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Avec l'actuel Président de la République, la politique est souvent faite de symbole et de communication. Il en use et en abuse. 
 
Et ce dès le soir de son élection avec la Pyramide du Louvre en décor de fond.
 
D'abord en tentant de reprendre la doctrine Mitterrand - Pilhan autour de la parole rare. Le jeune monarque était donc au-dessus de tout, et surtout de tous les Français. Il parcourait et traitait des affaires du monde. Donald Trump et Vladimir Poutine pour commencer. Pour quels résultats ? L'Accord de Paris sur le climat réussite de l'action de François Hollande et de Laurent Fabius, ou encore celui sur le nucléaire iranien furent dénoncés avant que ne démarre une guerre commerciale de l'aigle blond américain contre la France et l'Europe. Rejoint en cela par la Chine. Il en sera de même du dossier syrien où aucune avancée diplomatique ne fut permise par le nouveau tsar malgré sa réception dans le lieu au combien symbolique de la signature du Traité de Versailles.
 
Puis, le Président Macron dû changer de stratégie pour s'aligner sur celle du Nicolas Sarkozy à l'Elysée, à savoir la parole permanente pour faire, nourrir et orienter l'actualité. Ce choix lui fut imposé. Par la réalité du moment, à l'heure de l'actualité permanente avec les chaînes d'informations en continue et des réseaux sociaux tous puissants. Mais aussi et peut-être avant tout par l'impact pour les Français de sa politique. Des cadeaux fiscaux pour les plus aisés payés par les plus faibles en passant par la CSG pour les retraités, la diminution des APL ou l'abandon du plan Borloo pour la banlieue sont pour les Français la marque d'une politique de droite. Les Français ne s'y trompent pas puisque les deux tiers d'entre eux estiment que l'actuel Président de la République mène une politique de droite (Sondage d'Odoxa pour Aviva Assurance, Challenges et BFM Business).
 
C'est dans ce climat que cette semaine le train Macron a déraillé.
 
Pas seulement parce qu'il s'est attaqué à la SNCF sans garantir sa vocation publique, ni la qualité et la pérennité d'un service public des mobilités. C'est qu'il a dû sortir l'artillerie lourde de la communication pour masquer de profondes difficultés. En effet, comment croire qu'une vidéo d'Emmanuel Macron réalisée par la Directrice de la communication du palais présidentiel et publiée tardivement sur le site de l'Elysée ne soit pas une opération de communication destinée à détourner l'attention des Français et des médias. Alors pourquoi ce tapis de bombes autour du "trop de pognon pour les pauvres"?
 
La première raison est le réquisitoire des trois inspirateurs du programme économique du candidat Macron. Que disent-ils ? Tout simplement, et sans appel, c'est si le candidat Macron parlait d'une politique "de droite et de gauche", le Président Macron lui mène juste une politique de droite. Il rompt ainsi avec ses promesses. Il fait le choix des plus riches contre le reste de la société. 
 
La seconde raison est l'abandon d'une promesse de campagne lourde de sens sur la vision de la société pour l'actuel Président de la République autour de l'inclusion des personnes en situation de handicap et les personnes âgées. En effet, le gouvernement et sa majorité parlementaire ont fait le choix de passer de 100% à seulement 10% de logements aménagés et accessibles via le projet de loi ELAN. Comme l'indique l'une des principales associations oeuvrant dans le secteur du handicap "Juin 2017 : Handicap priorité du quinquennat. Juin 2018 : les députés votent la discrimination d'accès au logement." 
 
La troisième raison est l'impasse budgétaire du gouvernement. Il avait annoncé un excédent budgétaire à la fin du quinquennat. Chacun sait que dans un contexte de ralentissement de la croissance mondiale et des choix du gouvernement la réalisation de cette promesse s'éloigne chaque jour un peu plus. En faisant le choix notamment d'amputer les recettes de l'Etat de 10 milliards d'euros par an (ISF, Flat Tax et Exit Tax), de reprise de toute la taxe d'habitation (26,4 milliards par an) le gouvernement cherche du "pognon" pour parler le Macron dans le texte. Il commence par abandonner le Plan Borloo pour la banlieue...mais cela ne suffit pas. Alors, le Président et sa majorité s'attaquent à celles et ceux qui ne sont pas dans la Start Up Nation ! Ils sont nombreux. C'est là que commence le concours lépine des vieilles idées libérales : pour les uns la suppression de la prime d'activité, pour les autres de nouveau les APL ou encore l'allocation de solidarité spécifique et même le RSA. Le gouvernement parle d'efficacité pour la dépense sociale mais jamais pour les cadeaux fiscaux. 
 
La quatrième raison est le naufrage des valeurs de ce gouvernement. Il est symbolisé par le drame que vivent les 629 hommes, femmes et enfants de l'Aquarius. En effet, alors que l'Italie vient de rejoindre la longue liste des pays qui sombrent dans le nationalisme, son nouveau gouvernement fait de l'Aquarius une arme politique. Face à cette décision honteuse et scandaleuse, nous attendions une réponse ferme et humaine de la patrie des Droits de l'Homme. Il n'en fut rien. Un silence assourdissant. Puis des tentatives d'excuses honteuses de membres du gouvernement. La France a honte de ceux qui s'autoproclament "nouveau monde". Nous souhaitons le retour dans le vrai monde, celui de la France des lumières et de l'humanisme. D'autant qu'au moment où j'écris ces quelques lignes, le bateau l'Aquarius et ses  passagers sont passés à quelques kilomètres de la Corse sans que le gouvernement français ne les reçoivent, et ils devront donc parcourir encore 1000 km et attendre près de deux jours pour pouvoir mettre pied à terre et en finir avec leur calvaire. Ils le pourront grâce au gouvernement socialiste espagnol de Pedro Sanchez. 
 
Quatre lourdes fautes politiques, économiques, sociales et morales en une semaine. Une majorité qui se contorsionne. Des Français qui glissent vers la rupture, notamment ceux de gauche. La seconde année du quinquennat de l'actuel Président de la République sera celle de tous les dangers. 

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