tractations en vue pour former le prochain gouvernement suite aux législatives : tant les sociaux-démocrates, vainqueurs d’une courte tête, que les conservateurs en revendiquent la direction. Dès lundi matin, les directions des différents partis susceptibles d’entrer dans une future coalition se réunissent à Berlin et devraient donner des indications sur les alliances qu’elles envisagent.

Selon les résultats officiels provisoires annoncés par la commission électorale, le centre-gauche du SPD et leur chef de file Olaf Scholz ont recueilli 25,7 % des suffrages, devançant de peu l’union conservatrice CDU-CSU d’Armin Laschet, qui accuse un score historiquement bas de 24,1 %. Jamais les conservateurs n’étaient tombés sous le seuil de 30 %. Il s’agit d’un cuisant revers pour le camp de la chancelière Angela Merkel au moment où elle doit prendre sa retraite politique.

Au-delà, tout reste à faire dans le pays. Car en Allemagne ce ne sont pas les électeurs qui élisent directement le chef du gouvernement mais les députés, une fois constituée une majorité. Cette dernière est cette fois particulièrement compliquée à constituer car elle doit réunir trois partis – du jamais-vu depuis les années 1950 – du fait d’un émiettement des suffrages. Dans la configuration actuelle, plusieurs solutions sont possibles pour une majorité au Bundestag, qui comptera un record de 735 députés, soit 137 de plus qu’il y a quatre ans selon la commission électorale.

Le SPD, avec 206 députés, pourrait ainsi s’allier avec les Verts, arrivés troisième du scrutin avec 14,8 % (118 députés), et les libéraux du FDP, un parti de droite qui a recueilli 11,5 % (92 sièges). Alternativement, ce sont les conservateurs (196 sièges) qui pourraient gouverner avec les Verts et le FDP. Selon un sondage de Yougov publié dans la nuit de dimanche à lundi, une majorité des électeurs favorise la première option. Et 43 % d’entre eux estiment qu’Olaf Scholz doit devenir le prochain chancelier de la première économie européenne.

 

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23 septembre 2021

L’épidémie a aggravé les inégalités d’accès aux services publics

La défenseure des droits alerte sur la fermeture accélérée des services de proximité et dénonce la dématérialisation qui empêche de nombreux usagers moins connectés à en bénéficier.

par Cécile Bourgneuf et Nicolas Massol

Remplir une feuille d’imposition, acheter un billet de train, faire une demande de carte d’identité… On peut aujourd’hui réaliser de nombreuses démarches administratives en quelques clics sur Internet. Si la dématérialisation facilite les démarches de nombreux usagers pour accéder aux services publics, elle en écarte aussi les moins connectés.

Selon une étude de l’Insee publiée en 2019, 17% de la population française est concernée par la fracture numérique. Une personne sur six n’utilise pas Internet et plus d’un usager sur trois maîtrise mal les outils informatiques de base, voire ne sait pas utiliser un ordinateur. Or la pandémie n’a fait qu’aggraver cette fracture, au détriment des personnes résidant dans des zones blanches ou peu familières d’Internet. La défenseure des droits Claire Hédon alerte sur les risques que représente cette dématérialisation à marche forcée dans les services publics, qui présente trop peu d’alternatives pour ceux qui en sont exclus.

La pandémie a-t-elle exacerbé ou mis en lumière des inégalités d’accès aux services publics ?

On a vu rapidement, au début du premier confinement, des choses très concrètes comme des personnes dont la poste à côté de chez elles était fermée et qui ne pouvaient donc pas recevoir leurs prestations sociales. La Poste a réagi rapidement quand nous le leur avons signalé, ce qui montre bien l’importance du rôle d’alerte que nous pouvons jouer. Nous avons fait des alertes aussi dans le secteur privé auprès de commerçants qui refusaient des paiements en liquide alors que certaines personnes n’ont pas de carte bleue. Côté services publics, cette période a bien montré que si la dématérialisation est une chance pour un grand nombre de personnes qui voient leurs démarches facilitées, elle est aussi très compliquée pour des personnes qui vivent dans des zones blanches sans accès à Internet, qui n’ont pas d’ordinateur, qui ne peuvent pas remplir leur dossier sur Internet ou qui le remplissent mal parce qu’elles ne connaissent pas les outils informatiques, comme les personnes âgées qui n’arrivent pas à s’inscrire sur Doctolib pour se faire vacciner. Il est indispensable de maintenir une présence téléphonique et physique dans les services publics pour toutes ces personnes-là.

L’extension du pass sanitaire est-il un nouveau frein à l’accès aux aux services publics, aux transports publics ?

Cette crise sanitaire a été plus difficile pour les personnes en situation de vulnérabilité : handicap, maladies, ou encore précarité économique. Or il ne faudrait effectivement pas que le pass aggrave les inégalités. Les chiffres de l’assurance maladie sont assez clairs. Les cartes du taux de pauvreté et du faible taux de vaccination se superposent. Ce n’est pas si simple pour des gens en situation de précarité de prendre rendez-vous pour se faire vacciner. Gratuité ne veut pas dire accessibilité. C’est gratuit mais les personnes en situation de pauvreté n’en bénéficient pas parce qu’elles n’ont pas de médecin traitant, parce qu’elles ne savent pas comment se connecter sur Doctolib, parce qu’elles n’ont pas de centres de vaccination à côté de chez elles ou encore parce qu’elles peuvent avoir des difficultés à se projeter dans l’avenir avec les difficultés du quotidien. Les personnes non vaccinées en situation de précarité ne sont pas toutes contre ce vaccin, loin de là. C’est aussi un phénomène qu’on remarque pour les campagnes de dépistage du cancer du sein et du cancer de l’utérus.

