La Rose dans la vallée

14 septembre 2020

Suez - Véolia au Parlement

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Suez - Véolia : opération capitalistique

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16 juillet 2020

Pour un impôt européen temporaire sur la fortune

Une taxe progressive sur le capital des 1 % les plus riches permettrait de financer l’effort face à la crise en épargnant les populations les plus vulnérables et en faisant contribuer les plus grands patrimoines européens dans des proportions modérées.

Tribune. Le Covid-19 représente un choc économique brutal, massif et déstabilisateur pour la France et l’Union européenne (UE). Dans l’immédiat, la puissance publique s’endette pour sauver l’économie, protéger les revenus des ménages et éviter les faillites d’entreprises. Pour sortir de la crise, un consensus parmi les économistes se dégage en faveur d’une mobilisation extraordinaire de 10 % du PIB de l’UE, soit près de 1 600 milliards d’euros, sans que le chiffrage précis de cette intervention ne soit arrêté.

Ces nouvelles dettes, qui pour les payer ? Les classes moyennes, déjà fragilisées par la crise de 2008, ne pourront pas à nouveau les éponger par l’impôt ou l’inflation, au risque d’oublier trop rapidement les principaux enseignements de la crise des gilets jaunes. La solidarité sur la richesse, en revanche, n’a jamais semblé aussi nécessaire. C’est à elle de s’exprimer pour assurer le remboursement des dettes par la mise en place d’un impôt européen temporaire sur la fortune. Alors que les petits salaires, les ripeurs, les soignants, les caissiers sont au front de l’épidémie, nous avons besoin de la solidarité des 1 % pour le jour d’après. Les plus riches d’entre nous ont une occasion historique de montrer qu’ils n’ont pas fait sécession en prenant leur part à la reconstruction.

Après la Seconde Guerre mondiale, les miracles économiques sont allés de pair, dans certains pays d’Europe et notamment l’Allemagne, avec une taxation de la richesse et du capital. En 1945, l’Allemagne exsangue, dans la foulée, a mis en place des impôts limités dans le temps et progressifs sur la fortune afin de contribuer à la reconstruction sans faire peser la charge fiscale sur des populations trop meurtries. Cela a permis des rentrées fiscales nécessaires à un redémarrage économique.

Aujourd’hui, nous proposons de taxer la richesse nette et le capital des 1 % les plus riches, de manière progressive, pour dix ans, à l’échelle de l’Union. Les recettes seraient consacrées au remboursement des euro-obligations émises lors de la crise Covid-19 ou au financement d’un fonds commun de sauvetage et à la transition environnementale qui est notre horizon. Cet impôt concernerait l’accumulation passée : les rendements de l’investissement actuel et de l’innovation ne seraient donc pas affectés. Ce ne serait donc ni un frein à l’investissement ni à la reprise.

Cet impôt serait en outre progressif et redistributeur : les 1 % des Européens aideraient les 99 % restants. Rappelons que les 1 % des individus les plus riches détiennent environ 20 % à 25 % de la richesse totale en France, en Allemagne, en Espagne et en Scandinavie. Si le coût de la gestion de la crise due au Covid-19 s’élève à 10 points de PIB de l’UE, cet impôt suffira à rembourser cette dette supplémentaire en une décennie. L’impôt européen sur la fortune que nous proposons ne concernerait donc personne en dessous d’un patrimoine inférieur à 2 millions d’euros et ne concernerait que le patrimoine allant au-delà de ce montant. La richesse imposable représenterait environ 60 % de la richesse totale des 1 % les plus riches, soit l’équivalent de 67,5 % du PIB de l’UE. Cet impôt sur la fortune progressif serait à un taux de 1 % pour les 1 % les plus riches, de 2 % pour les 0,1 % les plus riches et de 3 % pour les milliardaires. Son rendement représenterait 1,05 % du PIB européen par an. Ce projet sera l’expression d’une double solidarité : elle permettra de financer l’effort collectif face à la crise en épargnant les populations les plus faibles et les plus vulnérables et en faisant contribuer les plus grands patrimoines européens dans des proportions modérées. L’échelle européenne est optimale et évitera notamment la migration fiscale des contribuables les plus riches. Il s’agira d’un geste politique collectif extrêmement fort. A défaut, une coalition d’Etats membres pourrait mettre en place un tel projet sur une base intergouvernementale, mais avec une moindre efficacité et le projet européen en sortirait à coup sûr compromis.

Signataires : Aurore Lalucq Députée européenne S&D, France, Pierre Larrouturou S&D, France, Boris Vallaud Député PS, Gabriel Zucman Economiste, UC Berkeley, Pierre Larrouturou S&D, Alexandre Ouizille Président, Hémisphère Gauche ; Alviina Alametsä Greens-EFA, Finlande, Rasmus Andresen Greens-EFA, Allemagne, Eric Andrieu S&D, France, Marc Angel S&D, Luxembourg, Attila Ara-Kovács S&D Hongrie, Marie Arena S&D, Belgique, Brando Benifei S&D, Italie, Gabriele Bischoff S&D, Allemagne, Milan Brglez S&D, Slovénie, Damien Carême Greens-EFA, France, Klára Dobrev S&D, Hongrie, Jonás Fernández Alvarez S&D, Espagne, Raphaël Glucksmann S&D, France, Claude Gruffat Greens-EFA, France, Sylvie Guillaume S&D, France, José Gusmão GUE-NGL, Portugal, Petros Kokkalis GUE-NGL, Grèce, Philippe Lamberts Greens-EFA, Belgique, Emmanuel Maurel GUE-NGL, France, Nora Mebarek S&D, France, Csaba Molnár S&D, Hongrie, István Ujhelyi S&D, Hongrie, Ernest Urtasun Greens-EFA, Espagne Evelyn Regner S&D, Autriche, Sándor Rónai S&D, Hongrie, Joachim Schuster S&D, Allemagne, Andreas Schieder S&D, Autriche, Paul Tang S&D, Pays-Bas, Marc Tarabella S&D, Belgium, Idoia Villanueva-Ruiz GUE-NGL, Espagne, Willy Bourgeois, conseiller régional, PS, Bourgogne Franche-Comté.

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02 juillet 2020

Slavoj Zizek, la contagion communiste

Pour l’extravagant philosophe slovène, il n’y aura pas de retour à la normale après la pandémie. Son dernier essai, «Dans la tempête virale», en appelle à un «communisme pragmatique» pour contrer le «capitalisme du désastre».

Si l’idée de «communisme» vous donne des boutons, vous paraît poussiéreuse et obsolète, ne passez pas votre chemin, car ce n’est pas du communisme d’antan dont il s’agit ici. Dans son dernier essai, Dans la tempête virale, qui vient de paraître aux éditions Actes Sud, le philosophe slovène Slavoj Zizek pose son regard sur la pandémie de Covid-19 et souligne la nécessité d’un communisme revisité, pragmatique. La survie nous l’impose. N’est-il pas déjà un tout petit peu à l’œuvre quand l’Etat réquisitionne des chambres d’hôtel pour gérer les malades et accueillir les personnels soignants ? Quand le président américain ordonne à General Motors de produire des respirateurs ? Pour Zizek, les mesures de ce type vont progressivement s’imposer dans ce «monde viral». Et seule une solidarité inconditionnelle et internationale peut permettre d’assurer le minimum vital : des soins de santé et des denrées alimentaires. L’ambition est finalement modeste, mais elle est indispensable pour que la survie de tous soit possible.

L’épidémie de Covid-19 nous a mis en face d’une réalité : nous vivons dans un monde viral. Et alors que les enfants ont repris lechemin de l’école, et les adultes celui du travail, pour vous, c’est évident, «il n’y aura pas de retour à la normale». Pourquoi ?

Nous ne pouvons plus ignorer que la menace est là pour durer et nous devons l’accepter. Ces dernières années, les mises en garde se sont multipliées à la suite des épidémies de Sras et d’Ebola, nous ne les avons pas prises au sérieux. Maintenant, nous savons et nous devons nous débarrasser de l’illusion qu’il nous suffit d’attendre que l’épidémie reflue d’elle-même. Même si la première vague reflue, elle réapparaîtra sous une forme ou une autre, peut-être même plus dangereuse. D’ailleurs, d’autres menaces guettent aussi : sécheresse, canicules, tempêtes assassines… Rien n’explose mais le feu couve et infuse la peur et un sentiment de fragilité des existences. Dans ce monde viral, toutes nos interactions avec les personnes et avec les objets s’en trouvent changer, tout contact est suspect. Ce n’est pas seulement l’Etat qui cherchera à nous contrôler, nous apprenons déjà à nous contrôler et à nous discipliner nous-mêmes, et à se méfier de nos gestes spontanés. Et s’enfermer, seul avec soi-même, ne sera plus suffisant. Donc non, il n’y aura pas de retour à la normale. Et face à cela, il ne s’agit pas de paniquer et de faire des stocks de papier toilette. Un travail délicat et urgent s’impose à nous pour se coordonner à l’échelle de la planète, de manière efficace.

Nous serions, selon vous, face à un choix, et l’alternative est pour le moins radicale : un «communisme revisité» ou la «barbarie» ?

Il y a, en réalité, trois options. La première que j’appelle «barbarie» est incarnée par Trump et Bolsonaro. Pour résumer : même si cela coûte des morts, nous devons relancer l’économie et sauver notre mode de vie. Cette idée de sacrifier les plus faibles n’est pas juste relayée par Bolsonaro et Trump qui le crient haut et fort, plusieurs autres pays en prennent le chemin sans le dire. Mais plus qu’une barbarie manifeste, ce que je crains c’est une barbarie à visage humain : des mesures survivalistes impitoyables mises en vigueur avec regret et sympathie. Le message qu’on veut nous faire passer est qu’il faudrait renoncer à cette pierre angulaire de notre éthique sociale qu’est le soin apporté aux personnes âgées et aux faibles. L’Italie a déjà annoncé que les personnes âgées de plus de 85 ans ne pourront pas recevoir de soins dignes de ce nom si les choses s’aggravent. Mais non, cette logique de la survie du plus apte est inhumaine : il faut permettre aux patients en phase terminale de mourir paisiblement avec les médicaments appropriés. Notre premier principe ne devrait pas consister à faire des économies mais à les assister inconditionnellement, sans considération pour les coûts que cela implique, ceux qui ont besoin d’aide.

La deuxième option que je critique est celle que Naomi Klein appelle le «Screen New Deal», une nouvelle société du non-contact, totalement contrôlée par Google, Apple, Microsoft… c’est aussi un horizon détestable. D’autant que cette option va créer une nouvelle classe de privilégiés qui auront les moyens de rester isolés des autres sur des petites îles qu’ils possèdent. Tout le monde ne peut pas travailler de la maison, nous aurons toujours besoin de personnes au front pour gérer les soins, les déchets et l’approvisionnement alimentaire. Pour moi, il ne reste qu’une seule option : le communisme.

