Une nouvelle étude suggère que les personnes qui réussissent le mieux ne sont pas les plus talentueuses, mais les plus chanceuses
Le 22 octobre 2019 à 13:49, par Christian Olivier

La répartition des richesses suit un modèle bien connu, parfois appelé règle du 80:20 : 80 % de la richesse appartient à 20 % de la population. Un rapport publié l’an dernier illustre d’ailleurs bien ce phénomène qui semble toucher toutes les formes d’organisations sociales : il a établi que seulement huit hommes sur la planète disposaient d’une richesse totale équivalente à celle des 3,8 milliards de personnes les plus pauvres du monde. La répartition de la richesse en fonction des exigences de la loi du pouvoir est controversée en raison des questions qu’elle soulève au sujet de l’équité et du mérite. Pourquoi si peu de gens auraient-ils autant de richesses ?

Talent vs chance : le rôle du hasard dans le succès et l’échec

La réponse classique est que nous vivons dans une méritocratie où les gens sont récompensés pour leur talent, leur intelligence, leurs efforts, etc. Et avec le temps, beaucoup de gens ont commencé à penser que c’est ce mécanisme apparent d’attribution de la richesse qui est institué.

Cependant, il y a un problème avec cette conception : alors que la répartition des richesses suit une loi du pouvoir, la répartition des compétences humaines suit généralement une distribution normale symétrique par rapport à une valeur moyenne. Par exemple, l’intelligence (mesurée par les tests de QI) ou l’effort (mesuré en heures travaillées), suivent ce modèle. Le QI moyen est de 100, mais qui a déjà entendu parler d’une personne avec un QI de 1000 ? De la même manière, certaines personnes travaillent plus d’heures que la moyenne et d’autres moins, mais personne ne travaille un milliard de fois plus d’heures que les autres.

Et pourtant, dès lors qu’il s’agit de récompenser cet effort, vous vous rendrez compte que certaines personnes sont des milliards de fois plus riches que d’autres. Quels facteurs, au final, déterminent comment les individus deviennent riches ? Se pourrait-il que certains ces facteurs jouent un rôle plus important que ce à quoi on pourrait s’attendre ? Comment ces facteurs, quels qu’ils soient, peuvent être exploités pour rendre le monde meilleur et plus juste ?

Un nouveau modèle informatique de création de richesse montre que les personnes qui réussissent le mieux dans la vie ne sont pas les plus talentueuses, mais les plus chanceuses. Il a été mis au point par Alessandro Pluchino et quelques de ses collègues à l’université de Catane en Italie. Ces derniers l’ont présenté comme un modèle informatique du talent humain et de la façon dont les gens utilisent ce talent pour exploiter les opportunités de la vie. Il a notamment permis aux chercheurs d’étudier le rôle du hasard dans ce processus.

Comment fonctionne ce modèle informatique

Leurs simulations qui tentent de reproduire aussi fidèlement que possible la répartition de la richesse dans le monde réel montrent que les personnes les plus riches ne sont pas les plus talentueuses (bien qu’elles doivent avoir un certain niveau de talent) mais simplement les plus chanceuses. Leur travail pourrait avoir d’importantes répercussions sur la façon dont les sociétés optimisent le rendement de leurs investissements dans tous les domaines, des affaires à la science.

Le modèle de Pluchino se compose de N individus, chacun avec un certain niveau de talent (aptitude, compétence, intelligence, etc.). Ce talent se répartit normalement autour d’un certain niveau moyen, avec un certain écart-type. Certains individus sont donc plus talentueux que la moyenne et d’autres le sont moins, mais personne n’est plus talentueux que quiconque. On peut observer le même type de distribution pour diverses habiletés humaines ou des caractéristiques comme la taille ou le poids : certaines personnes sont plus grandes ou plus petites que la moyenne, mais personne n’a la taille d’une fourmi ou d’un gratte-ciel, car nous sommes tous assez semblables.

Le modèle informatique de Pluchino permet de suivre chaque individu tout au long de sa vie active de 40 ans. Pendant ce temps, les individus vivent des événements heureux qu’ils peuvent exploiter pour augmenter leur richesse s’ils sont suffisamment talentueux. Toutefois, ils traversent aussi des épisodes malheureux qui sont susceptibles de réduire leur richesse. Ces événements se produisent au hasard. À la fin des 40 ans, Pluchino et ses collaborateurs classent les individus en fonction de leur richesse et étudient les caractéristiques de ceux qui réussissent le mieux. Ils calculent également la répartition de la richesse. Ils répètent ensuite la simulation plusieurs fois pour vérifier la robustesse du résultat.

Les résultats de la recherche

Lorsque l’équipe classe les individus en fonction de leur richesse, la répartition est exactement la même que dans les sociétés du monde réel. « La règle “80-20” est respectée, puisque 80 % de la population ne possède que 20 % du capital total, tandis que les 20 % restants détiennent 80 % du même capital », rapportent les chercheurs. Ils ajoutent que « le succès maximum ne coïncide jamais avec le talent maximum, et vice-versa ». Dans ce cas, si ce n’est pas le talent, quel autre facteur est à l’origine de cette répartition asymétrique de la richesse ?

Les simulations des chercheurs ont clairement montré que le facteur décisif n’est que la chance, en classant les individus en fonction du nombre d’événements chanceux et malchanceux qu’ils ont vécus au cours de leurs 40 ans de carrière : « les personnes qui réussissent le mieux sont aussi celles qui ont le plus de chance » et « celles qui réussissent le moins sont aussi les plus malchanceuses ».

Quelles pourraient être les conséquences de cette étude pour la société ? Quels secteurs pourraient bénéficier des découvertes faites dans ce domaine ? Quelle stratégie faudrait-il mettre en place pour tirer pleinement parti du rôle que joue la chance dans le succès ?

Signalons au passage que le Conseil européen de la recherche a récemment injecté 1,7 million de dollars US dans un programme visant à étudier le rôle de la chance dans les découvertes scientifiques et à déterminer comment l’exploiter pour améliorer les maximiser le rendement des investissements.

Source : Étude (PDF)