Le déremboursement des tests m’inquiète aussi. Surtout s’il devient un obstacle pour l’accès aux soins. L’épidémie a aggravé les inégalités dans le domaine de l’éducation pour les enfants et adolescents qui n’ont pas Internet ou d’ordinateur ou même d’un ordinateur de qualité et équipé des bons logiciels pour travailler dans des conditions satisfaisantes à la maison. A cet égard, le projet d’isoler seulement les élèves non vaccinés et cas contact au collège et au lycée risque d’exclure davantage des jeunes qui sont déjà dans une situation difficile. Je suis pour la vaccination mais, pour les 12-17 ans, l’imposition du pass sanitaire me semble excessive au regard de l’intérêt supérieur de l’enfant. Il ne faudrait pas que des jeunes et des enfants soient exclus d’un certain nombre d’activités d’activités extrascolaires alors que ces activités sont essentielles pour leur développement.

Quels services publics sont globalement difficiles d’accès ?

Les difficultés d’accès aux services publics sont assez larges parce qu’elles peuvent aussi bien concerner des problèmes de cartes grises, de récupération de permis à point, de droit au séjour, de RSA, d’APL… Parmi les situations dont nous sommes saisis, il y a des réclamants qui mettent jusqu’à deux ans pour toucher leur pension de retraite et qui empruntent pendant ce temps-là. Ce sont souvent des personnes qui n’ont pas eu des carrières très linéaires et pour qui reconstituer la retraite est compliqué. C’est donc redoutable s’ils ne parviennent à avoir personne au bout du fil ou sur un point d’accueil. Ces gens-là arriventdésespérés devant nos délégués, qui constatent depuis trois-quatre mois un afflux de personnes épuisées nerveusement, en larmes ou en colère, parce qu’elles ne trouvent aucun interlocuteur pour les aider et cela à cause de la suppression de plus en plus de postes d’accueil.

L’accès au service public est pourtant l’une des bases de notre démocratie et de la confiance qu’on peut avoir dans notre Etat. Si on ne parvient plus à joindre les services publics, on perd cette confiance. Nous avons 550 délégués sur le territoire qui sont la porte d’entrée de 80 % des réclamations que nous recevons. Parmi elles, plus de deux tiers concernent l’accès aux services publics avec près de 100 000 réclamations en 2020 et une forte augmentation, probablement de 10% à 15%, pour l’année 2021. Parmi elles, plus de deux tiers concernent l’accès aux services publics.

Cet afflux est-il lié à la pandémie ?

Il y avait déjà une augmentation des saisines liées à la dématérialisation et aux fermetures de lieux d’accueil. L’épidémie a aggravé ces situations. Nos délégués continuent à dire que c’est «l’enfer» pour un certain nombre de personnes, encore aujourd’hui. On a, par exemple, de nombreuses saisines de personnes en renouvellement de carte de séjour qui ne parviennent pas à prendre rendez-vous sur les sites Internet des préfectures et qui se retrouvent en situation illégale parce qu’elles n’ont pas le récépissé de dépôt de dossier et qui ont perdu, à cause de cela, leur travail et leur logement.

La dématérialisation peut-elle donc être source de sanctions ?

Oui, parfois. J’ai été assez frappée, par exemple, par la situation d’une personne rayée de la liste de demandeurs d’emploi parce qu’elle vit dans une zone blanche où elle n’a pas accès à Internet. Elle n’avait pas reçu à temps le mail de rendez-vous que lui a adressé Pôle Emploi. Certaines personnes ne consultent pas leur mail quotidiennement car ce n’est pas leur une pratique aisée en zone blanche ! Le maintien d’un courrier papier dans ces territoires me paraît indispensable.

La Poste va généraliser la remise du courrier à trois jours, contre deux aujourd’hui. Quelles conséquences cela peut entraîner alors que de nombreux bureaux de poste ferment ?

Le problème, c’est que les bureaux de poste ferment justement là où les services publics sont déjà absents, notamment en zones rurales ou dans des quartiers politiques de la ville. C’est là aussi que les gens se sentent physiquement les plus éloignés. C’est pareil pour les guichets de la SNCF en zone rurale. Nous avons rendu une décision à ce sujet parce que nous recevons des réclamations de personnes qui prennent un train dans une gare (appelée «Pang», points d’arrêts non gérés) où il n’y a non seulement plus personne pour leur vendre un billet mais aussi pas de machine. Dans certaines régions le prix du billet vendu à bord est plus cher et dans certaines situations les voyageurs peuvent être verbalisés pour absence de billet ! Tout le monde n’a pas de smartphone avec l’application SNCF.

En dehors d’une présence physique, comment peut-on améliorer l’accès aux services publics ?

Il suffit déjà d’avoir quelqu’un au téléphone à qui on peut exposer sa situation. Nous avons mené une enquête sur la satisfaction des réclamants lors d’une expérimentation sur la médiation préalable obligatoire pour le RSA. Ce qu’il en ressort c’est évidemment, le degré de satisfaction des réclamants lorsque leur situation a trouvé une issue favorable par l’intermédiaire de nos délégués mais aussi quand une explication a été apportée lors d’un refus ou d’une difficulté. Pour un certains nombres d’exclus du numérique l’accès aux droits passe par le dialogue.

Pour pallier le départ de services publics dans certaines zones rurales, Emmanuel Macron a lancé la création de «Maisons France service», qui regroupent plusieurs administrations dans un même lieu. Que pensez-vous de cette initiative ?

C’est intéressant, à condition que ces maisons regroupent l’ensemble des services publics et que les personnes à l’accueil soient formées. Ce n’est pas le cas aujourd’hui dans toutes ces maisons. Les personnes sont censées être polyvalentes sur tous les sujets : Pôle emploi, RSA, retraites, le droit au séjour, carte grise etc., sinon ça ne peut pas marcher. Il est encore un peu tôt pour faire un bilan. Par ailleurs, ce dispositif ne doit pas être une raison pour supprimer à nouveau des services publics mais plutôt pour compenser ce qui a déjà été fermé. On ne peut pas indéfiniment fermer les services publics de proximité. Je ne suis, en outre, pas certaine que ce soit rentable. Le coût en lien social et en confiance dans notre démocratie est bien plus élevé que l’économie qu’on peut faire en supprimant l’accès au service public.

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18 septembre 2021

Pour l’Onu, la France bafoue les droits des personnes handicapées

En 2010, la France ratifiait la convention relative aux droits des personnes handicapées. Onze ans plus tard, le Comité des droits des personnes handicapées des Nations Unies pointe les lacunes de l’État français qui n’a pas intégré l’approche du handicap fondée sur les droits de l’Homme. Y compris concernant l’AAH.