Quel est ce communisme revisité que vous appelez de vos vœux ?

Loin d’un avenir radieux, il s’agit d’un communisme du désastre en tant qu’antidote au capitalisme du désastre. La gestion catastrophique de l’épidémie de coronavirus a montré qu’il est urgent de réorganiser l’économie globale afin qu’elle ne soit plus à la merci des mécanismes du marché. L’Etat devrait assumer un rôle bien plus actif, en organisant les productions d’objets de première nécessité : masques, appareils respiratoires… en réquisitionnant des lieux et garantissant un revenu minimal à toutes les personnes sans travail. L’idée que je me fais du «communisme» n’a donc rien à voir avec un rêve nébuleux, je ne suis pas un utopiste, il désigne des mesures pragmatiques déjà à l’œuvre, envisagées sérieusement. Une triple crise va s’installer : sanitaire, économique et psychologique, c’est faire preuve de bon sens que de prendre ce chemin. D’ailleurs, c’est assez ironique de voir que même les politiciens les plus conservateurs se tournent vers des mesures qui viennent enfreindre les lois du marché. Boris Johnson a annoncé le 24 mars la nationalisation temporaire du système ferroviaire. Même Trump, s’appuyant sur le Defense Production Act, une loi qui date de la guerre de Corée, a contraint General Motors à produire des respirateurs artificiels. Quand on dit qu’une crise rend tout le monde socialiste, on ne se trompe pas…

Peu importe ce que l’on gagne, si l’on travaille ou non, tout le monde devrait pouvoir survivre. C’est pourquoi, il faut une «assurance maladie universelle», l’idée commence à faire son chemin aux Etats-unis. Nous allons devoir être solidaires. Une solidarité qui soit inconditionnelle et internationale, sinon, nous ne survivrons pas. D’où la nécessité d’une coopération internationale et européenne qui fait aujourd’hui cruellement défaut.

Ces indicateurs vous rendent-ils optimiste quant à un choix politique «communiste» ?

Non, malheureusement non. Il est très probable que la pandémie débouche sur un nouveau capitalisme barbare qui ne nous permettra pas de survivre dans ce monde viral. Le défi est colossal, Bruno Latour a raison quand il dit que la crise sanitaire est une «répétition générale» de la crise climatique à venir. D’autant que le changement climatique a des conséquences directes sur la propagation des virus. La fonte du permafrost, qui abrite d’anciens virus, est une menace sanitaire réelle. En Sibérie, un enfant est mort d’une maladie qui avait disparu depuis soixante-quinze ans.

C’est pourquoi nous ne devrions pas consacrer trop de temps à des réflexions new age du type «maintenant, nous allons nous concentrer sur ce qui est vraiment essentiel dans nos existences», la lutte véritable consiste à décider quelle forme sociale remplacera l’ordre mondial libéral capitaliste. Nous sommes à un moment éminemment politique. Nous ne sommes pas dans une situation d’urgence médicale pour laquelle nous devrions juste obéir aux Etats et faire confiance à la science. Nous avons à inventer un autre monde et à quoi ressemblera ce nouveau monde, ce n’est pas la médecine qui le décide.

Si vous n’êtes pas un utopiste, comment voyez-vous concrètement cet autre monde ?

Nous devons d’abord abandonner la rhétorique marxiste de l’aliénation. Ensuite, nous avons besoin d’un appareil étatique efficient mais qui soit plus ouvert, plus transparent, plus démocratique. Nous pouvons contenir le virus sans devenir la Chine avec son contrôle social numérique, nous pouvons le faire mieux, comme Taiwan et Hongkong. Encore une fois, je ne rêve pas d’un gouvernement communiste, j’ai moi-même vécu dans un pays communiste, je suis bien placé pour savoir que ce type d’Etat centralisé est rongé par la corruption. Mais je crois en la possibilité d’un Etat efficace, capable de répartir équitablement les ressources et d’inspirer la confiance, au moins à un certain degré.

Dans les situations extrêmes, on a vu que les initiatives locales viennent souvent sauver les meubles. En Espagne, pendant le confinement, des gens se sont organisés par quartiers pour prendre soin des personnes les plus vulnérables. Mais pour moi, l’un des plus beaux exemples de solidarité locale s’est joué au Brésil. Dans les favelas, des gangs qui se font habituellement la guerre ont conclu un accord de paix et se sont entraidés, c’est presque à pleurer… Des gangsters dans les favelas font un meilleur job que certains Etats !

Economiquement, cela donne quoi ?

L’économie capitaliste globale, qui exige une croissance permanente, ne supportera pas les périodes de confinement à répétition qui seront nécessaires à l’avenir. Il faut oublier les vacances à l’autre bout du monde, l’industrie automobile, les produits à la mode… Il nous faut inventer une économie capable de fonctionner quand on appuie sur le bouton pause, permettant l’approvisionnement des produits de première nécessité. Le monde nouveau sera modeste : des soins de santé, des besoins alimentaires satisfaits. Chacun contribuera comme il pourra. Cela peut être satisfaisant sur le plan émotionnel comme sur le plan spirituel.

Si l’économie de marché a montré ses limites dans la gestion de l’épidémie, n’en est-il pas de même pour les Etats auxquels vous donnez un rôle central ?

Le problème n’est pas l’Etat en soi, c’est son inefficacité actuelle. Je ne crains pas la toute-puissance de l’Etat, j’espère que l’Etat sera plus puissant, c’est ce qu’il nous faut pour contrôler l’épidémie. Ce qui nous manque, c’est de la transparence, c’est pourquoi il faut du communisme mais aussi des Julian Assange. Dans la lutte contre le virus, je ne crains pas la possible surveillance et le traçage des citoyens par l’Etat. Je ne dis pas que cela n’est jamais un problème mais si le contrôle de l’Etat se fait en toute transparence et en confiance, comme en Norvège ou en Nouvelle-Zélande, alors les citoyens n’auront pas à s’inquiéter pour leurs libertés individuelles.

Je ne crois pas en une révolution, nous pouvons organiser nos sociétés en ce sens, et cela va devenir très clair à mesure que nous compterons nos morts. Si les Etats coopèrent, nous pourrons contrôler les choses, une nouvelle normalité pourra prendre forme. Il y aura de la souffrance mais il y aura aussi de l’espoir.

Alors que la confiance dans le politique s’érode de plus en plus, que les rhétoriques populistes trouvent de plus en plus d’adeptes, on voit mal comment pourrait émerger cet Etat efficace, transparent et qui donne confiance…

Selon certains analystes, l’épidémie de coronavirus favorisera la victoire des populistes en Europe, les idées nationalistes et identitaires. Je ne le crois pas. Qui sont les grands perdants dans cette lutte contre le coronavirus ? Ce sont précisément les populistes. La gestion de Trump et de Bolsonaro a été catastrophique, même le Royaume-Uni, en un sens proche de certaines rhétoriques populistes, est le pire cas en Europe, sans parler de la Russie. Face à la dépression mondiale qui nous guette, nous avons besoin de meilleurs dirigeants pour que les gens reprennent confiance. Plus que jamais, il nous faut des leaders forts. Le problème de Trump n’est pas son autoritarisme, c’est sa bêtise. Peut-être que les dirigeants doivent être des femmes, là où elles sont au pouvoir, en Allemagne, au Danemark, en Nouvelle-Zélande, en Finlande, la situation est souvent meilleure. Elles savent prendre des décisions fortes. Une petite provocation : peut-être que ce dont l’Angleterre a besoin, c’est d’une Margaret Thatcher !

Quel regard portez-vous sur les manifestations antiracistes et contre les violences policières qui ont eu lieu un peu partout dans le monde malgré le contexte de la pandémie ?

Je les soutiens totalement et j’y vois la preuve d’une possible solidarité internationale. Cependant, je crains que l’on n’investisse trop d’énergie dans cette lutte politiquement correcte contre le racisme alors que l’urgence aujourd’hui c’est la lutte contre le coronavirus.

J’en profite ici pour défendre René Descartes que certains accusent d’être au fondement de l’impérialisme occidental et de la domination de l’homme blanc. C’est faux, son Cogito est un pur sujet qui n’a ni race ni sexe. Descartes a eu des remarques stupides, mais sans lui, il n’y a pas de féminisme ni de multiculturalisme. Nous sommes tous égaux dans le Cogito. A être puriste, nous avons tout à perdre.

Vous semblez prendre un peu à la légère le problème du racisme bien présent dans nos sociétés…

Le coronavirus va augmenter les dysfonctionnements déjà présents dans nos sociétés. Les divisions de classes se sont creusées. Au plus bas de la hiérarchie sociale, il y a ceux, comme les réfugiés, dont la vie est tellement mutilée que le virus n’est pas leur problème. Puis il y a la «nouvelle classe ouvrière», réunissant les professionnels des services à la personne. La pandémie de Covid-19 a montré que ces salariés doivent travailler même quand les usines sont à l’arrêt. Ce sont eux les surexploités : exploités quand ils travaillent de façon invisible, exploités quand ils ne travaillent pas, jusque dans leur existence même. Les riches, eux, rêvent sans doute de se barricader dans des communautés sécurisées avec des gardes privés. Le problème dans cette pandémie, c’est qu’il est impossible de s’en isoler totalement. Un lien minimal avec la réalité polluée demeure.

Lors des manifestations antiracistes américaines, il y a eu un grand débat : fallait-il conserver le slogan «Black Lives Matter» ou plutôt dire «All Lives Matter» ? Peu importe. Les manifestants antiracistes ne protestent pas seulement contre le meurtre de personnes noires. Ils disent que les personnes noires veulent quelque chose de plus que la vie. C’est la même chose avec le coronavirus, nous ne voulons pas juste survivre, nous voulons a minima une vie humaine, décente.

Slavoj Zizek

Dans la tempête virale

Actes Sud, 160 pp., 16 €.

