Il aura fallu tout juste un an. Un an pour que la couche de vernis du macronisme triomphant se craquèle et laisse apparaître la réalité. Un an pour faire voler en éclat cette fable d’une « ligne » politique qui ne serait ni de droite, ni de gauche, mais qui préparait en vérité la mise en œuvre du pire de la droite. Un an pour que les rouages d’une machine de communication bien huilée se grippent sous le poids d’une « tempête dans un verre d’eau » et d’échec sur les terrains économiques et sociaux. Un an pour, en somme, que le péché originel de la macroniese transforme en échec de la macronie. Un échec total, tant sur le fond que sur la forme et la pratique démocratique.
Sur le fond, bien que les mesures déjà appliquées aient permis de se faire depuis un an une idée de l’orientation générale de la politique d’Emmanuel Macron – suppression de l’ISF, loi asile et immigration, diminution de la fiscalité sur le capital, baisse des APL, défiscalisation des heures supplémentaires, destruction des protections collectives, priorité donnée aux lobbys de l’agroalimentaire au détriment des questions environnementales, hausse du forfait journalier à l’hôpital, privatisations, suppression des contrats aidés – en seulement deux mois, les choses se sont malheureusement accélérées. La croissance, qui avait pourtant redémarré grâce à l’action menée pendant le quinquennat précédent, a été revue à la baisse ; le pouvoir d’achat des ménages amputé par la hausse de la CSG et des différentes taxes ; ou encore l’indexation des pensions de retraites et des allocations sociales sur l’inflation reléguée au passé pour financer les cadeaux aux plus riches.
Et que dire des budgets de l’État et de la Sécurité Sociale pour 2019 qui ont été présentés en début de semaine ?
Des orientations qui ne changent pas, un budget gagnant pour les plus favorisés et, une fois encore, perdant pour les classes moyennes et les plus précaires ou qui n’ont pas la chance de vivre à proximité des infrastructures de transport et services publics. Des baisses d’impôt en trompe l’œil qui ne consistent en réalité qu’à faire payer les uns pour les autres, notamment 8 millions de retraités qui ont subi la hausse de la CSG à taux plein en 2018, et à qui la désindexation des pensions sur l’inflation va coûter près d'un demi-mois de retraite en 2019.
Pour faire « avaler la pilule », le gouvernement a présenté ses plans pauvreté – la coupe du monde étant terminée – et santé, censés constituer le fameux rééquilibrage social du quinquennat. Encore raté.
Le plan pauvreté, avec un budget annoncé de 8 milliards d’euros sur quatre ans - soit 2 milliards par an - dont 4 milliards qui ne sont en réalité que du redéploiement, cache mal la forêt des 16 milliards d’euros de coût de la suppression de l’ISF et des 8,9 milliards de la « flat tax », soit un total de près de 24,9 milliards d’euros pour le « plan richesse » du quinquennat. Au total, le plan pauvreté du gouvernement c’est 62 centimes par personne pauvre par jour.
Quant au plan santé, le budget de 400 millions d’euros fait bien pale figure face aux économies prévues de 3,8 milliards d'euros en 2019, et après celles de 4,2 milliards en 2018. Un budget de 400 millions d’euros, c’est également 1 milliard de moins que le coût de rénovation du seul hôpital de Nantes. De quoi résoudre, n’en doutons pas, à la fois les problèmes des déserts médicaux, de la surcharge des services d’urgence, de l’engorgement de l’hôpital public,…
Une bonne nouvelle à souligner tout de même - il en faut - le retour à l’équilibre de la sécurité sociale, conséquence logique des mesures prises par François Hollande qui avaient permis le retour à l’équilibre de trois branches sur quatre et la réduction continue du déficit général de 13,4 milliards en 2012 à 400 millions en 2017. Notons que le gouvernement, tout comme ce fut le cas pour l’application de l’interdiction des néonicotinoïdes, ne manquera pas de s’en attribuer le mérite.
Et que dire des suppressions de postes de fonctionnaires dans l’éducation, censée être une priorité…
Voilà pourquoi les parlementaires socialistes, sénateurs et députés, présenteront cette année comme l’an dernier, un budget alternatif, celui du pouvoir d’achat et des services publics, qui ne sacrifie pas les plus précaires, organise l’accès à l’éducation pour toutes et tous, fait de la fiscalité un outil de justice sociale là où celle-ci s’est transformée en levier de reproduction des inégalités, de la santé un droit ou encore de l’environnement une priorité.
Et les Françaises et les Français ne s’y trompent pas. Si Emmanuel Macron est aujourd’hui le président le plus impopulaire de la cinquième République au bout d’un an de mandat (d’après le baromètre IFOP-Fiducial) en raison des mesures et réformes qu’il décide d’appliquer, il n’y a malheureusement pas que le contenu de sa politique qui contribue à ce désaveu dans l’opinion. Sa pratique du pouvoir y est également pour beaucoup.
Mépris des institutions, des contre-pouvoirs, de la presse, des corps intermédiaires, de la justice, l’hyper centralisation du pouvoir n’est pas dans l’ADN de notre pays et l’autoritarisme institutionnel, n’a jamais été bien perçu par ses citoyennes et citoyens. Et quand à cette volonté d’autorité exacerbée viennent s’ajouter les démissions de deux ministres, l’un déplorant un bilan et des marges de manœuvres inexistantes en matière d’écologie et de transition énergétique, et l’autre évoquant des raisons personnelles qui semblent plutôt ressembler à des désagréments fiscaux, on ne peut y voir autre chose qu’une crise de gouvernance. Crise accentuée par un phénomène inédit dans notre République, le fait qu’un Ministre d’État – le Ministre de l’Intérieur – se déclare candidat à des élections en 2020 et pose un préavis de départ d’un an, amputant son action et celle de l’État de toute forme de crédibilité. Les questions liées à l’intérieur, à la sécurité ou à la lutte anti-terrorisme méritent mieux, elles demandent mieux qu’un Ministre déjà la tête ailleurs et concentré sur la seule ville de Lyon.

Certains considèrent Emmanuel Macron comme le président des riches, il s’est en réalité simplement révélé comme un président de droite n’ayant pas beaucoup de considérations pour les institutions de notre République. Charge à la gauche démocratique qui ne considère pas le populisme comme un argument électoral, qui assume de mettre les mains dans le cambouis pour lutter contre les inégalités et leur reproduction, qui ne cède pas à la tentation du dégagisme ni à la stratégie de la terre brûlée, qui assume son ancrage à gauche en toute circonstance plutôt que de jouer la carte des « petits » contre les « grands » car elle sait que la cohésion est un préalable nécessaire à l’émancipation de toutes et tous, en somme, charge au Parti Socialiste de proposer une alternative démocratique au naufrage annoncé du macronisme qui, malgré un autre nom, n’est autre