Le Gouvernement se retrouve de plus en plus isolé. L’Onu vient, elle aussi, de se prononcer en faveur de la déconjugalisation de l’allocation adulte handicapé (AAH). Un nom de plus – et pas n’importe lequel – sur la déjà longue liste des partisans de la suppression de la prise en compte des ressources du conjoint pour le calcul de cette allocation.

Le Comité des droits des personnes handicapées (CDPH) des Nations Unies recommande en effet au gouvernement français de « réformer le règlement de l’AAH afin de séparer le revenu des personnes handicapées de celui de leur conjoint ».  Un pavé dans la mare de la secrétaire d’État chargée des personnes handicapées qui y est farouchement opposée. Pour Sophie Cluzel, il faut continuer à prendre en compte les ressources du conjoint pour calculer l’AAH.

18 pages de « sujets de préoccupation »

Cette divergence de vues est loin d’être la seule, concernant la mise en œuvre de la Convention relative aux droits des personnes handicapées. Fin août, le CDPH avait auditionné la délégation française, emmenée par Sophie Cluzel. Ses observations finales, rendues publiques le 14 septembre et dans lesquelles figure la préconisation sur l’AAH, contiennent certes quelques points positifs.

Comme la reconnaissance, il y a deux ans, du droit de vote à toutes les personnes handicapées. Ou bien l’instauration de sanctions, en 2019, en cas de non-respect des obligations de mise en accessibilité numérique. Mais la liste des « sujets de préoccupation » est bien plus fournie. Ils occupent 18 des 20 pages du rapport !

« Mettre fin à l’institutionnalisation »

L’un des plus spectaculaires concerne les établissements. Plus de 150 000 adultes et 20 000 à 30 000 enfants handicapés y résident. Sur le fondement de l’article 19 de la convention qui consacre le droit à vivre de manière indépendante, le CDPH préconise en effet de « mettre fin à l’institutionnalisation ». Y compris dans l’habitat inclusif et dans l’habitat partagé. Or, le Gouvernement souhaite, lui, développer ces « foyers de petites taille » comme les appelle le comité.

« Progresser vers l’éradication » des Ésat et des Ulis

La désinstitutionnalisation doit également concerner les établissements et services d’aide par le travail (Ésat). Le CDPH appelle en effet à leur « éradication ». La divergence est, là aussi, profonde avec le Gouvernement, qui vient d’élaborer un plan d’amélioration des droits de leurs usagers.

« Les classes spéciales séparées dans des écoles ordinaires », les Ulis, sont aussi dans le viseur du comité. « Ce contexte d’éducation ségréguée (…) perpétue la stigmatisation et l’exclusion. »

Lire aussi

Revenir aux 100 % de logements accessibles

Pour le CDPH, la convention fixe une ligne claire : les personnes handicapées doivent vivre parmi les autres. Ce qui suppose que tout soit accessible.

Le comité demande donc, entre autres, à la France d’abroger les dispositions de la loi Élan qui ont abaissé de 100 % à 20 % la part de logements devant être accessibles dans les immeubles neufs.

Adapter la PCH « aux coûts réels du handicap »

Il lui recommande également de garantir aux femmes handicapées « des soins de santé sexuelle et reproductive appropriés ».D’augmenter la prestation de compensation du handicap « en fonction des coûts réels du handicap ». Ou bien encore de « reconnaître la langue des signes française comme une langue officielle ».

« Approches paternalistes du handicap »

Plus généralement, le CDPH reproche à la France une « législation et des politiques publiques fondées sur le modèle médical et les approches paternalistes du handicap ». Elle appelle donc les pouvoirs publics à « transposer dans le droit interne le modèle du handicap fondé sur les droits de l’Homme ». 

« En France, la personne handicapée n’est pas considérée comme un sujet de droits, mais comme une personne avec des incapacités, approuve, dans une note, APF France handicap. C’est ce paradigme qu’il convient de changer en adaptant notre législation et en revoyant la définition même du handicap conformément à la convention. »

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14 septembre 2021

Cédric Van Styvendael, reconstruire la maison

Le nouveau maire de Villeurbanne, où se tient le congrès du Parti socialiste le week-end prochain, est un pragmatique, passé par le scoutisme et la direction de l'office HLM.

Cédric Van Styvendael à Villeurbanne le 31 août. (Bruno Amsellem/Libération)

par Maïté Darnault, correspondante à Lyon

Il a donné rendez-vous aux portes d’un chantier. Celui de l’Autre Soie, un ancien foyer d’ouvrières aux verrières Art-Déco entouré d’un parc en friche, où se mêleront d’ici à quelques années habitat populaire et coworking, salle de spectacles et jeux d’enfants. Cédric Van Styvendael (CVS) veut en faire un «démonstrateur d’utopie» : «Le logement des plus fragiles est vu comme un truc qu’il faut planquer, alors que c’est une formidable opportunité de développement économique, social et culturel.» A 47 ans, l’homme au visage poupin, œil clair et cheveu ras, est le sixième maire socialiste d’affilée de Villeurbanne, 150 000 habitants. Ce satellite industriel de Lyon s’est gentrifié mais garde le cœur à gauche depuis plus de cent ans. C’est là qu’Anne Hidalgo a invité ses soutiens dont fait partie Cédric Van Styvendael, le 12 juillet, pour touiller la marmite programmatique. Villeurbanne serait devenue the place to be socialiste. Sur ses terres aura lieu aussi le 79e congrès du Parti socialiste (PS), les 18 et 19 septembre prochains.