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29 juin 2020

Résultats des élections municipales 2020 ‑ Eaubonne

Abstention : 63.04% Participation : 36.96%

Résultats détaillés du tour 2

  • Marie-josé Beaulande, Divers gauche, 40.03%

    25 élus

    Marie-josé Beaulande
    LDVG Divers gauche
    EAUBONNE NOTRE VILLE, ENSEMBLE

 

  • 40.03 %

    2248 votes

  • Grégoire Dublineau, Les Républicains, 33.17%

    6 élu·e·s

    Grégoire Dublineau
    LLR Les Républicains
    EAUBONNE UNE AMBITION RENOUVELEE

  • 33.17 %

    1863 votes

  • Corentin Le Fur, Divers droite, 12.69%

    2 élu·e·s

    Corentin Le Fur
    LDVD Divers droite
    EAUBONNE ENSEMBLE POUR NOTRE AVENIR

  • 12.69 %

    713 votes

  • Grégory Berthault, Ecologiste, 7.56%

    1 élu·e

    Grégory Berthault
    LECO Ecologiste
    J'AIME EAUBONNE

  • 7.56 %

    425 votes

  • Catherine Dragin, La République en marche, 6.51%

    1 élu·e

    Catherine Dragin
    LREM La République en marche
    MIEUX VIVRE A EAUBONNE

    • 6.51 %

      366 votes

    • 24300 habitants
    • 15466 inscrits
    • Votants 5717 inscrits 36.96%
    • Abstentionnistes 9749 inscrits 63.04%
    • Votes blancs 49 inscrits 0.86%

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11 juin 2020

5,1 millions de Français sont «riches»

... selon les critères de l’Observatoire des inégalités exposés dans un rapport publié mercredi. Comme il existe un seuil de pauvreté, il a voulu définir un «seuil de richesse», franchi dès lors qu’on dispose de revenus deux fois supérieurs au revenu médian, soit plus de 3 470 euros par mois après impôt pour une personne seule, 5 205 euros pour un couple, ou 6 732 euros pour un couple avec un enfant de moins de 14 ans et 7 287 euros pour un couple avec deux enfants. Les gens qui répondent à ces critères pèsent 8,2 % de la population. «Ils prétendent souvent appartenir à la classe moyenne, souligne Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités. En France, les riches c’est toujours les autres.»

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23 mai 2020

«Si nous formons un bloc commun, il n'est plus interdit de rêver changer la vie»

Par Rachid Laïreche, Photo Frédéric Stucin

Olivier Faure, qui plaide depuis des mois pour un rapprochement des partis de gauche et écologistes, se félicite que «ça bouge enfin». Face au «débat brutal» à venir avec la droite, le dirigeant du PS invite même les sceptiques à se rassembler pour «remettre l’humain au cœur de nos sociétés».

Chacun son combat. Depuis son arrivée à la tête du Parti socialiste, Olivier Faure pousse des deux mains pour la (re)naissance d’une union des gauches et des écologistes. Un rêve comme un autre. Une lutte qui ne fait pas toujours rêver. Des moqueries, des doutes et des portes qui se ferment. Le député de Seine-et-Marne répète son refrain tous les matins : «La victoire est impossible sans union.» Petit à petit, «ça avance», dit-il. Quelques portes s’ouvrent lentement. D’autres à gauche se retroussent les manches afin de proposer une alternative commune à Emmanuel Macron. La crise sanitaire est un accélérateur : elle facilite le dialogue et les initiatives. Mais l’affaire reste complexe. On n’efface pas les nombreuses résistances du jour au lendemain.

Comment décrivez-vous la période actuelle ?

Incertaine. Humainement difficile pour de trop nombreux Français, tout en mettant en lumière une France généreuse et solidaire, notamment celle des premiers de tranchée. Mais ce n’est pas une simple crise. C’est une catastrophe qui agit comme un révélateur. La période éclaire ce que certains ne voulaient pas voir : il est temps d’inventer un nouveau modèle de société solidaire et durable. Le modèle actuel ne permet plus de faire face aux grands chocs climatiques, sociaux, sanitaires. Pour autant, ce serait faire preuve de beaucoup de naïveté que de croire que ces changements sont incontournables. Le débat sera brutal. Il opposera des visions du monde. Et le dessein commun de la gauche et des écologistes se heurtera à la paresse des commentateurs qui nous trouveront déraisonnables, au scepticisme de ceux qui ne croient plus en rien ni en personne et s’abandonnent à la résignation, à la résistance des lobbys qui craindront de perdre leur centralité, à la force des conservateurs et des libéraux qui saisissent cette crise comme l’opportunité de revenir sur tous les droits acquis au nom d’un effort exceptionnel à fournir dans une période d’exception, au cynisme des nationalistes qui assimilent le retour de frontières étanches à un geste barrière.

La crise remet-elle en cause certaines de vos certitudes ?

Elle permet à chacun de se réévaluer. La situation dans les hôpitaux, ça m’a remué. Ma mère était infirmière. Je sais que ces métiers du soin sont d’abord des vocations. Tous les gouvernements en ont abusé en refusant d’entendre les alertes et les souffrances exprimées. Et ce gouvernement singulièrement. Mais tirer toutes les leçons de cette crise ne peut se limiter à condamner les erreurs ou les mensonges de l’exécutif. C’est aussi accepter tous de se regarder dans un miroir. Le déni ne peut pas être une option. Le logiciel libéral est épuisé, nous l’avons trop longtemps subi, parfois accepté. Etre lucide, c’est aujourd’hui être radical dans ses approches. Si l’humain n’est pas remis au cœur de nos sociétés, elles exploseront.

Comment faire pour penser au monde d’après et répondre aux questions actuelles ?

Avant le «grand soir», il faut d’abord s’occuper de demain matin. Le jour d’après est hélas plus noir que le jour d’avant. La crise a exacerbé les inégalités. Les enfants ont traversé très différemment cette période. Les faillites et les plans sociaux vont se multiplier de manière exponentielle. Des centaines de milliers de familles peuvent basculer. Le rôle de l’Etat va être central. L’arrêt brutal du chômage partiel serait un drame. Il faut par exemple mettre en place un dispositif de réduction temporaire du temps de travail dans les entreprises en difficulté. L’intérêt pour l’entreprise, c’est de ne verser qu’une part des salaires et sans perdre ses salariés et leurs savoir-faire. L’intérêt pour les travailleurs, c’est de conserver leur emploi en conservant l’intégralité de leurs salaires versés pour l’essentiel par l’employeur et complétés par la solidarité nationale. Pour l’Etat, c’est la possibilité de verser moins que s’il avait à indemniser des chômeurs à 100 %. C’est gagnant-gagnant-gagnant. Le temps libéré doit être un temps de formation, notamment pour les entreprises de l’industrie carbonée qui doivent muter. L’enjeu, c’est de relancer l’activité économique sans relancer la machine à polluer. Le «monde d’après le Covid» naîtra des réponses que nous apporterons à l’organisation de «la vie avec le Covid-19». L’après se construit par étapes.

Quel est le rôle du premier secrétaire du PS aujourd’hui ?

Mon rôle, c’est de faire en sorte que la gauche soit à la hauteur du moment que nous traversons. De reprendre le dialogue avec celles et ceux que nous avons vocation à protéger. De défricher les idées neuves et de préparer l’alternance. De rendre possibles les convergences pour que la gauche se réinvente et de rendre une espérance à ceux qui ne croient plus au bonheur de vivre ensemble.

L’idée de participer à une union nationale autour d’Emmanuel Macron, ce n’est pas tentant ?

Sa propre majorité se délite jour après jour, c’est dire la confiance qu’il inspire. Après les gilets jaunes il devait y avoir un acte II plus social. Résultat ? Une réforme des retraites, heureusement remisée, et une autre de l’assurance chômage, qui va être un massacre en septembre si elle n’est pas abrogée. Avec Emmanuel Macron, il y a toujours un abîme entre le son et l’image… Mon objectif n’est pas le sauvetage de la pensée libérale en collant quelques rustines, mais de redonner un horizon à ceux qui ne veulent plus d’une société où le voisin est devenu un concurrent. Il faut tout revisiter. Vous trouvez normal que l’on rémunère mieux ceux qui détruisent la planète que ceux qui soignent, accompagnent les personnes âgées, s’occupent des plus fragiles ? Il faut remettre le monde à l’endroit.

Ces dernières semaines, votre parti multiplie les auditions (Martinez, Berger, Hulot, Duflot, Méda, Zuckman…), quel premier bilan en tirez-vous ?

Il y a des convergences fortes sur la nécessité d’ouvrir une nouvelle ère mariant l’impératif de lutte contre les inégalités et de sauvegarde de la planète. Pas de place pour les demi-mesures. Ce qui est frappant, c’est la renaissance d’une nébuleuse progressiste qui voit converger le monde intellectuel, la société civile organisée, qu’elle soit syndicale ou associative, les forces politiques de la gauche et de l’écologie. Je sens une envie de faire ensemble. Personne ne baisse les bras. Face aux drames humains, chacun revendique d’agir pour changer les choses. C’est la définition même de la gauche.

On note aussi que les rapports évoluent dans votre camp…

En effet. Il paraît désormais loin le temps où j’appelais à une gauche des «combats communs» et où je recevais le silence pour seule réponse. Ça bouge enfin ! Sinon que dirons-nous à nos enfants ? Que nous avons renoncé à prévenir les grandes menaces parce que nous étions en désaccord sur une virgule ?

Mais ça bouge vraiment ?

Ça bouge dans les majorités municipales, ça bouge dans les partis, dans la société civile. J’ai proposé une université d’été commune de la gauche et des écologistes à Julien Bayou [le secrétaire national d’Europe Ecologie-les Verts, ndlr] pour entrer dans une première concrétisation. Il s’est saisi de l’idée et l’a fait fructifier avec talent. Il faut maintenant avancer. Ne pas décevoir. Il y aura des résistances dans toutes les formations politiques. Comment en serait-il autrement alors qu’un tel rendez-vous est inédit ? Mais le temps n’est plus à demeurer chacun dans sa zone de confort. Face aux urgences, nos partis ne peuvent pas se lancer dans un concours de petits pas et de faux-semblants. Ouvrons nos portes et nos fenêtres et construisons !

Quelle est la place de Jean-Luc Mélenchon et des insoumis dans les discussions ?

La porte est ouverte à toutes celles et ceux qui sont disposés à une discussion sincère qui ouvre la possibilité d’une alternance, et pas seulement une résistance au pouvoir en place. Jusqu’à présent, Jean-Luc Mélenchon brandit son programme baptisé «l’Avenir en commun», mais qui est commun à ses seuls amis. Je fais confiance à son sens politique pour percevoir vite où sont les dynamiques.

Le gouvernement a annoncé vendredi que le second tour des municipales se jouera le 28 juin : une bonne nouvelle ?

La démocratie ne peut pas rester confinée. Mais il faut s’autoriser jusqu’au dernier jour une nouvelle suspension du scrutin si la situation sanitaire le nécessite.

Quel est l’objectif des municipales pour les gauches ?

Equilibrer le pouvoir national par les pouvoirs territoriaux qui sont des lieux formidables d’expérimentation et d’innovation. Les chocs à venir vont être terribles. Nos maires ont montré qu’ils pouvaient, dans la limite de leurs moyens, pallier les insuffisances gouvernementales. Pour cela, je souhaite arriver à un accord global avec tous nos partenaires. Diriger Paris, Lyon et Marseille est devenu possible. Nous n’avons pas le droit de laisser passer cette chance.

Ça veut dire que lors de la prochaine présidentielle, il n’est pas certain de voir un candidat PS ?

Il faut penser en termes de bloc et de projet. Si nous nous regardons comme des concurrents, comment un socialiste, un écologiste, un communiste ou un radical pourrait accepter un candidat qui n’a pas le même pedigree que lui ? Le bon candidat, c’est celui qui porte le projet commun, incarne une autre façon de gouverner et qui peut nous amener à la victoire. Limiter le débat à celui de l’incarnation, c’est l’assurance de voir se développer des écuries qui n’auront qu’une obsession, se distinguer pour justifier telle ou telle candidature.

