ENQUÊTE s | LEMONDEBéatrice Jérôme

Depuis quelques années et plus encore ces derniers mois, avec la crise qui redouble, les élus locaux sont sollicités par une population qu'ils n'avaient pas l'habitude de rencontrer dans leurs permanences. De plus en plus de jeunes, de travailleurs pauvres, de femmes seules, mais aussi de cadres, ou bien encore des retraités, viennent demander de l'aide dans les mairies et les conseils généraux.

Certes, la crise n'est pas nouvelle. "Les gens subissent la hausse du chômage depuis plusieurs années", rappelle Pierre Cohen, maire (PS) de Toulouse. Et toutes les catégories sociales ne sont pas touchées. Dans la Ville rose, "les cadres de l'aéronautique sont relativement épargnés", remarque le député de la Haute-Garonne.

Mais ceux qui, jusqu'ici, se sentaient à l'abri redoutent d'être exclus, tandis que les plus démunis ont de moins en moins l'espoir de s'en sortir. Du coup, les élus sont confrontés à la "désespérance" des uns, disent-ils, et au "pessimisme" des autres. Aujourd'hui, "en plus des populations très précaires, ceux qu'on voit dans nos permanences, ce sont les petites classes moyennes, cette France des invisibles, ces modestes "plus"", qui ne venaient guère, jusqu'ici, aux guichets des services sociaux, raconte Marie-Françoise Pérol-Dumont, présidente (PS) du conseil général de la Haute-Vienne.

A force, les élus voient leur rôle évoluer. Ils se définissent eux-mêmes comme des "protecteurs", comme "le dernier bouclier social", mais aussi comme des "intercesseurs", et ils se découvrent un rôle de "soutien moral".

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