L’élu prend la pose au milieu des travaux, suant au soleil assis sur un tas de gravats. Le parallèle avec l’état du parti au poing et à la rose est tentant. «On est passés à ça que le PS disparaisse», juge CVS. Dans la métropole de Lyon, en 2017, la mue des cadres socialistes en pèlerins marcheurs a viré à l’hémorragie sous la houlette de Gérard Collomb. Pour les municipales 2020, les écologistes ciblaient Villeurbannepour broder leur «récit national». Dans le Rhône, ils ont conquis Lyon et la métropole, mais pas la ville voisine. Car CVS est parvenu à leur opposer au premier tour une union des gauches. Alliés au second tour, les Verts ont récupéré un quart des sièges. Le novice en politique a, lui, hérité du fauteuil de vice-président à la culture du Grand Lyon, dirigé par l’écologiste Bruno Bernard. Gagnant-gagnant.

«Ma seule force politique, c’est la liberté que me donne mon parcours professionnel», dit CVS. Après le bac, l’élève «très moyen» de Chambéry file en fac de socio à Lyon, où il loge en résidence universitaire. Cédric Van Styvendael intègre sciences-po, puis se forme aux sciences de l’éducation. Premier «job» à Paris, chez les scouts et guides de France où, enfant, il a fait ses classes, de louveteau à compagnon. Commissaire national en charge des quartiers populaires, il envoie des milliers de «gamins» en camps d’été. Et visite, en quatre ans, la cinquantaine de «gros quartiers» du pays : un tour de France gris béton qui vaut cours intensif de politique de la ville. En 2009, il obtient le poste de directeur général de l’office HLM de Villeurbanne qu’il a dû quitter après son élection. Aujourd’hui, la structure gère 15 000 logements et emploie 300 personnes. Parmi eux, plus de la moitié sont des gardiens d’immeubles. «Tous connaissaient le DG, il les appelait régulièrement pour venir prendre un café en tête-à-tête», raconte Farida Kendri, chargée de mission au pôle innovation sociale de l’organisme.

«C’est essentiel de toujours laisser plusieurs portes ouvertes, sinon, c’est le meilleur moyen de se planter», estime celui qui gagne environ 8 400 euros net mensuels pour ses mandats. En 2014, il lance, avec la fondation Abbé-Pierre, l’association Vers un réseau d’achat en commun (Vrac), qui développe des groupements d’achats dans les quartiers prioritaires. Pas question de ne laisser que les miettes aux pauvres, eux aussi ont droit au bio et au bon. Cédric Van Styvendael a ses habitudes dans un bar cantine de Lyon. Il place son patron, Boris Tavernier, aux manettes de Vrac, aujourd’hui présente dans treize villes de France.

«C’est la première fois qu’une structure d’aide alimentaire n’est pas liée à la question du gaspillage, des restes, souligne ce dernier. Il me connaissait seulement comme serveur et cuistot, il sait faire confiance à des mecs qui ne lui ressemblent pas.» Laurent Rey, voisin et ami de vingt ans, ancien chef des jeunes RPR en Savoie, confirme cette «capacité à embarquer les gens». Le «pote de droite» en question s’est retrouvé à animer, en 2020, le premier grand meeting de Styvendael devant les huiles de gauche venues de Paris. Une entrée reste verrouillée, celle de la foi. «Je suis catholique pratiquant, je ne le cache pas, mais j’ai fait le choix depuis que je suis maire de ne pas en parler, pour respecter ma responsabilité liée à l’état laïque», explique l’élu. Tout juste cite-t-il l’Evangile selon Matthieu : «Quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte…» Chapitre clos.

A la maison, l’homme politique écoute de la chanson française, de Ferrat à la Rue Kétanou, et s’aère en lisant du Caryl Férey, qu’il a fait découvrir à Grégory Doucet, le maire EE-LV de Lyon. «On s’entend assez bien en n’ayant pas vingt ans de politique derrière nous», souligne l’écolo. La bibliothèque de l’élu qui vit dans le quartier Cusset à Villeurbanne héberge aussi l’Eloge du risque de la philosophe Anne Dufourmantelle ou Réconciliation du rappeur Abd al-Malik. Cédric Van Styvendael s’est marié tôt avec Bérengère, Lyonnaise rencontrée à 19 ans chez les scouts, enseignante dans un institut médico-éducatif pour enfants handicapés. «Je lui dois tout», résume-t-il. Ils ont eu quatre enfants, aujourd’hui jeunes adultes. Un moment n’appartient qu’à eux six : l’apéro familial du dimanche soir. Aîné d’une fratrie de quatre garçons, Cédric Van Styvendael a passé son enfance au Biollay, un quartier populaire de Chambéry où son père, éducateur, dirigeait un foyer de jeunes travailleurs. Sa mère, infirmière, s’est arrêtée pour élever la tribu, agrandie suite à l’adoption d’une fillette de 8 ans.

C’est «au moment de la candidature de Ségolène Royal à la présidentielle» que Cédric Van Styvendael prend sa carte au PS. Il attend dix ans pour la renouveler, en 2017, lorsqu’il devient président de Housing Europe, fédération d’acteurs du logement social qui compte 22 pays. Il mène alors son «premier combat médiatique» contre les lois de finances qui mettent à l’arrêt la production des HLM en France. En 2017 encore : CVS reçoit un appel de Ian Brossat, adjoint au logement à la mairie de Paris, qui lui offre la direction de Paris Métropole Habitat, le «Graal» du métier. Le provincial finit par décliner : «J’ai choisi le territoire où j’aurais le plus d’impact.» A l’unisson, Jean-François Debat, trésorier du PS, le député LREM de Villeurbanne, Bruno Bonnell, Cédric Villani, porte-parole de l’écologiste Delphine Batho, et Laurent Rey, le copain de droite, voient en lui un politique «d’avenir». «C’est flatteur et sympa, tempère Van Styvendael. Mais pour le moment, j’ai juste fait une campagne et des promesses. Mon boulot, ça va être de les tenir.»

15 octobre 1973 Naissance à Lyon.

Mai 2009 Directeur général de l’office HLM de Villeurbanne.

4 juillet 2020 Elu maire.

18 et 19 septembre 2021 79e congrès du PS.

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27 juin 2021

Handicap et PCH : l’aide humaine ne plombe pas les budgets des départements

Le bénéfice de de la réduction des heures d’aide humaine est insignifiant pour le budget des départements mais dramatique pour les allocataires concernés. © DR

De nombreux départements cherchent à réduire le volume d’heures d’aide humaine attribué aux allocataires de la PCH, au motif que cela leur coûterait trop cher. Pourtant, l’analyse de leurs budgets montrent que ce poste représente moins de 2 % de leurs dépenses annuelles.