Il y a de nombreuses résistances au sein de votre parti…

La question n’est pas le parti mais le pays. Je ne pense qu’au présent et à l’avenir, à l’espérance du peuple français et au futur de notre pays. Quelle est l’histoire du mouvement ouvrier ? Divisé au XIXe siècle, il s’est unifié au début du XXe dans le bien nommé «congrès du Globe». Jaurès, Guesde, Vaillant ont dépassé leurs fortes divergences pour créer la SFIO devenue ensuite le Parti socialiste. Sans ce geste initial, sans leur vision et leur sens des responsabilités, nous n’aurions pas construit le modèle social français et européen. A nous aujourd’hui de bâtir l’offre politique du XXIe siècle en créant un bloc social, écologique, féministe et démocratique !

Est-ce que vous êtes le dernier premier secrétaire du PS ?

Je suis socialiste. Personne ne doit abjurer son identité. Nous devons additionner nos histoires, nos cultures, nos regards pour former un bloc commun. A cette condition-là, il n’est plus interdit de rêver changer la vie.

Posté par PS95600 à 12:08 - Permalien [#]

19 mai 2020

Le couple franco-allemand sort de son confinement

Pour faire face à la crise liée au coronavirus, Macron et Merkel ont proposé lundi la création d’un fonds de relance doté de 500 milliards d’euros, avec un emprunt sur les marchés «au nom de l’UE». Un tournant majeur dans l’intégration communautaire.

L’Allemagne accepte enfin ce qu’elle refusait depuis vingt ans : la mutualisation des dettes des Etats européens, c’est-à-dire une «union de transferts» financiers ! Cette révolution copernicienne a été annoncée via une initiative franco-allemande surprise «pour la relance européenne face à la crise du coronavirus» présentée lundi par la chancelière allemande, Angela Merkel, et le chef de l’Etat français, Emmanuel Macron. Le secret a été bien gardé, puisque ce projet n’a commencé à s’ébruiter que dimanche après-midi…

à lire aussi Accord franco-allemand, le coup européen de Macron

Certes, la mutualisation à laquelle consent Berlin est soigneusement encadrée puisqu’elle est limitée à 500 milliards d’euros et l’argent récolté sur les marchés par la Commission servira uniquement à financer les dépenses de reconstruction de l’après-coronavirus, et non à régler les factures du passé. Mais il s’agit d’un bond majeur dans l’intégration communautaire, Berlin reconnaissant enfin que son intérêt national se confond avec l’intérêt européen : «L’Allemagne ne s’en sortira bien que si l’Union se porte bien», a expliqué Angela Merkel.

Ce tournant majeur a été annoncé par la chancelière dès mercredi dans un discours devant le Bundestag. Elle n’a fait ce mouvement que parce qu’elle y a été contrainte par sa Cour constitutionnelle. Karlsruhe, dans un arrêt du 5 mai, a menacé de déclarer contraire à la Constitution allemande le rachat d’obligations publiques par la Banque centrale européenne (BCE) parce que la baisse des taux d’intérêt qu’il induit nuirait aux épargnants allemands. Or, si la BCE intervient massivement sur les marchés depuis 2015 (elle possède plus de 2 600 milliards d’euros de dettes publiques dans ses coffres), c’est en partie parce qu’il n’existe pas de politique budgétaire européenne. L’Allemagne en refuse le principe parce qu’elle ne veut pas financer à fonds perdu des Etats peu soucieux de l’équilibre de leurs comptes publics. Le problème est qu’il est impossible qu’une monnaie unique survive longtemps sans un budget commun organisant des transferts afin de corriger les déséquilibres induits par une zone monétaire unique. Surtout lorsque les Etats qui profitent le plus de l’euro, grâce à sa sous-évaluation, n’investissent plus (depuis 2010) les excédents de capitaux qu’ils dégagent au sein de la zone euro. Cette contradiction allemande a éclaté au grand jour avec l’arrêt de Karlsruhe. Dès lors, la chancelière, si elle voulait sauver l’euro et le marché unique tout en contournant ses juges, n’avait d’autre choix que de soulager la BCE en acceptant un endettement commun, celui-là même que réclament une majorité des pays européens emmenés par la France.

Berlin et Paris proposent donc de créer un fonds de relance doté de 500 milliards d’euros qui sera logé dans le budget européen, et donc contrôlé par la Commission. Cette somme sera réunie par un recours à l’emprunt garanti par les Vingt-Sept via le budget européen et sera affectée aux régions et aux secteurs les plus touchés par la crise du coronavirus, et non pas saupoudrée pour que tout le monde reçoive quelque chose. Elle servira aussi à financer les dépenses d’investissement pour préparer le futur (pacte vert, intelligence artificielle, 5G, etc.). Le remboursement de ces emprunts sera effectué par le budget européen qui est alimenté par chaque Etat en fonction de sa richesse (ressource PIB, qui représente 80 % du budget). Autrement dit, il ne s’agira pas de prêts, mais de subventions, et le remboursement ne sera pas lié à ce que chaque pays aura reçu. C’est cela, «la solidarité européenne», a expliqué Merkel.

Ce fonds s’ajoutera aux 550 milliards de prêts déjà décidés qui pourront être accordés aux Etats et aux entreprises via trois mécanismes : le Mécanisme européen de solidarité (MES), SURE (un fonds de 100 milliards d’euros qui pourra prêter de l’argent aux systèmes nationaux d’assurance chômage) et la Banque européenne d’investissement (BEI). Les deux dirigeants appellent aussi à une adoption rapide du cadre financier pluriannuel 2021-2027 encadrant le budget européen annuel afin de fournir un appui supplémentaire aux Etats membres : son montant, selon les propositions, est compris entre 1 000 et 1 200 milliards d’euros sur sept ans, soit environ 150 milliards par an.

Cette proposition donne les coudées franches à la Commission européenne, qui doit rendre publique le 27 mai une proposition budgétaire incluant le fonds de relance. Ensuite, il faudra convaincre les 27 Etats membres de l’adopter, l’unanimité étant de rigueur dès qu’il est question d’argent. Ce sera l’enjeu du sommet européen des 18 et 19 juin.

Une stratégie sanitaire

Concernant le «pilier» sanitaire, Emmanuel Macron s’est chargé de décliner les grandes lignes d’une future stratégie pour «doter l’Europe de compétences très concrètes en matière de santé». Ou comment «coordonner» les capacités d’achat et de production des pays européens en matière de traitements et de vaccins, réduire la «dépendance» vis-à-vis des géants industriels pour se fournir en médicaments, créer des «stocks communs» de masques et de tests, partager les plans «de prévention des épidémies» et les méthodes «pour recenser et identifier les cas». Bref, tout ce qui aurait dû constituer le socle d’une souveraineté sanitaire pour affronter cette pandémie. «L’Europe, il faut bien le dire et avoir cette lucidité, a été sans doute mise en défaut au début de cette crise», a reconnu Macron.

Face au coronavirus, les pays européens se sont en effet montrés désorganisés, désunis dans leurs politiques sanitaires, peu solidaires. A l’image de leur projet Discovery, essai clinique lancé fin mars mais toujours en attente de résultats faute d’une réelle coopération entre Etats : alors que l’objectif était de recruter sur 3 200 citoyens européens, l’étude ne compte aujourd’hui que 750 patients, des Français et un Luxembourgeois. Un échec qui illustre à lui seul le manque d’harmonisation des compétences et volontés sanitaires. «Cette Europe de la santé n’a jamais existé, elle doit devenir notre priorité», a conclu le chef de l’Etat français sur ce sujet.

Renforcer le «Green Deal»

Comme la présidente de la Commission et le Parlement européen avant eux, Angela Merkel et Emmanuel Macron ont demandé, lundi, à ce que le Green Deal, politique au cœur de la «stratégie de croissance» de Bruxelles, «ne soit ni oublié ni ralenti, mais au contraire renforcé et accéléré». Pour cela, ils appellent leurs homologues européens à imposer des conditions environnementales aux aides publiques de relance accordées aux entreprises. Sans que ce ne soit pour l’instant contraignant, la France a, par exemple, décidé de conditionner une aide historique de 7 milliards d’euros à Air France au fait que la compagnie réduise de 50 % ses émissions de gaz à effet de serre par passager et par kilomètre d’ici à 2030 (par rapport à 2004). En revanche, l’Allemagne a refusé d’imposer des critères environnementaux au sauvetage des compagnies aériennes, que ce soit Lufthansa, Condor ou TUI Group, qui pourraient profiter, à elles trois, de près 12,3 milliards d’euros de soutien.

Par ailleurs, le duo n’a pas précisé quelle part du plan général de reprise économique devra accompagner la transition écologique. Les détracteurs d’une relance verte, que ce soient le gouvernement tchèque ou certains acteurs économiques, notamment dans l’agriculture et l’automobile, continuent de demander un report des politiques environnementales.

«Reproduire européen»

C’est le quatrième et dernier pilier de l’initiative franco-allemande : renforcer une souveraineté économique européenne. Il s’agit tout à la fois de «réduire notre dépendance à l’extérieur dans des secteurs stratégiques, améliorer la protection des entreprises, lutter contre les investissements prédateurs et relocaliser les investissements clés en Europe», comme l’a résumé Macron. Prenant l’exemple du plan annoncé fin 2019 autour de la constitution d’une filière européenne de production de batteries pour véhicules électriques (3,2 milliards d’euros d’aides publiques) afin de réduire la dépendance des constructeurs automobiles vis-à-vis des géants asiatiques du secteur, Macron a insisté sur l’enjeu de «reproduire européen». Alors que son gouvernement a eu pour projet de privatiser Aéroports de Paris, il a reconnu que les ventes d’infrastructures critiques à des acteurs extra-européens telles que des ports ou des aéroports avaient affaibli les Etats.

Pour sa part, Merkel a évoqué l’importance de voir se constituer des «champions européens» dans la santé ou les technologies. Un souverainisme qui passe par un changement complet de la doctrine européenne en matière de concurrence, ont insisté les deux dirigeants, selon lesquels la rivalité avec de grands acteurs chinois ou américains dans les technologies impose à l’Europe de devenir une puissance capable de peser à l’échelle mondiale. Le temps où la Commission européenne, au nom de la concurrence, avait bloqué la fusion du français Alstom et de l’allemand Siemens, qui souhaitaient créer un géant du ferroviaire, semble bien loin. Mais dans ce domaine comme dans celui des relocalisations, tout reste à faire.

