Dans une lettre envoyée à Emmanuel Macron, Olivier Faure, le premier secrétaire du Parti enjoint le chef de l'Etat à agir plus « clairement » et en « totale transparence ».

Article "Le Monde"

Face à la crise sanitaire, le gouvernement semble toujours hésiter sur la stratégie à suivre, et l’opposition commence à s’impatienter. Le Parti socialiste (PS) a ainsi décidé de faire monter la pression pour obtenir un confinement total, unplan global de relance et des mesures adaptées pour les plus vulnérables. Dimanche, Olivier Faure a fait parvenir au président de la République une lettre, que Le Monde s’est procurée, dans laquelle il enjoint à Emmanuel Macron d’agir plus « clairement » et en « totale transparence ».

Voulant frapper fort, le premier secrétaire du PS réclame, sur un ton solennel, une « économie de guerre » contre l’épidémie de Covid-19. Selon lui, l’absence de prophylaxie pour les hospitaliers, le personnel médical, mais aussi les policiers, gendarmes ou éboueurs est grave. Il faut les protéger rapidement et équiper les personnes présentant les symptômes du virus. Pour freiner la progression du virus, il adjure le chef de l’Etat de « réquisitionner toutes les industries » capables de fabriquer des masques, des tests de dépistage, des respirateurs et du gel hydroalcoolique. Pour le député de Seine-et-Marne, il est aussi urgent d’accentuer le confinement et de « limiter l’activité aux fonctions vitales du pays ».

Anticiper l’après-confinement

Le courrier détaille ensuite les mesures à prendre pour éviter qu’au coût sanitaire ne vienne s’ajouter une « facture sociale ». Les salariés en première ligne – caissières, livreurs, logisticiens et agriculteurs – doivent être récompensés de leur mobilisation exceptionnelle, souligne le patron du PS. Il faut, insiste-t-il, « reconnaître de manière concrète, à l’issue de la crise, la contribution de tous ces personnels mobilisés ». Et veiller à ce que les droits des salariés ne soient pas « rognés », notamment en ce qui concerne leur retraite et leurs droits économiques.

Lire aussi Coronavirus : 674 morts en France, dont un premier médecin hospitalier

Plus largement, Olivier Faure regrette que l’après-confinement ne soit pas pensé par le gouvernement. Il demande tout d’abord un dépistage systématique de la population pour éviter « le risque de rebond » de l’épidémie. Ensuite, il propose un « plan de relance massif » permettant d’éviter les faillites des entreprises et les licenciements tout comme la spéculation. Cela doit passer par « une forte impulsion budgétaire », explique-t-il en donnant par exemple l’idée d’un « chèque versé aux ménages » pour soutenir la consommation, mais aussi celle de l’annulation des paiements fiscaux et cotisations sociales pour les PME, les indépendants et toute entreprise en difficulté.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Face à la crise du coronavirus, l’union nationale politique se fissure

D’autres sujets doivent être « anticipés », continue le député d’opposition : repos des personnels de santé à l’issue du confinement, accompagnement des aidants et des familles confrontées aux décès, gestion des corps alors que les pompes funèbres risquent d’être débordées, aide et coopération avec les pays d’Afrique bientôt touchés, etc. « Il faut anticiper tous ces sujets », répète Olivier Faure. Il réclame à cet effet la réunion d’un groupe d’experts et d’élus, d’entrepreneurs et de salariés pour « penser la sortie de crise ». Une sorte de Grenelle « post-Covid-19 » qui doit permettre de « ne pas répéter une fois de plus le défaut d’anticipation qui a été trop souvent la règle jusqu’ici ».

LR veut une commission d’enquête à l’automne

Pour le patron du PS, en effet, le compte n’y est pas. A ses yeux, la communication du gouvernement « au compte-gouttes » ne crée pas la confiance nécessaire. Les changements de pied répétés ont semé le trouble, assure encore Olivier Faure qui insiste : « Tout le monde peut se tromper. Mais le danger vient lorsque le pouvoir n’accepte plus de se laisser contredire par les faits et quand il plie la doctrine à son propre récit de la crise. » Pour chercher l’adhésion et la mobilisation de tous, il faut que la population s’approprie les consignes, assure-t-il. « Je vous demande M. le président, une communication claire, stable, et accessible pour l’ensemble de nos concitoyennes et concitoyens », écrit-il. Cela pourrait passer par un portail Internet concentrant toutes les informations et une application pour sensibiliser les plus jeunes. Mais surtout par le fait d’associer l’opposition aux discussions pour faire face à la crise sanitaire. En ce sens, il appelle à la mise en place d’un « conseil national de lutte contre le Covid-19 » pour consulter régulièrement partenaires sociaux et élus locaux et nationaux.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Confinement : les vingt jours où tout a basculé au sommet de l’Etat

Ce pas en avant dans la critique, alors que l’union nationale se fissure sous les assauts du virus et des hésitations gouvernementales, a aussi été franchi par l’opposition de droite. Dans une interview au Journal du dimanche du 23 mars, Damien Abad, président des députés Les Républicains, annonce vouloir créer à l’automne une commission d’enquête pour tirer les leçons de la gestion de la pandémie, estimant, lui aussi, que le gouvernement ne va pas assez loin dans le confinement et le dépistage. « Il ne s’agit pas de faire une enquête à charge, mais de répondre à une question : comment en est-on arrivé là ? », déclare-t-il. Ajoutant : « L’unité nationale se construit, aussi, sur la vérité et la transparence. » Le groupe PS au sénat a fait la même demande.