Le nouveau maire de Villeurbanne, où se tient le congrès du Parti socialiste le week-end prochain, est un pragmatique, passé par le scoutisme et la direction de l'office HLM.

Cédric Van Styvendael à Villeurbanne le 31 août. (Bruno Amsellem/Libération)

par Maïté Darnault, correspondante à Lyon

Il a donné rendez-vous aux portes d’un chantier. Celui de l’Autre Soie, un ancien foyer d’ouvrières aux verrières Art-Déco entouré d’un parc en friche, où se mêleront d’ici à quelques années habitat populaire et coworking, salle de spectacles et jeux d’enfants. Cédric Van Styvendael (CVS) veut en faire un «démonstrateur d’utopie» : «Le logement des plus fragiles est vu comme un truc qu’il faut planquer, alors que c’est une formidable opportunité de développement économique, social et culturel.» A 47 ans, l’homme au visage poupin, œil clair et cheveu ras, est le sixième maire socialiste d’affilée de Villeurbanne, 150 000 habitants. Ce satellite industriel de Lyon s’est gentrifié mais garde le cœur à gauche depuis plus de cent ans. C’est là qu’Anne Hidalgo a invité ses soutiens dont fait partie Cédric Van Styvendael, le 12 juillet, pour touiller la marmite programmatique. Villeurbanne serait devenue the place to be socialiste. Sur ses terres aura lieu aussi le 79e congrès du Parti socialiste (PS), les 18 et 19 septembre prochains.

L’élu prend la pose au milieu des travaux, suant au soleil assis sur un tas de gravats. Le parallèle avec l’état du parti au poing et à la rose est tentant. «On est passés à ça que le PS disparaisse», juge CVS. Dans la métropole de Lyon, en 2017, la mue des cadres socialistes en pèlerins marcheurs a viré à l’hémorragie sous la houlette de Gérard Collomb. Pour les municipales 2020, les écologistes ciblaient Villeurbannepour broder leur «récit national». Dans le Rhône, ils ont conquis Lyon et la métropole, mais pas la ville voisine. Car CVS est parvenu à leur opposer au premier tour une union des gauches. Alliés au second tour, les Verts ont récupéré un quart des sièges. Le novice en politique a, lui, hérité du fauteuil de vice-président à la culture du Grand Lyon, dirigé par l’écologiste Bruno Bernard. Gagnant-gagnant.

«Ma seule force politique, c’est la liberté que me donne mon parcours professionnel», dit CVS. Après le bac, l’élève «très moyen» de Chambéry file en fac de socio à Lyon, où il loge en résidence universitaire. Cédric Van Styvendael intègre sciences-po, puis se forme aux sciences de l’éducation. Premier «job» à Paris, chez les scouts et guides de France où, enfant, il a fait ses classes, de louveteau à compagnon. Commissaire national en charge des quartiers populaires, il envoie des milliers de «gamins» en camps d’été. Et visite, en quatre ans, la cinquantaine de «gros quartiers» du pays : un tour de France gris béton qui vaut cours intensif de politique de la ville. En 2009, il obtient le poste de directeur général de l’office HLM de Villeurbanne qu’il a dû quitter après son élection. Aujourd’hui, la structure gère 15 000 logements et emploie 300 personnes. Parmi eux, plus de la moitié sont des gardiens d’immeubles. «Tous connaissaient le DG, il les appelait régulièrement pour venir prendre un café en tête-à-tête», raconte Farida Kendri, chargée de mission au pôle innovation sociale de l’organisme.

«C’est essentiel de toujours laisser plusieurs portes ouvertes, sinon, c’est le meilleur moyen de se planter», estime celui qui gagne environ 8 400 euros net mensuels pour ses mandats. En 2014, il lance, avec la fondation Abbé-Pierre, l’association Vers un réseau d’achat en commun (Vrac), qui développe des groupements d’achats dans les quartiers prioritaires. Pas question de ne laisser que les miettes aux pauvres, eux aussi ont droit au bio et au bon. Cédric Van Styvendael a ses habitudes dans un bar cantine de Lyon. Il place son patron, Boris Tavernier, aux manettes de Vrac, aujourd’hui présente dans treize villes de France.