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14 mai 2020

Au cœur de la crise, construisons l’avenir

"La France affronte un séisme d’une ampleur inouïe. Favorisée par la destruction de la nature, la pandémie a généré une crise économique de grande ampleur, une commotion sociale brutale, notamment pour les plus précaires, et une mise entre parenthèse du fonctionnement démocratique. Elle a révélé l’improvisation des pouvoirs publics face à cette crise majeure. L’engagement extraordinaire des soignantes et des soignants, le courage de celles et ceux qui n’ont cessé de travailler sans relâche au service de tous et le civisme de millions de personnes confinées dans des conditions difficiles appellent une reconnaissance unanime. Dès maintenant, il s’agit d’éviter le pire et de préparer l’avenir. La réparation des dégâts annoncés, la défense des libertés, l’obligation de préparer une société résiliente nécessitent de fortes dynamiques collectives. La crise confirme l’urgence radicale des grandes transitions. De cette impérieuse nécessité, faisons naître une espérance. Nous ne sommes pas condamnés à subir !

Au coeur de cette crise, il nous faut tourner la page du productivisme. Il faut affronter les périls immédiats, s’accorder pour engager la transition écologique et dans un même mouvement les transformations sociales et économiques trop longtemps différées. L’impasse où nous ont conduits les politiques dominantes depuis quarante ans et le capitalisme financier exige une offensive résolue. Avec cette initiative commune, dans le respect de nos différences, nous nous engageons à la hauteur des principes que nos prédécesseurs ont affirmés dans la « reconstruction » qui suivit la seconde guerre mondiale. Aujourd’hui, en temps de paix, nous devons faire preuve d’une égale ambition, avec la volonté que les Français s’emparent de ces débats.

L’état d’urgence sociale doit se déployer dès maintenant dans l’ensemble du pays, à commencer par les quartiers populaires et les territoires ruraux, partout où la crise remet à vif la grande pauvreté et les inégalités. Les familles déjà vulnérables, comme celles qui viennent brutalement de plonger dans le chômage et la pauvreté, se comptent par millions. La solidarité nationale doit intervenir pour aider les locataires, contribuer à payer les factures d’eau et d’électricité, par l’aide alimentaire et la fourniture gratuite de masques, par des soutiens exceptionnels individualisés pour que vivent décemment celles et ceux, y compris les jeunes, qui ont vu leur travail et leurs revenus disparaître. Cette crise doit enfin imposer un basculement des politiques publiques : « sortir » des dizaines de milliers de personnes de la rue, c’est affaire de dignité d’abord, mais aussi d’ordre public sanitaire et social.

Pour aller plus loin, la France, comme d’autres en Europe, doit imaginer et mettre en chantier dès cette année un nouveau modèle de protection sociale. Pour ces temps de grande transition, il y a urgence à assurer un revenu digne rendant possibles à toutes et tous la formation, l’accès à un nouvel emploi ou un projet professionnel. Compte tenu de la hausse explosive du nombre des sans-emplois, ce serait une faute historique de maintenir la « réforme » de l’assurance chômage de 2020. Il faut permettre dès maintenant à tous les territoires volontaires de mettre en oeuvre la belle initiative Territoires zéro chômeur de longue durée, inspirée des expériences du mouvement associatif. Quant aux travailleurs étrangers en situation irrégulière, soutiers plus anonymes encore de nos économies, leur accès au droit au séjour doit être facilité.

Pour pouvoir mobiliser les énergies de toutes et tous, il faudra inventer et consolider des protections collectives plus adaptées à notre temps, combler les failles majeures que la crise a soulignées, agir pour l’accès à la santé et des retraites décentes. Certains, à l’inverse, manifestent déjà la volonté de réduire les droits sociaux à la faveur de l’émotion générale, notamment sur la question du temps de travail. Nous ne laisserons pas faire, et nous demandons qu’il soit renoncé définitivement au projet de réforme des retraites qui mine la cohésion nationale dont nous avons tant besoin. Face à la précarité ou aux inégalités femmes-hommes, tous les travailleurs et travailleuses, indépendants, artisans et commerçants, professionnels des plates-formes, salariés en CDD, intermittents ou intérimaires, doivent être dotés de droits sociaux individuels complets et d’une capacité réelle de négociation collective.

Le statu quo n’est plus possible. Nous défendons une société de la reconnaissance, qui sache valoriser celles et ceux sans lesquelles elle ne tiendrait pas, dans la crise comme après. Travailleurs de l’aube et du soir, fonctionnaires de jour comme de nuit, soignants et enseignants dévoués, elles (très souvent) et ils sont en droit d’attendre bien sûr des primes immédiates et légitimes, mais aussi une amélioration significative et sans délai de leurs conditions d’emploi et de salaire, à commencer par le Smic. Lorsque ces personnes ont des enfants, la prise en charge par les employeurs des frais de garde, l’organisation de nouveaux centres de vacances dès 2020 avec les mouvements d’éducation populaire seraient aussi de justes rétributions. Le confinement a mis également en exergue la nécessité de reconnaitre le féminicide en droit français et de ne plus reporter un plan national d’ampleur contre les violences faites aux femmes et aux enfants, en doublant le budget alloué aux associations venant en aide aux victimes et aux lieux de prise en charge.

Les Français vivent intensément les effets de l’affaiblissement de notre système de santé. Sous tension bien avant le tsunami du Covid-19, l’hôpital public a été asphyxié par des années d’austérité budgétaire et la marchandisation de la santé. Une loi de programmation doit assurer au plus vite un financement pérenne des investissements des hôpitaux et des Ehpad, rompre avec la spirale des fermetures de lits et permettre la revalorisation des métiers de soignantes et soignants. Cette refondation permettra de retrouver une capacité de prévision et d’anticipation, et les moyens d’affronter collectivement les chocs de grande ampleur. Elle devra également garantir à tout moment la disponibilité des principaux médicaments sur le territoire national. Elle assurera enfin la réhabilitation des soins de premiers recours, efficients et réactifs face à de nouvelles crises et la fin des déserts médicaux, indignes de notre pays.

L’avenir de notre économie et sa conversion écologique se jouent en ce moment. Le soutien public à la survie du système productif est vital. Il doit être associé à une conditionnalité environnementale et sociale exigeante. Des fleurons de notre économie sont au bord de la faillite, avec le cortège habituel de restructurations brutales et de chômage massif. Face à ces risques, la réaction de l’État en faveur de l’emploi doit être couplée à la mise en oeuvre accélérée de la transition écologique, à commencer par le respect des Accords de Paris sur le climat. C’est seulement ainsi que le sauvetage des emplois sera durable. Une politique industrielle crédible implique des choix stratégiques nationaux ; elle se construit dans chaque région avec toutes les parties concernées, entreprise par entreprise, branche par branche. La mobilisation doit intégrer pleinement les enjeux d’indépendance et de relocalisation, de recherche et d’innovation, mis en lumière de façon éclatante dans la crise actuelle.

D’ici la fin de cette année, il appartient à la puissance publique d’identifier avec tous les acteurs les secteurs stratégiques à relocaliser au niveau français ou européen, les chaines de valeurs à contrôler et les productions à assurer au plus proche des lieux de consommation. Les événements récents confirment une fois de plus les fragilités de l’Europe quand elle se limite à n’être qu’un marché livré aux excès du libre-échange, renonçant à protéger son économie. La signature des traités qui amplifient cet abandon doit être stoppée, et ceux qui existent déjà révisés. Rien ne sera possible sans un pilotage ambitieux du système de crédit, avec un pôle public de financement et la BPI jouant enfin réellement son rôle. La mise en oeuvre de nationalisations là où il le faut doit permettre non de mutualiser les pertes, mais d’atteindre des objectifs d’intérêt général. Dans ce but, il faudra aussi miser davantage sur l’économie sociale et solidaire pour mieux ancrer l’économie dans les territoires et impulser le nouveau modèle de développement.

Cette épidémie et sa propagation rapide sont liées à la destruction accélérée des habitats sauvages combinée à une mondialisation insuffisamment régulée. Elles renforcent l’urgence d’une remise en cause de notre mode de production et de consommation : la transformation écologique de la France est le nouveau défi de notre République au XXIème siècle. Cette prise de conscience des communs naturels à protéger et de l’impasse des modes de consommation actuels est essentielle, tout comme les combats de la gauche. Les propositions des participants de la Convention citoyenne pour le climat et sa méthode ont permis que progressent dans la société des projets d’une grande richesse. Les politiques publiques doivent être au rendez-vous de cette urgence planétaire.

Nous proposons que soit discutée et mise en oeuvre rapidement une Prime pour le climat, afin d’éliminer en priorité les passoires thermiques et sortir les plus pauvres de la précarité énergétique. Elle accompagnera aussi les travaux de rénovation énergétique rendus obligatoires pour l’ensemble du bâti afin d’atteindre deux millions de logements par an, en privilégiant les rénovations complètes. Des dizaines de milliers d’emplois non délocalisables pourraient être ainsi créés.

La France a besoin également de bâtir un plan ambitieux de transition vers une mobilité durable, pour soutenir l’électrification des motorisations, les modes de transports collectifs et partagés, la relance des réseaux ferroviaires, mais aussi l’extension du droit au télétravail dans des conditions protectrices pour les salariés.

Conçue pour éviter un recours accru aux énergies fossiles, dont les prix baissent du fait de la crise, la Contribution Climat Énergie doit s’accompagner de mesures de redistribution de grande ampleur pour en compenser les effets sur les plus vulnérables. Une relance publique du soutien à la transition écologique locale est plus que jamais indispensable afin d’impliquer beaucoup plus les territoires et les citoyen.ne.s dans le déploiement des projets collectifs d’énergies renouvelables. Ces investissements supplémentaires dans la transition écologique devront être sortis des critères budgétaires européens.

La refonte des aides de la PAC en soutien des petites et moyennes exploitations doit être accélérée, pour permettre une agriculture respectueuse de l’environnement, la croissance des productions bio, et pour développer le paiement des services environnementaux (stockage du carbone, arrêt des intrants chimiques...). Il faudra enfin donner toute sa place dans nos textes fondamentaux au droit de la nature et mettre en oeuvre de façon strict sur l’ensemble du territoire la politique du « zéro artificialisation nette » et la protection de la biodiversité.

Ces investissements massifs, pour l’immédiat ou le futur, exigent un financement soutenable et équitable. L’engagement de l’Europe en est l’une des clés. C’est une nécessité qui conditionne la survie de l’Union, quand les forces de démembrement prospèrent grâce au manque de solidarité européenne dans chaque moment de crise. On attend de l’Europe qu’elle conduise durablement une politique monétaire à la hauteur du risque actuel, mais aussi qu’elle mette en oeuvre des formes inédites de financement en commun pour empêcher une hausse de l’endettement des États, en particulier les plus affectés par la crise sanitaire. Il faudra aussi dès les prochains mois engager le chantier de la restructuration des dettes héritées des crises successives.