« Contenir la montée en charge de la PCH. » Le département du Nord ne s’en cache pas, comme le démontrait faire-face.fr dans un récent article. Il veut réduire la charge financière de cette prestation de compensation du handicap qui sert à financer essentiellement des aides humaines. Quitte à tailler dans les plans de compensation attribués aux personnes ayant de fortes limitations d’activité. « Et c’est une tendance de fond dans de nombreux départements », souligne Malika Boubékeur, la conseillère nationale compensation d’APF France handicap.

Les 93 % de la PCH sont consacrés à l’aide humaine

Pourtant, le poids financier de l’aide humaine reste relativement limité. En 2018, selon les données rendues publiques par l’Assemblée des départements de France (ADF), la PCH équivalait à 2,85 % des dépenses totales hors remboursement de dette.

Mais pour être juste, il faut déduire la part que la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) rembourse aux départements, soit 30 %. Et prendre en compte le fait que l’aide humaine représente 93 % de la prestation, selon la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees). Ces ajustements faits, le poids réel de l’aide humaine tombe à 1,85 %.

Une étude basée sur des données officielles en accès libre

Les travaux beaucoup plus fins, menés par un militant de la compensation, que faire-face.fr a pu consulter et vérifier, permettent de confirmer cette fourchette nationale. Et de dresser le tableau, département par département.

Ce militant s’est basé sur des données officielles en accès libre. D’un côté, les dépenses d’aide sociale des départements, en 2018, collectées par la Drees (fichier séries longues). Elles détaillent, entre autres, le montant brut de l’aide à domicile (1), dont 93 % est constitué d’aide humaine.

De l’autre, l’ensemble des dépenses de chaque conseil départemental, rendues publiques par la direction générale des collectivités locales (voir page 10). Il a ensuite rapporté l’une à l’autre pour mesurer le poids de la PCH aide humaine dans le budget.

Lire aussi

Des écarts importants selon les départements

Résultat moyen au niveau national : 1,75 %. Soit peu ou prou le pourcentage (1,8 %) que les données communiquées par l’ADF permettent de calculer.

Mais cette moyenne cache de fortes disparités : de 3,6 % à 0,3 %, d’un territoire à l’autre. Dans le Nord, par exemple, elle atteint 2,6 %. Ces écarts peuvent s’expliquer par des facteurs socio-démographiques, comme l’âge de leur population notamment (plus les habitants sont âgés, plus le pourcentage de personnes handicapées est élevé). Mais aussi par leur politique d’attribution de la PCH.

Des économies réalisées insignifiantes

Dans tous les cas, non, l’aide humaine n’est pas un gouffre financier pour les départements. La réduction des heures d’aide humaine est donc insignifiante dans leurs budgets, alors qu’elle peut avoir des conséquences dramatiques pour la vie des personnes en situation de handicap.

Des emplois créés et non délocalisables

De plus, la PCH n’est pas une prestation sociale « détournable” pour faire ou acheter autre chose que ce pour quoi elle a été attribuée. Même si ce n’est pas sa fonction première, elle finance donc des emplois non délocalisables. C’est tout à la fois un droit, consacré par la loi de 2005, et un investissement.

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24 juin 2021

Le 27 juin 2021, votons et faisons voter pour la liste Bayou

 
 

Le 27 juin 2021, votons et faisons voter pour la liste Bayou

communiqué de presse de la Gauche Républicaine et Socialiste du Val-d'Oise - 24 juin 2021

La Gauche Républicaine et Socialiste se réjouit que Julien Bayou, Audrey Pulvar et Clémentine Autain aient immédiatement annoncé, au soir du dimanche 20 juin 2021, leur intention de constituer une liste commune pour le second tour. La division au premier tour, alors que les programmes étaient si proches, n’étaient en rien justifiées ; cette situation n’a sans doute pas non plus aidé à mobiliser les électeurs.

Cependant l’abstention massive, notamment en Île-de-France, démontre à quel point notre système institutionnel est mal en point et que la confiance entre les citoyens et leurs institutions, mais aussi les organisations politiques qui donnent d’elles un spectacle peu reluisant, est profondément atteinte, surtout quand certaines listes entretiennent la confusion en ne parlant jamais des dossiers régionaux ou de leur bilan. Il ne suffira pas pour que les Valdoisiens et les Français retrouvent le chemin des urnes de leur « faire la leçon » et de leur donner des ordres.

La Gauche Républicaine et Socialiste appelle à voter massivement pour cette liste de rassemblement de la gauche et des écologistes qui sera conduite par Julien Bayou et qui – si les électeurs le lui permettent – est en capacité de battre la droite conservatrice de Valérie Pécresse et lui reprendre le conseil régional, après 6 années d’actions calamiteuses. Face à la liste Bayou qui défend un programme concret pour agir au niveau régional, Mme Pécresse et ses amis – mais aussi la liste de la majorité présidentielle – préfèrent aussi emplir les médias d’insultes et de désinformation : c’est la démonstration d’une forme de panique des droites conservatrices et libérales, incapables d’assumer leur programme et leur bilan.

Le dimanche 27 juin 2021, nous appelons les électeurs dubitatifs qui ne sont pas allés voter le 20 juin à se déplacer pour s’exprimer ; nous appelons les électeurs des listes de gauche du premier tour à se mobiliser à nouveau : tous ensemble, nous pouvons mettre Valérie Pécresse à la retraite ; tous ensemble, nous pouvons porter la justice sociale, l’urgence climatique et la République au premier plan des actions régionales, en votant pour la seule liste qui le propose, celle conduite par Julien Bayou.

