Des figures intellectuelles et politiques de la gauche et de l’écologie appellent à une « initiative commune »

La France insoumise ne s’est pas jointe à l’initiative, défendue par un large panel de personnalités. L’objectif : construire un programme de sortie de crise.

Par Sylvia Zappi 

L’initiative était attendue. Jeudi 14 mai, tout ce que la gauche et l’écologie politique et associative comptent de figures – à l’exception notable des « insoumis » – signe une tribune collective pour tenter de dessiner un futur commun. Intitulé « L’initiative commune », et organisé par l’ancien député socialiste Christian Paul et le journaliste économique Guillaume Duval, le texte, publié sur plusieurs sites dont celui de Libération, de L’Obs,de L’Humanité ou encore Mediapart, entend marquer le coup. Et donner le départ d’un élan collectif.

Constatant que, face au « séisme » de la pandémie actuelle, il faut « tourner la page du productivisme » et amorcer une transition écologique et sociale, les signataires veulent construire un programme de sortie de crise. Les axes font la part belle à l’urgence sociale – sortir de la rue des milliers de personnes, nouveau modèle de protection sociale, retraite « décente », revalorisation salariale des « travailleurs de l’aube et du soir », loi de programmation pour l’hôpital et les Ehpad – et prônent la réorganisation de l’économie pour relocaliser et convertir à l’urgence climatique – conditionnalité des aides aux entreprises, « prime climat » pour la rénovation énergétique, plan de mobilité durable. Les financements sont aussi pensés avec le retour de l’ISF, un financement européen et une « contribution anticrise » des plus riches.

Le programme est un habile compromis entre des fondamentaux de la gauche, les incontournables des écologistes et des propositions portées par les associations de lutte contre la pauvreté.

Le texte est une première par l’ampleur du panel politique qu’il couvre. Et c’est probablement du côté de la variété des signataires qu’elle est la plus visible. On peut y trouver les ténors de la gauche et des écologistes : les députés socialistes Olivier Faure et Valérie Rabault, les députés européens Raphaël Glucksmann et Aurore Lalucq, la présidente de région Occitanie, Carole Delga, et les maires Johanna Rolland (Nantes) et Nathalie Appéré (Rennes) ; les écologistes Yannick Jadot, Sandra Regol, Eric Piolle et Eva Sas ; les amis de Benoît Hamon, Guillaume Balas et Claire Monod ; les communistes Ian Brossat et Pierre Laurent.

Large panel associatif, syndical, intellectuel progressiste

Ils ont été rejoints par un large panel associatif et syndical et de nombreux intellectuels progressistes. On peut remarquer ainsi les signatures personnelles des anciennes ministres passées au monde des ONG Cécile Duflot (Oxfam) et Najat Vallaud-Belkacem (One), de l’ex-président d’Emmaüs Thierry Kuhn, de l’urgentiste Rony Brauman, des anciens syndicalistes Bernard Thibault, Bernadette Groison ou Annick Coupé, des altermondialistes Gus Massiah et Christophe Aguiton. Des intellectuels de renom ont aussi paraphé l’appel, tels Thomas Piketty, Julia Cagé, Pierre Charbonnier, Dominique Méda et Sandra Laugier.

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La famille est presque au complet. Ne manquent que les amis de Jean-Luc Mélenchon. Les « insoumis » ne cachent pas qu’ils ne goûtent guère ce genre d’initiative de « tambouille » politique. Persuadés d’avoir leur programme – « l’avenir en commun » – et un candidat crédibles, ils privilégient leur projet de « fédération populaire » et ne veulent pas entendre parler d’alliance avec les socialistes.

« C’est la première fois qu’une telle coalition d’idées s’exprime pour tenter de bâtir un programme en commun », se félicite néanmoins Christian Paul. Un grand rendez-vous, appelé « convention du monde commun », est prévu à l’automne pour formaliser cette dynamique collective. Les dates et lieux ne sont pas encore précisés.