+Dans son baromètre de l’isolement des plus de 60 ans, les Petits Frères des pauvres identifient notamment le Covid-19 comme facteur aggravant : 53% des personnes interrogées pointent la pandémie comme l’élément déclencheur de leur sentiment de solitude.

par Cassandre Leray

Un an et demi de pandémie, mais aussi de solitude. Pour de nombreuses personnes âgées, les confinements à répétition et la distanciation sociale provoquée par le Covid-19 ont été synonymes d’isolement. C’est ce que pointe, entre autres, le dernier baromètre sur la solitude et l’isolement des personnes âgées de plus de 60 ans en France. Réalisé par l’association les Petits Frères des pauvres, il met en lumière des chiffres alarmants. En 2021, un demi-million de plus de 60 ans sont en situation de mort sociale. Autrement dit sans ou quasiment sans contact avec un cercle de sociabilité.

En 2017, l’association avait déjà réalisé une première mesure de l’isolement. A l’époque, 300 000 personnes avaient été estimées en situation de mort sociale, et 900 000 étaient considérées comme isolées des cercles familiaux et amicaux. Dans les deux cas, les chiffres sont montés en flèche, passant respectivement à 530 000 et 2 millions cette nnée. Parmi les personnes âgées interrogées dans le cadre de l’enquête, 53% identifient la crise sanitaire comme l’élément déclencheur de leur sentiment de solitude. «On a protégé les personnes âgées en les isolant, pour les maintenir en vie. Mais ce qui me paraît important, c’est de les maintenir dans la vie», estime Yann Lasnier, délégué général des Petits Frères des pauvres.

Les «jeunes» âgés plus touchés

Maintenir «dans la vie». Avec des repas en famille, des promenades et des liens avec leurs amis. Comme tout le monde. Des choses qui se sont perdues durant la pandémie et qui, dans certaines familles, peinent à se remettre en place. La tranche d’âge la plus touchée par ce sentiment de solitude depuis le début de la crise se trouve être celle des 60-64 ans (65% se sentent seuls) et des 65-69 ans (60%). Ces «jeunes» aînés, ayant habituellement un quotidien plus occupé que les plus anciens, se sont retrouvés confrontés à une solitude qui ne les concernait pas avant. Comme le synthétise cette enquête, leur train de vie a été «brutalement bouleversé : déplacements limités, activités conviviales ou de loisirs à l’arrêt ou restreintes». Mais les plus âgés sont eux aussi touchés.

Pour Yann Lasnier, une chose est sûre, il est nécessaire de «tirer des enseignements de cette pandémie». Après avoir enchaîné les confinements, les conséquences néfastes sur la santé mentale de l’ensemble de la population ont été largement pointées du doigt. Les plus âgés, déjà confrontés à un isolement fort avant la crise sanitaire, ont vu leur situation empirer. Notamment dans les Ehpad, où les visites ont longtemps été interdites pour faire face à la pandémie. Les personnes âgées vivant à domicile ont aussi souffert de l’isolement.

Le délégué général de l’association le souligne, il est «impossible de dire après coup ce qu’il aurait fallu faire ou non, cette crise nous a tous surpris». Mais il est essentiel de «préserver la vie sociale de nos aînés si, à l’avenir, nous nous retrouvons à nouveau face à une situation comme celle que l’on a connue avec le Covid», estime-t-il. «Cette pandémie nous a fait comprendre à tous l’utilité inaliénable des liens sociaux.»

Perte d’autonomie accélérée

Cet isolement social est d’autant plus inquiétant qu’il a des conséquences concrètes sur la santé des aînés. Chez les personnes âgées, le «glissement» vers la perte d’autonomie est quelque chose de très fréquent, et «accéléré par la solitude», comme le souligne Yann Lasnier : «A force d’être isolés, les gens perdent des compétences : tenir des discussions, se projeter dans le temps, faire à manger, marcher… Tous ces actes très communs peuvent devenir difficiles à faire.»

Face à cette augmentation de l’isolement et ses conséquences, l’association tire la sonnette d’alarme. La situation devrait a priori s’accentuer au fil des années, notamment à cause du vieillissement démographique, les personnes nées au moment du baby-boom entrant aujourd’hui dans le grand âge. Réflexion sur les politiques de logements, sensibilisation des jeunes générations, lutte contre les discriminations liées à la vieillesse… Autant d’idées que Yann Lasnier évoque pêle-mêle. Tout en croisant les doigts pour qu’enfin la question de la vieillesse et la loi grand âge soit au programme du prochain quinquennat, après avoir été évincée ces dernières années.