Tous les pays en ont en effet un urgent besoin pour permettre un nouveau départ et la transformation de leurs économies tellement interdépendantes. Ces financements européens ne sauraient être assortis des mesures d’austérité qui ont creusé entre les peuples des blessures encore inguérissables. Les conditionnalités aujourd’hui se nomment écologie, cohésion sociale et respect de la démocratie. Une transformation profonde des structures de l’Union européenne est indispensable pour rendre possibles ces politiques ambitieuses de solidarité. Cela implique la remise en cause du pacte budgétaire.

Mais l’Europe ne pourra pas régler seule l’addition de la crise. Les États devront eux aussi apporter une réponse fiscale et budgétaire dans un esprit de justice. Pour corriger les inégalités creusées au cours des dernières décennies et aggravées par la crise, et pour prévenir l’effondrement de nos sociétés. La France doit rétablir un Impôt de solidarité sur la fortune, mettant à contribution les patrimoines les plus élevés, et renforcer la progressivité de sa fiscalité sur les revenus, notamment ceux du capital, largement érodée depuis 2017. Compte tenu de l’ampleur des dépenses engagées pour faire face à la crise, elle devra appeler une contribution anti-crise des citoyens les plus aisés. La taxation des secteurs qui ont bénéficié de la crise et de ceux qui ont décidé, au coeur de la tempête, de continuer à distribuer des dividendes ou à s’enrichir à l’abri des paradis fiscaux doit être proposée sans délai au Parlement. La maîtrise à l’avenir des écarts de salaires au sein des entreprises participe de ces préalables de justice : au-delà d’un écart d’un à douze, il ne serait plus possible de déduire les rémunérations et les cotisations de l’impôt sur les sociétés. Ces choix sont inséparables d’une action ambitieuse pour que les bénéfices des sociétés multinationales cessent d’échapper largement à la fiscalité française, notamment en les obligeant à une totale transparence sur leurs activités et les taxes payées dans les pays où elles sont présentes. Cette reconquête ne sera complète que lorsque les géants du numérique contribueront par un impôt juste aux efforts d’investissement qui attendent la France et l’Europe.

Ces mesures n’auront de sens et d’efficacité que si dans l’après-crise, une transition démocratique offre à tous la capacité d’agir pour un monde commun. La verticalité du pouvoir fracture la société. Elle alimente l’impuissance et la défiance. C’est l’échec de la Vème République. Seule une refondation de nos institutions permettra de le dépasser. Il est impératif de ne pas confier à un « sauveur suprême » ou au pouvoir technocratique « la sortie de crise », mais au contraire d’augmenter la participation des citoyen.nes aux décisions qui les concernent et cela à tous les niveaux.

Réussir les transitions exige un développement des emplois publics partout où leur manque cruel se vérifie aujourd’hui. Il faudra aussi rénover l’action publique en inventant les outils, l’organisation, les métiers du secteur public de demain. Rien ne progressera sans des délibérations collectives, valorisant bien davantage les citoyens et leurs compétences, l’éducation, l’innovation sociale et la création culturelle, les territoires, villes et villages.

Cet impératif s’adresse aussi aux entreprises : pour réussir la sortie de crise, il faut y faire entrer la démocratie en associant réellement les salariés à leur stratégie. Cela doit s’incarner dans une codétermination à la française avec la présence de 50% de représentants des salariés dans les conseils de surveillance ou les conseils d’administration des grandes entreprises et le renforcement des pouvoirs des représentants des salariés à tous les niveaux.

Lourde de souffrances inédites, cette période ne doit pas confisquer les espoirs de changement, bien au contraire. Faisons place à l’action collective et à ces premières convergences. Pour être à ce rendez-vous de notre Histoire, nous proposons qu’un grand événement, une « convention du monde commun », réunissent dans les prochains mois toutes les énergies disponibles, les citoyennes et citoyens épris de profonds changements, les formations politiques, les forces associatives, les initiatives que portent syndicats et ONG. C’est une première étape cruciale et attendue pour une alternative démocratique, écologique et sociale. Nous voulons lui donner la force de notre engagement."

Les Premiers signataires*

 Syamak Agha Babaei, Christophe Aguiton, Amandine Albizzati, Claude Alphandery, Nathalie Appéré, Guillaume Balas, Jeanne Barseghian, Marie-Laure Basilien-Gainche, Laurent Baumel, Romain Beaucher, Anne-Laure Bedu, Jacqueline Belhomme, Esther Benbassa, Patrice Bessac, Olivier Bianchi, Habiba Bigdade, Loïc Blondiaux, Alice Bosler, Maurice Braud, Rony Brauman, Axelle Brodiez, Ian Brossat, Philippe Brun, Julia Cagé, Sophie Caillat, Andrea Caro, Fanélie Carrey-Conte, Lucas Chancel, Pierre Charbonnier, Christian Chavagneux, Alain Coulombel, Annick Coupé, Jezabel Couppey-Soubeyran, Françoise Coutant, Thomas Coutrot, Cécile Cukierman, Ronan Dantec, Joël Decaillon, Laurence De Cock, Carole Delga, Stéphane Delpeyrat, Laurianne Deniaud, Emmanuel Denis, Gregory Doucet, Marie-Guite Dufay, Cécile Duflot, Antoine Dullin, Jérôme Durain, Guillaume Duval, Timothée Duverger, Nicolas Duvoux, Anne Eydoux, Olivier Faure, Rémy Féraud, Aurélie Filippetti, Diana Filippova, Alain Foix, Didier Fradin, Philippe Frémeaux, Guillaume Garot, Karl Ghazi, Jean-Luc Gleyze, Raphael Glucksmann, Daniel Goldberg, Guillaume Gontard, Gaëtan Gorce, Aziliz Gouez, Bernadette Groison, Florent Gueguen, Denis Guenneau, Hélène Hardy, Jean-Marie Harribey, Anne Hessel, Catherine Hoeffler, Pierre Hurmic, Marie-Hélène Izarn, Pierre Jacquemain, Yannick Jadot, Hugues Jallon, Vincent Joineau, Régis Juanico, Nina Karam-Leder, Pierre Khalfa, Yazid Kherfi, Hella Kribi-Romdhane, Thierry Kuhn, Joël Labbé, Guillaume Lacroix, Delphine Lalu, Aurore Lalucq, François Lamy, Sandra Laugier, Pierre Laurent, Guillaume Le Blanc, Joël Le Coq, William Leday, Claire Lejeune, Corinne Lepage, Elliot Lepers, Nadine Levratto, Medhi Litim, René Louail, Benjamin Lucas, François Mandil, Bénédicte Manier, Edouard Martin, Gus Massiah, Nora Mebarek, Dominique Meda, Philippe Meirieu, Claire Monod, Beligh Nabli, Naïri Nahapetian, Alexandre Ouizille, Christian Paul, Renaud Payre, Willy Pelletier, Camille Peugny, Maxime Picard, Thomas Piketty, Eric Piolle, Dominique Plihon, Dominique Potier, Alexis Poulin, Angèle Préville, Audrey Pulvar, Valérie Rabault, Jean-Paul Raillard, Gilles Raveaud, Sandra Regol, Nadine Richez-Battesti, Martin Rieussec-Fournier, Jacques Rigaudiat, Marie-Monique Robin, Johanna Rolland, Barbara Romagnan, Laurence Rossignol, Muriel Rouyer, Virginie Rozière, Michèle Rubirola, Bernard Saincy, Eva Sas, Mounir Satouri, Frédéric Sawicki, Laurence Scialom, Sabrina Sebaihi, Aissata Seck, Gabrielle Siry, Emmanuel Soulias, Jo Spiegel, Olivier Szulzynger, Sophie Taille, Bernard Thibault, François Thiollet, Isabelle This Saint-Jean, Stéphane Troussel, Henri Trubert, Hulliya Turan, Boris Vallaud, Najat Vallaud-Belkacem, Shahin Vallée, Antoine Vauchez, Denis Vicherat, Anne Vignot, Patrick Viveret.

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« initiative commune »

Des figures intellectuelles et politiques de la gauche et de l’écologie appellent à une « initiative commune »

La France insoumise ne s’est pas jointe à l’initiative, défendue par un large panel de personnalités. L’objectif : construire un programme de sortie de crise.

Par Sylvia Zappi 

L’initiative était attendue. Jeudi 14 mai, tout ce que la gauche et l’écologie politique et associative comptent de figures – à l’exception notable des « insoumis » – signe une tribune collective pour tenter de dessiner un futur commun. Intitulé « L’initiative commune », et organisé par l’ancien député socialiste Christian Paul et le journaliste économique Guillaume Duval, le texte, publié sur plusieurs sites dont celui de Libération, de L’Obs,de L’Humanité ou encore Mediapart, entend marquer le coup. Et donner le départ d’un élan collectif.

Constatant que, face au « séisme » de la pandémie actuelle, il faut « tourner la page du productivisme » et amorcer une transition écologique et sociale, les signataires veulent construire un programme de sortie de crise. Les axes font la part belle à l’urgence sociale – sortir de la rue des milliers de personnes, nouveau modèle de protection sociale, retraite « décente », revalorisation salariale des « travailleurs de l’aube et du soir », loi de programmation pour l’hôpital et les Ehpad – et prônent la réorganisation de l’économie pour relocaliser et convertir à l’urgence climatique – conditionnalité des aides aux entreprises, « prime climat » pour la rénovation énergétique, plan de mobilité durable. Les financements sont aussi pensés avec le retour de l’ISF, un financement européen et une « contribution anticrise » des plus riches.

Le programme est un habile compromis entre des fondamentaux de la gauche, les incontournables des écologistes et des propositions portées par les associations de lutte contre la pauvreté.

Le texte est une première par l’ampleur du panel politique qu’il couvre. Et c’est probablement du côté de la variété des signataires qu’elle est la plus visible. On peut y trouver les ténors de la gauche et des écologistes : les députés socialistes Olivier Faure et Valérie Rabault, les députés européens Raphaël Glucksmann et Aurore Lalucq, la présidente de région Occitanie, Carole Delga, et les maires Johanna Rolland (Nantes) et Nathalie Appéré (Rennes) ; les écologistes Yannick Jadot, Sandra Regol, Eric Piolle et Eva Sas ; les amis de Benoît Hamon, Guillaume Balas et Claire Monod ; les communistes Ian Brossat et Pierre Laurent.

Large panel associatif, syndical, intellectuel progressiste

Ils ont été rejoints par un large panel associatif et syndical et de nombreux intellectuels progressistes. On peut remarquer ainsi les signatures personnelles des anciennes ministres passées au monde des ONG Cécile Duflot (Oxfam) et Najat Vallaud-Belkacem (One), de l’ex-président d’Emmaüs Thierry Kuhn, de l’urgentiste Rony Brauman, des anciens syndicalistes Bernard Thibault, Bernadette Groison ou Annick Coupé, des altermondialistes Gus Massiah et Christophe Aguiton. Des intellectuels de renom ont aussi paraphé l’appel, tels Thomas Piketty, Julia Cagé, Pierre Charbonnier, Dominique Méda et Sandra Laugier.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Thomas Piketty : « Après la crise, le temps de la monnaie verte »

La famille est presque au complet. Ne manquent que les amis de Jean-Luc Mélenchon. Les « insoumis » ne cachent pas qu’ils ne goûtent guère ce genre d’initiative de « tambouille » politique. Persuadés d’avoir leur programme – « l’avenir en commun » – et un candidat crédibles, ils privilégient leur projet de « fédération populaire » et ne veulent pas entendre parler d’alliance avec les socialistes.