«C’est la première fois qu’une structure d’aide alimentaire n’est pas liée à la question du gaspillage, des restes, souligne ce dernier. Il me connaissait seulement comme serveur et cuistot, il sait faire confiance à des mecs qui ne lui ressemblent pas.» Laurent Rey, voisin et ami de vingt ans, ancien chef des jeunes RPR en Savoie, confirme cette «capacité à embarquer les gens». Le «pote de droite» en question s’est retrouvé à animer, en 2020, le premier grand meeting de Styvendael devant les huiles de gauche venues de Paris. Une entrée reste verrouillée, celle de la foi. «Je suis catholique pratiquant, je ne le cache pas, mais j’ai fait le choix depuis que je suis maire de ne pas en parler, pour respecter ma responsabilité liée à l’état laïque», explique l’élu. Tout juste cite-t-il l’Evangile selon Matthieu : «Quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte…» Chapitre clos.

A la maison, l’homme politique écoute de la chanson française, de Ferrat à la Rue Kétanou, et s’aère en lisant du Caryl Férey, qu’il a fait découvrir à Grégory Doucet, le maire EE-LV de Lyon. «On s’entend assez bien en n’ayant pas vingt ans de politique derrière nous», souligne l’écolo. La bibliothèque de l’élu qui vit dans le quartier Cusset à Villeurbanne héberge aussi l’Eloge du risque de la philosophe Anne Dufourmantelle ou Réconciliation du rappeur Abd al-Malik. Cédric Van Styvendael s’est marié tôt avec Bérengère, Lyonnaise rencontrée à 19 ans chez les scouts, enseignante dans un institut médico-éducatif pour enfants handicapés. «Je lui dois tout», résume-t-il. Ils ont eu quatre enfants, aujourd’hui jeunes adultes. Un moment n’appartient qu’à eux six : l’apéro familial du dimanche soir. Aîné d’une fratrie de quatre garçons, Cédric Van Styvendael a passé son enfance au Biollay, un quartier populaire de Chambéry où son père, éducateur, dirigeait un foyer de jeunes travailleurs. Sa mère, infirmière, s’est arrêtée pour élever la tribu, agrandie suite à l’adoption d’une fillette de 8 ans.

C’est «au moment de la candidature de Ségolène Royal à la présidentielle» que Cédric Van Styvendael prend sa carte au PS. Il attend dix ans pour la renouveler, en 2017, lorsqu’il devient président de Housing Europe, fédération d’acteurs du logement social qui compte 22 pays. Il mène alors son «premier combat médiatique» contre les lois de finances qui mettent à l’arrêt la production des HLM en France. En 2017 encore : CVS reçoit un appel de Ian Brossat, adjoint au logement à la mairie de Paris, qui lui offre la direction de Paris Métropole Habitat, le «Graal» du métier. Le provincial finit par décliner : «J’ai choisi le territoire où j’aurais le plus d’impact.» A l’unisson, Jean-François Debat, trésorier du PS, le député LREM de Villeurbanne, Bruno Bonnell, Cédric Villani, porte-parole de l’écologiste Delphine Batho, et Laurent Rey, le copain de droite, voient en lui un politique «d’avenir». «C’est flatteur et sympa, tempère Van Styvendael. Mais pour le moment, j’ai juste fait une campagne et des promesses. Mon boulot, ça va être de les tenir.»

15 octobre 1973 Naissance à Lyon.

Mai 2009 Directeur général de l’office HLM de Villeurbanne.

4 juillet 2020 Elu maire.

18 et 19 septembre 2021 79e congrès du PS.