 

 

 

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23 juin 2021

1er tour Elections Régionales dans le Val-d’Oise, canton Ermont-Eaubonne

 

 

  EAUBONNE ERMONT Val d'Oise

Ile de France

PECRESSE 36.1 38.9 35.2 34.2
BARDELLA 16.6 13.9 17.5 13.9
PULVAR 11.8 9.6 11.2 11.2
BAYOU 13.7 12.5 10.1 13.7
ST MARTIN 12.4 11.1 10.0 11.6
AUTAIN 7.4 9.5 9.0 10.1

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21 juin 2021

1er tour Elections départementales dans le Val-d’Oise, canton Ermont-Eaubonne

Résultats du premier tour dans- le département : Val-d'Oise

Inscrits        730 245
Abstention 72,73 % (531 140)
Votants  27,27 % (199 105)
Blancs 2,53 % (5 044)
Nuls   1,27 % (2 524)
Binôme des Républicains LR 20,63 %
Binôme Rassemblement National RN 17,79 %
Binôme d'union à gauche avec des écologistes UGE13,66 %
Binôme Union à droite UD 12,75 %
Binôme Union à gauche UG 9,11 %
Binôme du Parti Socialiste SOC 4,67 %
Binôme Divers DIV 3,49 %
Binôme Divers droite DVD 3,32 %
Binôme écologiste ECO 2,85 %
Binôme Divers gauche DVG 2,5 %
Binôme La République en Marche REM 2,47 %
Binôme Union au centre UC 1,52 %
Binôme de l'Union des Démocrates et des Indépendants UDI  1,23 %
Binôme Divers centre DVC 1,15 %
Binôme d'union au centre et à droite UCD 1,1 %
Binôme du Parti communiste français COM 0,76 %
Binôme Extrême gauche EXG 0,73 %
Binôme du Parti radical de gauche RDG 0,27 %

Résultats du premier tour dans le canton : Ermont

-Inscrits 33 791
Abstention 70,16 % (23 707)
Votants 29,84 % (10 084)
Blancs 1,68 % (169)
Nuls 0,91 % (92)
M. HAQUIN Xavier et Mme PLELAN Noellie
Binôme Union à droite
3 438 votes 35.00 %  ( 23.55% à Eaubonne,  45.11% à Ermont)
M. BERTHAULT Grégory et Mme KALACHNIKOFF Clarisse
Binôme écologiste
1 448 votes 14,74 %  ( 17.80% à Eaubonne,  12.04% à Ermont)
Mme DRAGIN Catherine Marielle et M. MELO DELGADO César
Binôme La République en Marche
1 445 votes 14,71 %  ( 19.14% à Eaubonne,  10.79% à Ermont)
M. BOTTEAUX Alain et Mme DESMONTS Véronique
Binôme Rassemblement National
1 336 votes13,6 %  ( 14.43% à Eaubonne,  12.86% à Ermont)
Mme DÉCHAUX Hanen et M. GUILLON Gauthier
Binôme Union à gauche
1 171 votes 11,92 %  ( 16.02% à Eaubonne,  8.30% à Ermont)
Mme CAUZARD Carole et M. HEUSSER Jean-François
Binôme d'union à gauche avec des écologistes
985 votes 10,03 %  (9.05 % à Eaubonne,  10.89% à Ermont)

 

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11 juin 2021

Les droits des autres

par Frédéric Worms, professeur de philosophie à l’Ecole normale supérieure

Il y a une question qui revient, ou du moins qui devrait revenir au premier plan, aujourd’hui, c’est celle de ce qu’on appelait autrefois les «droits de l’homme». Oui, ils reviennent, mais à quel prix. C’est à travers des violations terribles et que l’on croyait impossibles, du moins à la face du monde. Des populations entières soumises à une destruction totalitaire extrême, comme aujourd’hui les Ouïghours en Chine (et ils nous rappellent les autres ailleurs, car il faut partir du pire pour s’imaginer de quoi on parle). Des provocations totalitaires extrêmes, aussi, qui visent à rendre la Terre entière inhabitable pour des «nouveaux dissidents» comme les nomme l’Association du même nom. On comprend la peur des opposants biélorusses après le détournement inouï d’un avion pour capturer l’un d’entre eux (Roman Protassevitch). Ce message est envoyé par bien des dictateurs et des régimes : ils parlent de frontières, mais leur terreur n’en a pas, et nulle part les opposantes et opposants ne seront en paix. L’intimidation des journalistes et d’autres que certains continuent à traiter de «bien-pensants» se généralise, y compris dans les démocraties où les digues n’ont pas (ou pas encore) cédé. Oui, on devrait se dire, comme dans le titre d’un livre qui n’avait finalement pas été écrit : «La question des droits de l’homme n’est pas terminée». Elle revient nous obséder, elle revient au premier plan.

Ou plutôt, elle le devrait. Mais elle rencontre un obstacle inattendu, et pas seulement celui des dictateurs et des ricaneurs. Cet obstacle, c’est un étrange sentiment historique, «générationnel» peut-être, mais auquel il faut trouver une réponse. Quel est ce sentiment ? Ce n’est pas le regret d’avoir défendu des droits qu’on ne doit d’ailleurs plus appeler de «l’homme», mais des «êtres humains». Non. C’est le sentiment que ce combat, qui n’est pas dépassé, est pourtant séparé des autres combats du moment et de l’avenir, et qu’il faut, absolument, les relier. On a toujours reproché aux droits leur abstraction. Pensez aux camps chinois, vous serez guéris de cette erreur. Mais il est vrai que les crises et les violences économiques, sanitaires, climatiques, qui se combinent, renforcent cette impression aujourd’hui. Comment relier tous ces sujets ? Ce ne sont pas seulement les nouveaux bourreaux, mais les nouveaux problèmes et une nouvelle époque qui nous donne ce sentiment d’un changement «historique» et d’une urgence nouvelle. Nous «croyons» à l’histoire, ce sentiment le confirme. Mais il faut y répondre.

