Voila..... le courrier est parti sur le site du Ministère... Après tout, on peut bien dire ce que l’on pense, même à un ministre... Eux disent bien ce qu’ils pensent... Malheureusement..

Madame la Ministre [Muriel Pénicaud]
Je ne suis qu’une petite architecte lozérienne et je doute fort que ce courrier vous parvienne et que si tel est le cas, qu'il serve à quoi que ce soit. Cependant, il me semble trop facile de rester derrière ma télévision à « pester » des décisions prises sans faire quoi que soit et sans exprimer ma pensée.

Je suis scandalisée par votre attitude et les propos que vous avez tenu vis-à-vis du secteur du BTP dans la crise sanitaire que connaît Notre Pays actuellement. Scandalisée d’une part des propos tenus vis-à-vis des chefs d’entreprises et d’autre part des décisions qui semblent se dessiner pour tous les ouvriers que vous souhaitez renvoyer sur les chantiers.

Je ne suis pas Énarque, je n’ai pas l’intelligence de tous ceux qui gouvernent notre Nation, je n’ai pas votre « clairvoyance », je n’ai pas la notion des enjeux politiques et économiques nationaux et internationaux mais j’ai une réalité de terrain qui semble vous faire défaut et surtout des valeurs auxquelles je tiens plus que tout.

Tous ces ouvriers que vous vous apprêtez à renvoyer sur les chantiers n’ont, eux non plus, pas fait de grandes études pour pouvoir se défendre. Ils n’ont appris qu’une chose : Travailler. Et c’est ce qu’ils font tout au long de leur carrière, dans des conditions souvent pénibles. Ils souffrent du froid en hiver, de la chaleur en été, travaillent dans la poussière, portent des charges lourdes. S’usent le corps, l’esprit et la santé pendant des décennies pour des retraites de misère dont la plupart n’auront de toutes façons pas le temps de profiter. Travailler…. C’est la seule chose qu’ils font, quelles que soient les conditions… S’ils ne descendent pas dans les rues, ne s’opposent pas au système, n’y voyez pas une acceptation sans faille des conditions. C’est simplement qu’ils ne savent pas le faire. Ils ne savent et ne veulent que travailler. Ces « petits gens », Madame La Ministre, sont près de 2 000 000. Vous vous apprêtez à jeter dans la gueule du loup 2 000 000 de fils, pères, époux qui mettront leur santé et celle de leurs proches en péril pour des soucis économiques et financiers. Oser penser que les mesures barrières peuvent être mises en place sur les chantiers témoigne bien de votre manque de réalisme. Sur mes « petits » chantiers, ce sont pas moins de 10 entreprises, chacune représentées par 2 à 3 hommes par équipe à minima, soit près de 30 personnes qui se côtoient dans des espaces parfois confinés, avec des moyens limités, des points d’eau restreints, du travail d’équipe, de la manutention, des trajets communs…. Je n’ose même pas imaginer les grands chantiers des métropoles….. Et pourtant vous le savez…. Bien que conscients des risques, si vous le décidez, ils y iront…. Car ils ont besoin de travailler et ne savent que travailler…

Tous les professionnels de santé crient partout au désespoir en ne demandant aux Français qu’une chose : celle de rester chez soi. Et vous, vous vous apprêtez à forcer près de 2 000 000 d’individus à se mettre au contact des uns et des autres, de faire d’eux des porteurs et des transmetteurs de ce fichu virus duquel vous n’avez pas su nous protéger. Je vous laisse faire le calcul des potentielles contaminations.

L’époque de l’esclavage est révolue Madame la Ministre, le temps de Germinal également… Si ces gens ne comptent pas pour vous et la Nation, autant que d’autres que vous avez su confiner à domicile ou installer dans des bureaux confortables, chauffés et ventilés, sachez que pour moi ils représentent les petites mains qui font de mes projets, et donc des vôtres, des réalités. Ils sauront remonter leurs manches quand le moment sera venu, se mobiliser et travailler d’arrache pied pour relever les défis de demain, mais de grâce, protégez leur santé. Ils n’assurent ni la sécurité, ni la santé du Pays. La santé économique de notre pays pour laquelle ils œuvrent chaque jour est essentielle, je vous l’accorde… Mais dans le contexte actuel, cette dernière peut sans doute attendre un mois ou deux. Je suis sûre que vous saurez trouver des économies dans des domaines où des fonds publics sont généreusement distribués (ou dilapidés) pour compenser.