« C’est la première fois qu’une telle coalition d’idées s’exprime pour tenter de bâtir un programme en commun », se félicite néanmoins Christian Paul. Un grand rendez-vous, appelé « convention du monde commun », est prévu à l’automne pour formaliser cette dynamique collective. Les dates et lieux ne sont pas encore précisés.

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08 avril 2020

Arnaud Montebourg : «Macron est-il le mieux placé pour parler de patriotisme économique ?»_

Par Lilian Alemagna
Promoteur de la «démondialisation» depuis dix ans, l’ancien ministre du Redressement productif dénonce le «transformisme intellectuel» du gouvernement pendant la crise et appelle à inventer une nouvelle puissance publique, indépendante.

Ancien ministre du Redressement productif puis de l’Economie de François Hollande jusqu’en 2014, Arnaud Montebourg défend depuis dix ans le concept de «démondialisation», prônant la réappropriation des secteurs industriels stratégiques par l’Etat. En retrait de la vie politique depuis son échec à la primaire de la gauche en 2017 et désormais à la tête de deux entreprises équitables : Bleu Blanc Ruche (miel) et la Mémère (glace bio), il redonne de la voix à la faveur de la crise sanitaire, économique et sociale du coronavirus. Sévère sur l’action d’Emmanuel Macron et de la majorité, il appelle l’Etat à engager une «reconstruction écologique» : «Le moins d’importations possible, une économie davantage tournée vers le marché intérieur continental avec des bons salaires et de meilleurs prix pour rémunérer ceux qui produisent ici.»

Le 12 mars, lorsque vous entendez Emmanuel Macron déclarer que c’est une «folie» de «déléguer […] notre protection […] à d’autres» notamment en matière de santé, vous tombez de votre canapé ?

Pour moi, les discours n’ont aucune valeur. Ce qui m’intéresse, ce sont les actes. Qu’a fait Emmanuel Macron en la matière depuis 2014 ? A Bercy - où il m’a succédé -, il a malheureusement abandonné les 34 plans industriels de reconquête de notre souveraineté technologique, et il y a en avait un important dans le secteur des équipements de santé dont aujourd’hui nous aurions bien besoin. Le chef de l’Etat est-il le mieux placé pour mener une politique de patriotisme économique, après avoir laissé filer Alstom, Technip, Alcatel, et combien d’autres ? Ces dernières années, la puissance publique n’a jamais voulu être présente pour pallier les défaillances du privé. Un exemple : avoir laissé Sanofi délocaliser la production de paracétamol en Chine et en Inde, alors que nous aurions pu utiliser la commande publique à des fins patriotiques pour maintenir la production en France. Le résultat est qu’on rationne aujourd’hui les Français en boîtes de paracétamol.

Mais lorsque Bruno Le Maire parle de «nationalisations» et de «patriotisme économique», vous le vivez comme une victoire idéologique ?

Ce transformisme intellectuel aura du mal à trouver sa crédibilité. Ces personnes ont enfilé un costume, une apparence, mais est-ce une réalité ? A Bercy, lorsque j’ai proposé des nationalisations, Emmanuel Macron expliquait que l’on n’était «pas au Venezuela» et aujourd’hui lui-même propose donc de «faire le Venezuela»… Les nationalisations sont tout simplement des outils naturels d’exercice de la souveraineté et de l’indépendance nationale. Si beaucoup le découvrent aujourd’hui, je m’en réjouis. Mais que de temps perdu, d’usines fermées, de brevets, de salariés et de savoir-faire abandonnés qu’on aurait pu conserver…

Dans un autre moment de sa vérité, le Président avait qualifié ces Français anonymes qui travaillent dur pour vivre de gens «qui ne sont rien». Va-t-il soudain proclamer qu’ils sont «tout» ? Car ils comptent effectivement pour beaucoup, ceux, injustement méprisés, qui font tourner le pays, caissières, éboueurs, infirmières, instituteurs, manœuvres et journaliers de l’agriculture. Combien d’autres contorsions avec ses convictions devra-t-il accomplir encore pour retrouver la grâce électorale perdue ?

Que dit cette crise de l’état de notre Etat ?

Notre pays s’est soudé dans son histoire à travers la construction d’un Etat fort qui unifie et protège. La France a survécu aux plus graves tourments grâce à lui. Lorsqu’on constate une faiblesse chez cet Etat protecteur, on a le sentiment d’un affaissement du pays. C’est cette sensation d’humiliation que nous éprouvons en ce moment : en matière sanitaire, notre Etat a été imprévoyant, inconséquent et à l’évidence incapable de faire face, comme les contre-exemples de la Corée du Sud ou de Taïwan le démontrent.

La faute à qui ?

De nombreux rapports (parlementaires, scientifiques et même de technocrates aujourd’hui au pouvoir) ont alerté, ces dernières années, sur les risques en cas de forte épidémie. Ils ont été ignorés. Les décisions ont été prises en fonction d’intérêts de court terme. Nous payons le prix en nombre de morts de cette conception stupidement budgétaire et faussement managériale de l’Etat. Car la France a adapté sa politique sanitaire à des moyens médicaux insuffisants. Résultat : on confine tout le pays et on détruit l’économie pour permettre aux chiches moyens médicaux de faire face. C’est reconnaître que le coût économique et social énorme qu’aura cette crise aurait pu être atténué si nous avions investi dans nos hôpitaux et dans notre industrie des matériels de dépistage et de protection.

Il faudra donc demain des budgets pour l’hôpital beaucoup plus conséquents…

Ça va bien au-delà de l’hôpital ! Il s’agit là de notre indépendance productive et technologique.

C’est-à-dire ?

Nous avons besoin d’inventer une nouvelle puissance publique, capable de nous conduire dans les crises et les transitions. Qui n’applique pas seulement des règles mais traite avant tout les problèmes. Aujourd’hui, nous avons une technostructure qui applique des process, des réglementations et des normes. Cela bloque toute une société - d’élus locaux, de PME, d’agents publics, d’associatifs… - qui essaie, elle, de s’organiser et de se débrouiller. Le technocratisme vertical nous coule !

En même temps vous ne pourrez pas changer tous les fonctionnaires…

Ce ne sont pas eux qui sont en cause mais l’organisation de l’Etat. Elle est obsolète. Face aux marchés, l’Etat a été incapable d’affirmer nos intérêts collectifs et s’est dévitalisé. Voilà près de vingt ans que nos gouvernants s’appliquent à réduire le champ de l’Etat. On voit le résultat : un Etat qui organise sa propre défaisance est donc défait en période de combat. Une reconstruction majeure se présente devant nous. Et il faudra s’y employer avec des règles nouvelles décidées avec la société, par les citoyens et les consommateurs. Les premiers parce qu’ils vont décider d’organiser la société à travers de nouveaux choix politiques. Les seconds parce qu’ils voudront, dans les produits qu’ils choisiront pour leur vie quotidienne, obtenir la preuve que les humains qui les auront fabriqués sont proches d’eux et auront défendu les mêmes valeurs d’équité sociale et environnementale qu’eux.

Un «Made in France» écolo ?

Pas seulement. Il s’agit d’une reconquête de notre souveraineté au sens large : alimentaire, technique, numérique, énergétique. Pourquoi importer tant de pétrole ? Cette question va très vite se poser… Il va falloir recentrer le plus possible nos économies sur ce que nous sommes capables de produire. C’est ce que j’appelle la «reconstruction écologique» : le moins d’importations possible, une économie davantage tournée vers le marché intérieur continental, avec des bons salaires et de meilleurs prix pour rémunérer ceux qui produisent ici.

Est-ce la suite de votre constat de «démondialisation» fait en 2011 ?

C’est la mise en œuvre d’une politique que j’ai appelée «Made in France» lorsque j’étais à Bercy. Car la mondialisation telle qu’on l’a connue est instable, dangereuse et non-démocratique. Personne n’a obtenu de mandat pour mettre en concurrence des Etats qui esclavagisent leurs travailleurs, piétinent les lois environnementales élémentaires, avec des nations qui ont à leur actif deux cents ans d’acquis syndicaux et sociaux et des lois environnementales d’avant-garde. C’est pourquoi la fragmentation de la mondialisation me paraît irrésistible.

Mais la technostructure en place est-elle capable de mettre en œuvre des tels changements ?

C’est la société tout entière qui définira ses objectifs et ses buts de paix. Tout cela sera débattu et arbitré démocratiquement. Aujourd’hui, dans la société, il y a des tas de ressources, y compris dans les corps de l’Etat, qui ne demandent qu’à être stimulées. L’Etat a sacrifié la préparation de l’avenir. La crise que nous vivons nous prouve qu’il faut penser et bâtir le long terme.

Vous diriez-vous désormais «souverainiste» ?

J’utilise le mot d’«indépendance». Etre indépendant, c’est ne pas dépendre des autres, décider pour nous-mêmes. La France, pays libre, n’a pas vocation à être assujettie aux décisions des autres. Pas plus de la Chine et des Etats-Unis que de l’Union européenne quand les décisions sont gravement contraires à ses intérêts. L’exercice de la souveraineté est un de nos fondements depuis la Révolution française qui l’a conquise sur les monarques. Si on sort des débats de positionnement politique et que l’on reste sur les contenus, je continuerais à parler d’«indépendance» : militaire et stratégique (c’est la bombe atomique), énergétique (c’était le nucléaire et ce sont désormais les énergies renouvelables), technologique (ce sont nos industries pharmaceutique, aéronautique, automobile, ferroviaire aujourd’hui affaiblies), numérique (ce sont les Gafa qui nous manquent).

Comment observez-vous les nouveaux désaccords au sein de l’UE dans cette crise sanitaire ?