Or, cette réponse nous paraît s’imposer, très concrètement. Ce qui est difficile à admettre pour les dictateurs, ce à quoi chacun de nous résiste peut-être intimement, ce ne sont pas les droits des êtres humains en général, mais ce sont les droits des autres. Les uns auraient des droits, c’est entendu, mais les «autres» ? Or, c’est tout le problème. Et c’est par là que l’on rejoint immédiatement les problèmes concrets d’aujourd’hui et de demain, jusqu’à la cohabitation sur la Terre, y compris avec les autres vivants. En parlant de «droits des autres» il ne s’agit pas de revenir aux querelles datées, quoique nobles, qui ont déchiré une génération, par exemple sur les droits «à la Différence» ou, comme disait Levinas «de l’autre Homme». Il ne s’agit pas ou plus d’un absolu. Mais au contraire et justement du relatif. Les droits des autres, qui n’abolissent pas les droits des uns, qui supposent donc du conflit, et de la reconnaissance. Les droits des autres concrets, sur un même «territoire» ou dans un même Etat. Ou sur un même «problème», car les uns et les autres n’auront pas le même «avis». Et il faut donc construire cette démocratie que l’on dit aujourd’hui «délibérative», la discussion critique, qui est essentielle à la démocratie tout court. Des droits des autres, parfois lésés par les actes des uns, dans un passé qu’il faut donc aussi reconnaître. Des droits des autres, définis par les discriminations qui rendent leur vie invivable. Qu’ils et elles ne revendiquent pas pour détruire mais pour vivre et, à leur tour, pour les autres qu’eux, et elles. Car bien sûr la règle des droits «des autres», c’est que nous le sommes tous, c’est la règle de la réciprocité, de la solidarité. Quand on parle concrètement des autres, on n’est pas forcé de sacrifier quiconque, et certainement pas «soi-même» ! Les droits des autres, cela rejoint le commun et son partage de la santé et de la Terre, mais sans oublier que celles-ci supposent des accès concrets, depuis des situations qui ne sont pas toutes égales, et qui imposent parfois des arbitrages douloureux (les priorités pour le vaccin, y compris pour les pays qui en sont privés). Et il faudrait continuer ainsi, relier tous les sujets, sous ce signe. Car ce qui relie les combats du moment, ce qui devrait relier tous ceux qui veulent une alternative, c’est justement cette forme concrète de l’altérité. C’est de s’opposer à ceux qui revendiquent (absurdement, car dès la naissance les autres nous posent un problème intime !) de ne penser qu’aux uns et dont les idées commencent à dominer le monde. C’est de penser aux autres. Mais sous la forme très concrète et encore à construire dans tant de domaines, non seulement des droits des uns, mais des autres.

Chronique assurée en alternance par Michaël Fœssel, S

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03 juin 2021

Edgar Morin, l’enfant d’un siècle

Dans son dernier ouvrage «Leçons d’un siècle de vie», le philosophe revient sur les étapes clés de sa vie pour en souligner les erreurs, la difficulté de comprendre le présent et la nécessité de faire son autocritique pour réussir à vivre ensemble.

par Quentin Girard

«Bien sûr, je préférerais passer l’été que le Léthé», tweetait Edgar Morin, début mai, faisant référence à l’un des cinq fleuves des enfers dans la mythologie grecque, «le fleuve de l’Oubli», première étape du passage de la vie au trépas. La mort, alors que le philosophe aura 100 ans le 8 juillet et que de nombreux hommages lui seront rendus, il y pense bien sûr et il ne s’en cache pas. C’est ainsi : elle guette. Ce n’est pas une raison pour arrêter de penser et surtout de partager ses réflexions. Leçons d’un siècle de vie, qui sort cette semaine, est peut-être son dernier ouvrage (ou peut-être pas). Il aurait pu en faire un essai autocentré sur lui-même, à sa propre gloire. Il aurait pu aussi donner des conseils de manière sentencieuse, du haut de son grand âge, à tous ces petits jeunes qui ne comprennent rien. Après tout, il était déjà boomer quand les boomers n’étaient pas encore de ce monde, né à une époque où on ne donnait pas des noms aux générations mais où l’odeur de poudre des canons de la Première Guerre mondiale était dans toutes les têtes. Au contraire, fidèle à lui-même et à son éthique de la complexité, Edgar Morin retrace sa vie pour en souligner les erreurs, la difficulté de comprendre le présent et la nécessité de faire son autocritique pour réussir à vivre ensemble. Si les spécialistes de l’œuvre de l’homme n’apprendront probablement pas grand-chose, l’essai est une bonne remise en perspective de son approche transdisciplinaire et humaniste, de ses principales obsessions et «leçons», qu’il tire de lui-même et qu’il ne dispense pas comme un vieux maître d’école aigri. Le grand-père de tous les Français a un rêve secret : qu’une fois qu’il ne sera plus là, on arrive toujours (ou de nouveau ?) à s’aimer, les autres et soi-même, plutôt que de continuer piteusement sur la pente de la régression occidentale cernée par les néo-totalitarismes en gestation, notamment en Chine.

«Chacun a une identité complexe»

Alors, il commence avec ces questions, subtilisées à Kant : «Que puis-je connaître ? Que dois-je faire ? Que m’est-il permis d’espérer ?» «Je suis français d’origines sépharades, partiellement italien et espagnol, amplement méditerranéen, européen culturel, citoyen du monde, enfant de la Terre-Patrie. Peut-être tout cela en même temps ? Non, cela dépend des circonstances et des moments où tantôt l’une tantôt une autre de ces identités prédomine», écrit-il. A une époque où la tentation du repli sur soi est de plus en plus grande, il rappelle, avec son universalisme, à quel point il est difficile de définir un être humain : «Chacun a l’identité de sa famille, celle de son village ou de sa ville, celle de sa province ou ethnie, celle de son pays, enfin celle plus vaste de son continent. Chacun a une identité complexe, c’est-à-dire à la fois une et plurielle.»

Très tôt, il prit conscience d’un paradoxe : «Mon besoin essentiel, dès l’adolescence, fut la réalisation de mes aspirations propres, et, en même temps, le désir de vivre dans une communauté d’amour et/ou d’amitié», et on sait à quel point il est parfois difficile que l’un n’écrase pas l’autre, surtout si on a de grandes ambitions. Pourtant, «le Je a besoin du Tu, et le Je a également besoin du Nous».