Le second point que je tiens à aborder est la manière dont les métiers du bâtiments et plus largement les chefs d’entreprises ont été montré du doigt. Il est honteux qu’un représentant de l’état puisse parler ainsi et tenir de tels propos. Je suis petite-fille, fille et épouse de chefs d’entreprises. Je suis moi-même gérante d’une entreprise, et je côtoie chaque jour des hommes et des femmes qui ont eu le courage de créer leur société. S’il fut un temps où le simple fait de travailler permettait de réussir, il faut aujourd’hui vraiment « avoir ça dans le sang » pour oser s’aventurer tant le chemin est semé d’embûches. Les charges patronales, les impôts, l’URSSAF, le RSI, la TVA, les lois et normes que chaque nouveau gouvernement sort du chapeau asphyxient toujours un peu plus nos trésoreries. Les dirigeants s’endettent, hypothèquent leurs biens propres, essaient d’innover, de se former, d’avancer… Ils prennent des risques chaque jour, se privent de leur vie personnelle pour faire marcher leurs sociétés. A l’échelle du pays, ils créent de l’emploi, génèrent des richesses, permettent à des familles de vivre sans profiter du système… Et vous croyez vraiment que c’est de gaieté de cœur qu’ils voient s’arrêter pour cause de virus tout ce qu’ils ont bâti de leurs mains ??? Comment osez vous-même seulement penser qu’ils veulent profiter du système ? Peut être est-ce le cas d’une minorité mais la majorité n’a pas fermé la porte par plaisir. Nous croyez-vous assez stupides pour penser que quand Notre Président a dit « l’Etat paiera », nous n’avons pas compris « les français paieront » ? Les français et les entreprises…. Car c’est bien ça la réalité. Quel que soit le problème, les français paient. L’état c’est le peuple…. C’est ceux qui travaillent…

Je suis maman, épouse et chef d’entreprise. Depuis une semaine je suis aussi maîtresse. J’ai la chance d’exercer une profession que je peux assurer de la maison, enfin, quand il me reste du temps une fois posées toutes les casquettes que je porte ces jours-ci. Et comme tous les chefs d’entreprise du pays, mon mari et moi-même sommes inquiets de savoir comment nos entreprises traverseront cette crise, comment tous ceux avec qui nous travaillons chaque jour pourront se relever et continuer, lesquels risquons-nous de laisser au bord de la route…. Nous sommes inquiets pour la santé de nos salariés mais aussi pour leur avenir car comme la plupart des chefs d’entreprises, contrairement à ce que nos hauts dirigeants semblent penser, ils ne sont pas juste des pions dans l’échiquier.

L’état n’est à ce jour parscapable de fournir des équipements matériels pour sauver nos malades. Pas capable de fournir à nos soignants le minimum qu’ils sont en droit d’attendre pour se protéger alors même que le virus est déclaré depuis fin décembre en Chine. Notre ancienne Ministre de la santé déclarait même que le risque de propagation de ce dernier était quasiment nul…. A la lecture de ces quelques éléments, Madame la Ministre, permettez moi, en tant que chef d’entreprise, de vous indiquer que je me passe volontiers de vos leçons de morale.

Ne voyez pas l’absence de formule de politesse en fin de lettre comme un manque d’éducation mais parmi mes valeurs, il y a l’honnêteté et face à l’attitude que vous avez vis-à-vis des chefs d’entreprises, des ouvriers du bâtiment et des artisans, je n’ai à ce jour, aucun respect à vous témoigner.

Hélène SOLIGNAC, Architecte

Hélène Solignac Hsb Architecture,