Si certains Etats refusent hélas de mutualiser les dettes, après tout ils prennent le droit d’être égoïstes, ce qui nous autorisera pour une fois à l’être enfin pour nous-mêmes ! En revanche, tous devront dire ce que nous faisons de nos futures montagnes de dettes publiques et privées. Faites un premier calcul pour la France : le coût du chômage partiel, plus les réinvestissements dans le secteur sanitaire, plus les crédits garantis par l’Etat aux banques, plus toutes les faillites que l’on essaiera d’éviter… Tout cela mis bout à bout, dans six mois, on sera pas loin de 300 milliards d’euros au bas mot ! Aujourd’hui, aucun traité européen ne le permet et le virus va mettre tous les pays - au Nord comme au Sud - à égalité. Que fera-t-on ? Imposer des plans d’austérité ? Pas question de refaire les mêmes erreurs qu’il y a dix ans. Reste alors deux solutions : lever encore des impôts ou bien… annuler ces dettes. Le débat qu’il faut ouvrir n’est donc pas seulement la «mutualisation» des dettes mais leur annulation. La France devra demander que la Banque centrale européenne monétise ces dettes car elles seront insoutenables. Personne ne sera spolié. Il s’agira de faire tourner la planche à billets comme l’ont fait la Banque d’Angleterre et la Réserve fédérale américaine après la crise de 2008. C’est ce que l’UE aurait dû faire au lieu d’imposer des cures d’austérité qui ont détruit les services publics. Des décisions qui, aujourd’hui, se paient en morts dans nos hôpitaux et nos Ehpad. Oui, «l’argent magique» existe pour les Etats dans certains cas quand ils le décident. Ces derniers vont donc sortir renforcés de cette épreuve comme outils de direction de l’économie. C’est un point très important et très positif.

Mais ne craignez-vous pas au contraire un renforcement des nationalismes ?

Soit l’Union européenne sert à traiter les problèmes des gens, soit les gens se passeront de l’UE et elle sera à son tour victime du Covid-19. C’est aussi simple que cela. Tout le monde va devoir réviser ses précis de catéchisme européen.

Dans Libération, Julien Dray a appelé à ce que «la gauche» – dont vous êtes issu – soit «au cœur d’un grand front républicain arc-en-ciel». Qu’en pensez-vous ?

J’ai trente ans de socialisme dans les jambes. Mais aujourd’hui, je ne suis plus rattachable à un quelconque parti politique. Je suis «inorganisé» et je ne sais plus ce que «la gauche» veut dire parce que «la gauche» a mené des politiques de droite et enfanté Emmanuel Macron. Lorsque j’ai quitté le gouvernement de Manuel Valls, on m’a dit qu’on ne partait pas pour 15 milliards d’euros à redistribuer aux ménages… Ces «15 milliards», c’est la somme finalement arrachée par les gilets jaunes en 2018 ! Je ne sais plus ce qu’est «la gauche», même avec une couche de peinture écologique dessus. En revanche, je sais ce que sont la France et les aspirations des Français.

Que comptez-vous alors apporter ?

Une analyse, une vision, des idées, de l’entraide et chacun en fera ce qu’il voudra.

Posté par PS95600 à 12:33 - Permalien [#]

02 avril 2020

Olivier Faure : « Il faut un plan de relance massif»

 

Edouard Philippe s'entretiendra jeudi avec les présidents de parti. Qu'en attendez-vous ?

Une discussion transparente sur les mesures à prendre. Jusqu'ici, les rendez-vous ont été des mises en scène. Aucune mesure n'a jamais été concertée. Je persiste à demander le confinement de toutes celles et ceux qui ne sont pas sur des activités essentielles, comme s'y sont engagées l'Italie et l'Espagne. C'est la seule façon de donner la priorité pour les moyens de protection à ceux qui tiennent le pays à bout de bras.

Je recueille chaque jour le témoignage de salariés qui sont contraints d'aller travailler alors que rien ne le justifie. L'école à la maison a montré ses limites. Une part importante des élèves a décroché. Il faut dès à présent expliciter les règles du jeu. Consolidation des acquis pendant le confinement. Baccalauréat sur la base du contrôle continu. Je demande que la France ne prenne pas de nouveaux retards et que l'on anticipe la suite : quels sont les critères que retient le gouvernement pour sortir du confinement ? Quelles garanties prenons-nous pour éviter le rebond épidémique ?



Emmanuel Macron a-t-il tort de critiquer les « irresponsables » qui « cherchent déjà à faire des procès alors que nous n'avons pas gagné la guerre » ?

Chacun devrait éviter d'instrumentaliser cette épidémie. Il y a trop d'arrière-pensées chez les uns et les autres. Prolonger le duel bien rodé Macron-Le Pen en temps de crise, c'est indécent. L'heure n'est évidemment pas au procès du gouvernement dans un moment où il a à lutter contre une épidémie. Mais l'unité nationale, ce n'est pas mettre tout le monde derrière un seul. C'est construire, heure après heure, les scénarii permettant à la fois de partager un point de vue sur la gestion de la crise, sur la sortie du confinement et la manière d'éviter le rebond de l'épidémie et d'assurer en revanche celui de l'économie.



Les dispositifs d'urgence adoptés face à la crise sanitaire et économique vous semblent-ils suffisants ?

Il faut changer d'échelle. Puisque l'on a déclaré la guerre au virus, il faut une économie de guerre comme le réclament les soignants : réquisitionnons des activités industrielles pour produire le matériel dont on manque. Il faut produire plus et plus vite, y compris pour anticiper la sortie du confinement qui nécessitera la diffusion massive de masques, tests, gel …

Sur le plan social, les salariés qui sont mis au chômage partiel voient leur pouvoir d'achat amputé à un moment où leurs charges fixes, elles, demeurent. Les revenus sont parfois amputés de 30 % pour ceux qui bénéficient de primes ou d'une part variable. La solidarité doit s'exprimer pleinement. Puisque le président de la République s'est engagé « quoi qu'il en coûte » , il doit indemniser à 100 % les salariés. Cela participe du plan de relance qu'il faut lancer au lendemain de la crise sanitaire. Car si elle n'est pas préparée, la sortie du confinement sera un drame économique et social.


Que vous inspire l'appel à la solidarité nationale lancé par Gérald Darmanin ?

J'ai trouvé ça grossier et choquant. Cette crise agit comme un puissant révélateur de toutes les inégalités, d'emploi, de salaires, de logement, d'éducation… Et voilà que le gouvernement fait appel à la générosité des Français, y compris les plus modestes, alors qu'il n'a pas interdit aux entreprises du CAC 40 de verser des dividendes par milliards, que l'ISF n'a pas été rétabli… Si cette cagnotte-là préfigure les mesures gouvernementales de l'après covid-19, ce sera pour entrer dans une violente crise politique.


L'exécutif conditionne les aides de l'Etat aux entreprises au non-versement de dividendes aux actionnaires…

Ca ne suffit pas. Durant l'année 2020, il faut interdire le versement de dividendes dans les grands groupes. C'est une question de décence ! Les plus modestes devraient être les seuls à faire les frais de cette crise, mettant leur vie en danger, tandis que les rentiers seraient exonérés de tout effort ? Jusqu'où ira le cynisme rapace des puissants ? C'est au demeurant aussi une question d'efficacité : il faut conserver ces milliards d'euros dans l'économie productive.


Les dérogations au Code du travail sont-elles justifiées ?

Elles sont justifiées quand elles sont négociées, qu'il y a des contreparties et surtout qu'elles ne durent pas. Chacun peut comprendre qu'il y ait, parce que la vie de tous en dépend, des obligations supplémentaires pour produire du gel, des masques ou des respirateurs. Mais on ne peut pas contrevenir au Code du travail dans des entreprises où cela ne se justifie pas. Et après le pic épidémique, il faudra immédiatement revenir à des règles de droit commun.


Êtes-vous favorables à des nationalisations ?

Des nationalisations temporaires peuvent se justifier pleinement. Je pense par exemple à l'entreprise Luxfer, dont le savoir-faire est unique en Europe, et qui a fermé ses portes. Les salariés sont prêts à reprendre la fabrication d'oxygène médical sur-le-champ. Il conviendra également d'avoir une vision stratégique quant à la place de l'Etat dans des entreprises qui relèvent des secteurs indispensables en période de crise.


Quels enseignements tirez-vous de cette crise sur le modèle économique et social français ?

Il faut complètement changer de modèle. Cette crise vient révéler l'impasse de la politique actuelle : fiscalité inégalitaire, économies sur la santé, restrictions féroces de l'accès à l'assurance-chômage, stigmatisation pendant le débat des retraites des agents des services publics alors que ce sont ceux les héros de cette crise. Si le président de la République se conforme à ce qu'il a annoncé, il doit revenir sur la plupart de ses choix et consolider nos mécanismes de solidarité et nos services publics, qu'il a mis à mal. La santé, l'éducation, le logement, sont des objectifs prioritaires.


Que proposez-vous concrètement ?

D'abord un plan de relance massif. Ce n'est plus le moment de faire dans la demi-mesure. Il faut ouvrir les vannes de la dépense publique pour éviter la récession, comme le suggère Esther Duflo . C'est ce que nous ferons au niveau de nos collectivités locales pour soutenir l'activité.

C'est l'opportunité de faire un pas de géant sur le chemin de la transition écologique. Pour être clair, il n'est pas nécessaire de réinvestir dans la production de SUV, mais il faut investir massivement dans les énergies renouvelables, dans la rénovation thermique, parce que cela baisse nos émissions de carbone et génère des emplois durables et non délocalisables. Il manque pour la transition écologique 20 milliards par an en France, 300 milliards au niveau européen, 2.000 milliards dans le monde selon les estimations courantes. Face au mur pandémique, on débloque cet argent ; il faudra être capable de le faire après. On ne peut pas offrir comme seul avenir à nos enfants de passer d'un confinement à un autre, d'une crise épidémique à une crise climatique.

Ensuite mettre le paquet sur l'hôpital et les Ehpad . Nous avons déjà fait des propositions au moment de la discussion budgétaire, écartées d'un simple revers de main par la majorité. Il faut recruter massivement et revaloriser les carrières. On ne peut pas célébrer chaque soir à 20 heures nos nouveaux héros et oublier que l'immense majorité de ces gens-là ont des salaires voisins du SMIC. Et ce que je dis là vaut pour tous les premiers de tranchées : caissières, éboueurs, pompiers, gendarmes…


Les « premiers de tranchées » plutôt que les « premiers de cordée »…

La théorie des premiers de cordées a montré sa limite : rien n'a ruisselé. En revanche, chacun comprend que si les premiers de tranchées n'étaient pas là aujourd'hui, la crise sanitaire serait apocalyptique. Le plan de relance gigantesque, d'inspiration keynésienne, doit leur donner la priorité. Pour que les entreprises retrouvent demain des débouchés à leur production, il faudra qu'il y ait de l'argent chez ceux qui sont les plus aptes à le dépenser et non à le thésauriser.


Jean-Luc Mélenchon ne croit pas à l'inflexion promise par le chef de l'Etat après la crise. Et vous ?

Comme Léon Blum, je pourrais dire « Je le crois parce que je l'espère ». Mais comment espérer d'un gouvernement qui a conduit une politique aux antipodes de la défense des biens communs ? C'est pourquoi les socialistes travaillent pour faire des propositions fortes à la sortie de la crise. Il faut avoir conscience que ceux qui sont au charbon aujourd'hui sont les « gilets jaunes » des ronds-points d'hier. Seize mois plus tard, le pays tient grâce à eux. Alors eux aussi demandent des dividendes. Leur colère est immense. Il faut l'entendre.

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