Edgar Morin est né à Paris. Ses parents, des juifs sépharades, donc, venaient de Salonique, en Grèce, sous l’Empire ottoman. A la maison, ils parlaient le français et le vieux castillan, le djidio. Ils n’étaient pas religieux, plutôt anti. Edgar Nahoum ne se sentait pas spécialement politisé avant un premier coup de semonce à l’âge de 12 ans, la manifestation antiparlementaire d’extrême droite du 6 février 1934, puis un second, l’invasion allemande qui finit par le faire passer du pacifisme à la résistance, où il prit le nom de «Morin». «Une des grandes leçons de ma vie est de cesser de croire en la pérennité du présent, en la continuité du devenir, en la prévisibilité du futur», juge-t-il. Et de rappeler «l’imprévu de la grande crise de 1929, laquelle a ravagé le monde et coproduit le nazisme et la guerre, l’imprévu de l’accession de Hitler au pouvoir», mais aussi les imprévus de la guerre d’Espagne, Vichy, la guerre d’Algérie, Khrouchtchev qui désavoue Staline, Khrouchtchev qui est destitué, la chute de l’URSS, le World Trade Center, etc. «L’histoire humaine est relativement intelligible a posteriori mais toujours imprévisible a priori», rappelle-t-il.

Face à ce flou du temps présent, il est facile de faire des erreurs politiques. Edgar Morin en recense deux grandes dans son parcours politique et intellectuel. Son pacifisme avant la Seconde Guerre mondiale l’a empêché de voir la vraie nature du nazisme et pendant très longtemps, il a espéré que l’Allemagne, «le pays le plus cultivé d’Europe», finirait par revenir à la raison. L’autre fut son voyage en «stalinie», comme il dit, sa longue croyance dans l’URSS et dans le dictateur dont il émergea au début des années 50, ce qui le fit exclure du PC. «Dans les premières années de la guerre froide, l’impérialisme américain doté d’un monopole atomique provisoire me camouflait l’impérialisme soviétique et l’emprise totalitaire qu’il exerçait sur les nations vassalisées», écrit-il. «Mon séjour de six ans en stalinie m’a éduqué sur les puissances de l’illusion, de l’erreur et du mensonge historique», ajoute-t-il, expliquant: «Je regrette donc mes erreurs et ne les regrette pas, car elles m’ont donné l’expérience de vivre dans un univers religieux absolutiste qui, comme toute religion, a eu ses saints, ses martyrs et ses bourreaux.» Lui-même ayant été aveuglé, il sait à quel point il est facile de l’être et de se laisser entraîner. «J’ai vu dériver des socialistes vers une Europe nazie qu’ils pensaient devenir socialistes, j’ai vu en Allemagne, dans les années 1930, des masses antifascistes passer au fascisme […]. J’ai vu le sceptique et subtil Pierre Courtade comme l’immense Pierre Hervé justifier dans des termes abjects des procès eux-mêmes abjects. J’ai vu le bon André Mandouze légitimer ainsi les assassinats et calomnies du FLN contre les messalistes : “Que veux-tu, on ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs.”»

Citant Hegel, Pascal, Héraclite, Rousseau, Voltaire, Dostoïevski, ou ses (nombreux) anciens ouvrages, il tente d’alerter sans braquer sur nos passions du présent : «Je vois actuellement des dérives intellectuelles étonnantes, et nous en verrons d’autres.» Malheureusement, il ne précise pas lesquelles, et chacun pourra continuer de voir midi à sa porte. De même, quand le chercheur pousse à toujours réfléchir, croiser les sources et remettre en cause les vérités établies, au sortir de la pandémie il fera tout autant plaisir aux partisans de la raison qu’aux complotistes.

Pour éviter cela, la solution est, paradoxalement, simple : accepter sa complexité, celle du monde et celle des autres. Il dit : «Un phénomène, une action ne peuvent être conçus correctement que dans leur contexte. Un mot polysémique ne prend son sens que dans la phrase, et la phrase ne prend son sens que dans le texte.» Ou encore: «L’humain n’est ni bon ni mauvais, il est complexe et versatile.» Embrassant «la poésie de la vie», Edgar Morin s’est construit au fil de son enfance, avec la mort précoce de sa mère, de ses rencontres, notamment pendant la Résistance, période centrale qui revient de nombreuses fois dans son texte, de ses amis, comme Marguerite Duras et Robert Antelme dans la communauté de Saint-Benoît, et de ses amours. Marié quatre fois, il est en couple avec la sociologue marocaine Sabah Abouessalam, trente-huit ans de moins que lui, et qui l’aide désormais à écrire ses ouvrages. Dans son essai, il regrette de ne pas avoir été un bon père ou parfois de n’avoir «pu échapper à des accès de colère ni à des accès déments d’Eros». Les erreurs, encore, celles-là plus personnelles. Ce n’est qu’en les reconnaissant, qu’on apprend à vivre en communauté. Une fois conscient de ses propres limites et égarements, on comprend et pardonne mieux ceux des autres.

Edgar Morin regrette que nous vivions dans une société où les progrès techniques et économiques entraînent une régression politique et civilisationnelle, et où on aurait oublié l’humain et la nature au profit des statistiques et des sondages. Il appelle la gauche à continuer de puiser «simultanément» dans quatre sources, la socialiste, la communiste, la libertaire et l’écologique sans en négliger une. Et il souhaite remettre la bienveillance au centre du jeu. «Je pense, à la suite d’Ivan Illich, que la convivialité est un élément capital de la qualité de vie, qu’elle est “poétisante”», écrit-il. Il continue : «Le mépris, l’indifférence, l’arrogance de classe, de race, de hiérarchie sont des fléaux de civilisation qui, en imposant l’humiliation, empêchent ceux qui la subissent d’être reconnus dans leur pleine qualité humaine.» Le risque : ces prochaines années, la multiplication des révoltes et des manifestations, comme les gilets jaunes, par une partie du peuple réclamant, enfin, de la dignité.

Le secret, alors, pour repartir de l’avant ? «Faire coopérer la raison ouverte et la bienveillance aimante.» Simple en apparence, complexe à mettre en œuvre.

Leçons d’un siècle de vie, Edgar Morin, Denoël, juin 2021, 160 pp., 17 €

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