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Pour une France durable
Mes chers concitoyens, chers camarades,

Nous sommes face au destin de la France ; le destin d’un grand pays qui a écrit l’histoire, celle du monde avec nos valeurs
universelles, la République, celle de l’Europe pour trouver enfin la voie de la paix sur notre continent. Dans cette histoire du monde et de l’Europe, la famille socialiste a été de tous les rendez-vous, de la guerre mais surtout de la paix, de l’Europe, de la décolonisation, de la fin de la peine de mort aux progrès sociaux, des premiers congés payés à la cinquième semaine de congé, de la semaine des 40 heures aux 39 et 35 heures, du RMI à la CMU, aux emplois jeunes, du tiers payant au mariage aux personnes de même sexe... A chaque étape de l’exercice des responsabilités, elle a porté les valeurs de progrès sans jamais céder « aux huées fanatiques ».
Notre famille politique continue de gagner des élections en Europe, la dernière en date en Allemagne. Elle gouverne en
Espagne et au Portugal ; il n’y a qu’en France que le socialisme démocratique s’enfonce dans l’effacement au risque mainte-nant de disparaître. Cette présidentielle s’inscrit dans ce contexte, lié sûrement à un quinquennat qui n’a pas pu être défendu par celui qui l’avait dirigé, mais qui sert de prétexte aujourd’hui à la ligue de l’effacement, de celles et de ceux qui veulent se construire uniquement par le déni et l’oubli, en cédant ainsi le terrain à tous les adversaires de gauche et écologistes qui veulent logiquement prendre notre place.
Rien n’y fait, et les résultats locaux revendiqués comme des victoires politiques ne sont pourtant que les victoires de sor
-tants ou de personnalités qui bénéficient du passé mais ne s’additionnent pas pour porter une dynamique politique nationale. Les résultats d’aujourd’hui sont clairs et si nous ne revendiquons pas notre étiquette socialiste après une primaire écolo-giste réussie, nous serons sans moyen de mener notre propre candidature et nous prenons le risque d’apparaître comme suiveurs et non pas comme leaders, avec un résultat à la présidentielle en-dessous de celui des écologistes et des autres composantes de la gauche.
Nous sommes donc à la croisée des chemins, disparaître ou réapparaître, s’effacer ou porter un projet pour la France.
C’est le choix que vous aurez à faire, sans concession aux donneurs d’ordre de vos fédérations qui pensent d’abord aux petits arrangements locaux.
C’est le choix que vous avez de changer la donne et de donner une nouvelle dynamique pour notre famille politique ou de
suivre le vote du congrès et de continuer sur la pente électorale actuelle. C’est un choix et il vous appartient. Il n’y aura pas de débat sur le projet pour la France et je le regrette ; il ne vous reste qu’à juger en prenant le temps de bien réfléchir aux dynamiques en cours et à leurs conséquences politiques. Anticiper pour décider.
Je sais que le socialisme français a encore des choses à faire et à dire, différemment des autres forces de gauche. Je
revendique son identité et l’étiquette socialiste, « le poing et la rose », comme à chacune des élections. Je propose un projet sérieux et ambitieux, républicain, européen et internationaliste, d’une nouvelle politique massive d’investissements et d’innovations, le projet d’une « France durable » comme l’avait défini Harlem Gro Brundtland, première ministre socialiste Norvégienne.
Je revendique cet héritage qui vise à assurer notre développement au présent sans obérer celui des générations futures
et à combiner l’économie, le social et l’écologie. La France durable c’est aussi renouer avec la France des Lumières, avec l’université et l’universalisme, la recherche et l’innovation, à un moment où la radicalité est revendiquée avec force à gauche et chez les écologistes, mais surtout à droite et à l’extrême droite avec le retour de Pétain et de Maurras. La radicalité ne peut pas être revendiquée comme forme de gouvernement car elle conduit inévitablement à l’affrontement, aux fractures, à la division. « Combattre les huées fanatiques » comme l’a dit Jaurès, c’est mon engagement, à condition de renouer avec l’idée de progrès mais aussi de la nuance de l’équilibre et de la raison et du sérieux en toute chose, quand on veut diriger un pays.
Si la social-démocratie a un sens dans ce moment, c’est celui-là, par l’alliance entre l’action et le dialogue, la démocratie
représentative et sociale. Il ne sert à rien d’applaudir aux idées des autres, il faut affirmer les siennes. Je suis comptable de cet engagement et si j’ai pris le temps d’écrire un livre c’est que je sais ce que je ferais pour mon pays, que je connais bien par l’expérience qui est la mienne. J’ai gouverné et je sais que c’est difficile de se battre pour un idéal en étant tous les jours confronté à la réalité, aux imprévus, aux colères aux attentes des Françaises et des Français en faisant face aux contraintes et aux défis du monde.
La gauche est en perte de vitesse avec moins de 30% d’intentions de vote ; elle est incapable aujourd’hui de gagner l’élec
-tion présidentielle. Car elle se trompe et ne sait plus répondre à l’ensemble d’une classe que j’appelle insécurisée, attachée viscéralement à la valeur travail, qui refuse les idées généreuses parce qu’elle ne porte plus de valeurs. Pire les gens du peuple ne comprennent pas qu’on leur parle de sobriété avec une écologie qui s’adresse d’abord à la classe urbaine sécuri-sée sans se rendre compte que la majorité de nos concitoyens subit déjà l’obligation d’être sobre par la montée des prix de l’énergie de l’alimentation obérant à chaque poussée inflationniste son « pouvoir vivre ».
C’est de cela que je veux parler et dont je parle dans mon livre.

Mes chers camarades vous êtes arrivés à l’heure du choix et j’ai au moins obtenu avec d’autres ce vote car il n’y aura pas
de débat. Il aurait été pourtant nécessaire pour clarifier ensemble notre projet. J’en appelle à votre sens du jugement, à votre liberté de choisir en conscience ce que vous voulez pour notre parti certes, mais surtout ce que nous devons apporter à la France, dans cette période tourmentée ou le socialisme français par son histoire est indispensable à la gauche en France et en Europe.
Je suis candidat socialiste pour porter en votre nom à tous le projet d’une France durable. »

Stéphane Le Foll

05/10/2021